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Monde - Plan de paix de Trump

Face aux Arabes, Ankara joue la surenchère

L’attitude du président turc vis-à-vis des Palestiniens rappelle celle des sultans ottomans qui dénonçaient toute injustice faite à des musulmans dans le monde.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan prononçant un discours au siège de son parti, l’AKP (parti de la Justice et du Développement), à Ankara, le 31 janvier 2020. Adem Altan/AFP

« Honte », « Trahison », « Scandale ». Le président turc Recep Tayyip Erdogan n’a pas mâché ses mots. Dans un discours face à des responsables de son parti, l’AKP (parti de la Justice et du Développement), à Ankara, le reïs a fustigé hier le comportement des États arabes de la région – notamment ceux du Golfe – suite à la présentation mardi, par son homologue américain Donald Trump, du « plan de paix » entre Israéliens et Palestiniens penchant clairement en faveur de l’État hébreu. « Les pays arabes qui soutiennent un tel plan commettent une trahison envers Jérusalem ainsi que leur propre peuple et, plus important, toute l’humanité », a déclaré le chef du saray (palais présidentiel turc).

« L’Arabie saoudite est silencieuse. Quand vas-tu faire entendre ta voix ? Oman, Bahreïn, pareil. Le gouvernement d’Abou Dhabi applaudit. Honte à vous ! Honte à vous ! » a lancé M. Erdogan. Le président turc avait déjà dénoncé mercredi le fait que le plan de paix de la Maison-Blanche, qui présente notamment Jérusalem comme la « capitale indivisible d’Israël », était « absolument inacceptable ».Le reïs a l’habitude de ce genre de déclarations incendiaires lorsqu’il s’agit des « ennemis » de la cause palestinienne – tant devant ses députés que devant les représentants des pays musulmans, comme par exemple lors des réunions et sommets de l’Organisation de la coopération islamique (OCI). Cela fait plusieurs années qu’il s’adonne à des discours hostiles vis-à-vis de l’État hébreu, et plus précisément depuis l’opération militaire « Plomb durci » menée par Israël contre la bande de Gaza en 2008, et encore plus depuis l’incident du Mavi Marmara – du nom d’un navire humanitaire turc destiné à Gaza et sabordé en 2010 par des commandos israéliens. Ces événements ont ouvert une grave crise diplomatique entre les deux pays. En juillet 2018, le président turc est même allé jusqu’à comparer le régime actuellement en place en Israël à celui des nazis, et les Palestiniens aux Juifs persécutés. « L’âme d’Hitler se trouve de nouveau ressuscitée parmi certains dirigeants israéliens », déclarait-il. L’attitude de M. Erdogan vis-à-vis des Palestiniens rappelle par ailleurs celle des anciens sultans ottomans qui dénonçaient toute injustice faite à des musulmans où qu’ils se trouvent dans le monde.

Avec son discours d’hier, M. Erdogan se livre à une véritable surenchère sur la question palestinienne dans un contexte de tensions entre la Turquie et les pays du Golfe, Arabie saoudite en tête. Les deux prétendants au leadership du monde sunnite sont en froid sur de nombreux dossiers. Parmi ceux-là, la question du Qatar – soutenu par la Turquie face au blocus mis en place par les autres monarchies du Golfe depuis juin 2017 –, l’appui de ces dernières au coup d’État en 2013 de Abdel Fatah al-Sissi, alors maréchal, en Égypte contre l’ex-président Mohammad Morsi (Frères musulmans) et, surtout, l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi dans le consulat de son pays à Istanbul en octobre 2018, imputé à Riyad.


(Lire aussi : Palestine : est-il encore permis d’espérer ? Le commentaire d'Anthony Samrani)


180 degrés

Ankara cherche à s’afficher comme la seule puissance sunnite défendant la cause palestinienne et pointe du doigt l’abandon de Riyad. Les pays arabes se sont confrontés militairement à Israël à plusieurs reprises depuis sa création. Mais ces derniers ont, ces dernières années ou décennies, fait un virage à 180 degrés et entretiennent désormais des relations officielles (Jordanie et Égypte) ou discrètes (majorité des pays du Golfe) avec l’État hébreu, donnant l’impression d’avoir « laissé tomber » la cause palestinienne. La vraie priorité pour les pays arabes, et surtout ceux de la péninsule Arabique, est aujourd’hui de contrer l’influence iranienne dans la région.

La surenchère turque est également orientée vers Téhéran. La République islamique a montré ces dernières années son positionnement favorable à la cause palestinienne. Mais Ankara cherche à ne pas laisser le champ libre aux Iraniens en les laissant s’afficher comme les seuls défenseurs de la cause.

La Turquie et l’Iran, deux pays non arabes, s’affichent désormais comme les plus ardents défenseurs de la cause palestinienne dans la région. Ankara et Téhéran ont pourtant été un temps des proches de l’État hébreu. Les deux pays avaient été les premiers pays musulmans de la région à reconnaître Israël, respectivement en 1949 et 1950.


(Lire aussi : L’Autorité palestinienne contrainte de se réinventer)



Les derniers liens entre la République islamique et Israël remontent à l’époque du dernier chah d’Iran, Mohammad Reza Pahlavi, souverain prooccidental. Les deux pays entretenaient des relations très étroites, surtout dans le domaine militaire. Tout bascule en 1979, avec la révolution islamique de Rouhollah Khomeyni et la désignation par ce dernier des États-Unis et d’Israël comme les « ennemis de l’humanité ». Aujourd’hui, « mort à l’Amérique » et « mort à Israël » deviennent des slogans très fréquemment scandés dans les rues et les cérémonies officielles iraniennes. L’apathie du monde arabe réveille de vieux souvenirs : celui d’un temps où les Empires perse et ottoman se disputaient la région et où les Arabes, à défaut d’être des acteurs, n’étaient que les objets de cette lutte d’influence.


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« Honte », « Trahison », « Scandale ». Le président turc Recep Tayyip Erdogan n’a pas mâché ses mots. Dans un discours face à des responsables de son parti, l’AKP (parti de la Justice et du Développement), à Ankara, le reïs a fustigé hier le comportement des États arabes de la région – notamment ceux du Golfe – suite à la présentation...

commentaires (4)

Et en meme temps,nous apprenons qu'une importante delegation du Ministere Turque des AE est en Israel avec une delegation dhommes d'affaires pour signer des accord economiques avec...Israel!

IMB a SPO

16 h 15, le 03 février 2020

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Commentaires (4)

  • Et en meme temps,nous apprenons qu'une importante delegation du Ministere Turque des AE est en Israel avec une delegation dhommes d'affaires pour signer des accord economiques avec...Israel!

    IMB a SPO

    16 h 15, le 03 février 2020

  • Honte aux arabes vraiment ! Le Liban et la Jordanie sont en voie d'extinction : Ils ne pourront pas absorber leur réfugiés palestiniens sans mourir ! Et le pire c'est que les libanais ne s'en rendent pas compte encore ! Ils sont obnubilés par leur fichue révolution !

    Chucri Abboud

    12 h 50, le 01 février 2020

  • Surenchères tonitruantes par-ci...par-là, c'est tout ce dont sont capables ces grands responsables de la région: Turcs, Arabes, Iraniens ! Quant à la Palestine, elle est de plus en plus vendue au plus offrant par tous ces beaux Messieurs...dont certains sont...Palestiniens...!!! Irène Saïd

    Irene Said

    09 h 29, le 01 février 2020

  • IL VEUT JOUER AU PLUS ROYALISTE QUE LE ROI L,APPRENTI MINI SULTAN OTTOMAN ERDO. LES ARABES NE VEULENT PAS DE LUI.

    CENSURE + CARENCE + BOURDES = FUITE DES ABONNES.

    00 h 44, le 01 février 2020

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