X

À La Une

En Israël, le "triangle" arabe ne veut pas devenir une enclave palestinienne

Reportage

Dans le cadre d'un "échange" de territoire, les Etats-Unis proposent de transférer le contrôle de 14 villes et villages où vivent plus de 260.000 Arabes israéliens --appelé le "triangle" arabe--, d'Israël à un éventuel Etat palestinien.

OLJ/Majeda EL-BATSH et Maude PETEL-LEGARE
02/02/2020

Colonies juives contre "triangle" arabe? Le plan américain pour le Moyen-Orient soutient l'annexion de colonies en échange du transfert de souveraineté vers un futur Etat palestinien de villes et villages arabes israéliens qui refusent toutefois ce troc "racial".

Un détail du plan annoncé cette semaine par le président américain Donald Trump n'a pas échappé aux habitants d'Oum al-Fahm, village arabe israélien perché sur des montagnes verdoyantes où trônent des mosquées aux dômes argentés, dorés ou turquoise.

Dans le cadre d'un "échange" de territoire, les Etats-Unis proposent de transférer le contrôle de 14 villes et villages où vivent plus de 260.000 Arabes israéliens --appelé le "triangle" arabe--, d'Israël à un éventuel Etat palestinien. "Ces communautés étaient initialement désignées pour tomber sous le contrôle jordanien lors des négociations de la ligne d'armistice de 1949, mais ont finalement été retenues par Israël pour des raisons militaires (...) Les communautés de la région du triangle feraient partie de l'État palestinien", peut-on lire dans le document.



(Lire aussi : Palestine : est-il encore permis d’espérer ? Le commentaire d'Anthony Samrani)




"Arabe et Israélien"
En Israël, le chef de la formation nationaliste laïque Israel Beitenou, Avigdor Lieberman, qui a multiplié les déclarations hostiles à la minorité arabe du pays, a aussitôt salué ce projet. Mais dans le "triangle" arabe, la pilule a du mal à passer. "On ne prend pas ça à la légère (...) ça me fait très peur", explique Rosine Zaïd, assise dans un café qui surplombe la vallée. "J'ai peur, nous n'allons pas laisser faire ça", renchérit son amie Loubna Asali, entre deux gorgées de café. Plus loin, cinq adolescents discutent, shawarma et boissons gazeuses à la main. Ensemble, ils iront à une manifestation locale prévue samedi contre le plan de paix américain. "Nous sommes prêts à défendre notre terre. Nous sommes contre ce programme", déclare Abdel, 16 ans.  "C'est sûr que je serais heureux de rejoindre notre peuple, mais je ne veux pas de cet échange. Et s'ils veulent nous sortir d'Israël, nous voulons que Jérusalem nous suive", ajoute-t-il en référence à la "ville sainte" prévue comme capitale "indivisible" d'Israël selon le projet.

Dans les faits, le projet ne propose pas de déménager les villes et villages, ou aux habitants de quitter leur terre. Il en changerait le statut et ces villes et villages deviendraient l'équivalent d'une enclave palestinienne en territoire israélien, car la barrière de séparation empêche pour l'instant de relier directement leurs terres à celle de la Cisjordanie occupée. Ces Arabes israéliens deviendraient Palestiniens. Ils craignent notamment de ne plus bénéficier des avantages d'une économie presque sans chômage, de ne plus circuler en sol israélien, dans des régions voisines où leurs familles étaient établies avant la création d'Israël en 1948. 

"Nous faisons partie de la minorité arabe en Israël et nous vivons sur notre terre nationale. Nous refusons ce plan, nous voulons continuer à exister tant sur le plan social que politique", soutient Youssef Jabareen, député de la "Liste unie" des partis arabes israéliens. "Je suis Arabe, je suis Palestinien, et je suis aussi un citoyen de l'État d'Israël", ajoute-t-il, d'un ton vif, en disant craindre que le "triangle" arabe devienne un "canton" enclavé en Israël.



(Lire aussi : Face aux Arabes, Ankara joue la surenchère)



Répercussions politiques
Selon Youssef Jabareen, le plan américain risque de "réduire" la population arabe israélienne, et donc "d'affaiblir" cette minorité qui représente environ 20% de la population de l'Etat hébreu, soit 1,8 million de personnes. 

En retirant 260.000 personnes de cette population, c'est tout le reste de la minorité qui craint de voir son poids démographique et donc politique remis en cause.

Pour l'ONG Adala, qui défend les droits de cette minorité, "le transfert forcé (de statut) de citoyens palestiniens arabes d'Israël" s'apparente à un changement "démographique à motivation raciale".
La Liste unie des partis arabes avait joué un rôle important en soutenant le rival de Benjamin Netanyahu, Benny Gantz, comme Premier ministre à l'issue des dernières élections.  Malgré cet appui, M. Gantz n'avait pas réussi à rallier une majorité de sièges pour former le gouvernement ce qui a favorisé de nouvelles élections dans un mois. Or Benny Gantz défend le plan de paix américain et a même demandé au Parlement de voter en sa faveur, ce qui lui attire des critiques dans la population arabe. 

Pour l'ancien député arabe israélien Mohammed Barakeh, le choix lors des législatives sera clair dans les rangs de la minorité: "ce sera la Liste arabe contre l'ensemble de l'establishment politique israélien".



Lire aussi
L’Autorité palestinienne contrainte de se réinventer

Quand les pays arabes donnent un feu orange au plan américain

Mohanad Hage Ali : Le « deal du siècle » ne devrait pas avoir de répercussions directes sur le Liban

« On ne peut rien faire si ce n’est manifester, on ne peut pas les combattre  »

« Les Arabes, tous des traîtres ! »


Repère
Ce qu’il faut retenir du plan de paix américain

À la une

Retour à la Une

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

Aref El Yafi

"Ce quartier où on a grandi a disparu", se désole Waël, un père de quatre enfants. Le régime de Bachar el-Assad "ne nous a rien laissé, rien. Il détruit tout le pays", accuse-t-il. "Ce sont les civils qui paient le prix", soupire Waël, en faisant ses adieux aux ruines du quartier où il a grandi à Saraqeb.

L'intelligence au pouvoir, frères Palestiniens !

Sinon . . . .

Dernières infos

Les + de l'OLJ

1/1

Le Journal en PDF

Les articles les plus

A WEEKLY EDITION CURATED AND
PERSONALIZED BY OUR EDITORIAL TEAM

SIGN UP TO OUR NEWSLETTER IN ENGLISH

More Info See Sample
x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.

L'OLJ vous offre 5 articles

Nous sommes un journal indépendant, nous chérissons notre liberté qui découle de notre autonomie financière comme de nos principes éthiques. Votre soutien, cher lecteur, est plus que nécessaire pour pérenniser nos initiatives.

Je poursuis la lecture

4

articles restants