Liban

Vers un cabinet d’expédition des affaires courantes présidé par... Diab ?

éclairage
15/01/2020

Les trois blocs parlementaires principaux qui ont nommé le Premier ministre désigné, Hassane Diab, paralysent aujourd’hui la formation de son gouvernement, après l’avoir engouffrée dans les méandres des exigences, des quotes-parts et du tiers de blocage. Et ce, avant même que le stade de tiraillements politiques, qui accompagne habituellement l’élaboration de la déclaration ministérielle, n’ait été atteint. Comme si ce n’était pas suffisant, certaines parties concernées par la formation du gouvernement ont même voulu y refléter les derniers bouleversements régionaux, notamment les tensions irano-américaines qui ont résulté de l’assassinat du général Kassem Soleimani, commandant de la force d’élite al-Qods, début janvier à Bagdad.

Ainsi, du côté du tandem chiite, on constate que le Hezbollah n’a pas intérêt à faire des concessions, après avoir clairement nommé Diab lors des concertations parlementaires, contrairement à ses habitudes. Quant au ministre des Affaires étrangères, Gebran Bassil, chef du Courant patriotique libre et de son bloc, il insiste à obtenir le tiers de blocage dans ce cabinet. Et le président du Parlement Nabih Berry, chef d’Amal, vient de faire plusieurs déclarations qui ont conduit à rebattre les cartes, d’autant plus qu’il n’apprécie pas le fait que M. Diab ait surtout concentré sa coordination avec M. Bassil.

Contrairement à M. Berry qui considère qu’il n’existe pas de ministres réellement indépendants, des partis du 14 Mars comme les Kataëb et les Forces libanaises insistent sur la nomination de ministres non affiliés et non désignés par des partis, ce qui rompt avec la tradition des gouvernements d’union nationale, qui dure depuis l’avènement de l’accord de Taëf en 1989. De nombreux observateurs font remarquer que ces gouvernements, qui se transforment en mini-Parlements, ont fait régner cette atmosphère délétère où toute reddition de comptes est devenue impossible.

Dans les milieux du Premier ministre désigné, on assure que celui-ci ne se fatiguera pas, ne se récusera pas et poursuivra sa mission de formation d’un gouvernement indépendant. Quoi qu’il en soit, selon des sources diplomatiques occidentales, citées par des responsables, la formation de ce gouvernement ne doit plus tarder, et certaines parties politiques doivent surmonter leurs inquiétudes concernant un éventuel recul de leur influence. À l’opposé de celles-ci, il s’avère que certaines parties du 8 Mars, malgré leur nomination de Diab, ne seraient pas très enthousiastes à l’idée de participer à un gouvernement vu comme une opération kamikaze politique, car devant gérer les problèmes majeurs qui secouent le pays. Ainsi, la non-participation effective au gouvernement leur permettra de s’associer à un éventuel succès de Hassane Diab et de se dissocier en cas d’échec, tout en préservant leur popularité politique mise à mal par la révolte populaire.

Mais alors pourquoi ne pas faciliter la formation de ce gouvernement tel que le conçoit le Premier ministre désigné ? Il est un scénario dont la possibilité est évoquée dernièrement : si le cabinet proposé par Hassane Diab n’obtient pas la confiance du Parlement, il n’en sera pas moins un cabinet d’expédition des affaires courantes, puisqu’il jouira d’une couverture constitutionnelle dès la publication du décret de sa formation. Il existe un précédent, celui du gouvernement d’Amine el-Hafez, qui a été fonctionnel durant quatre mois dans les années 70, sous la présidence de Sleiman Frangié. Et il est désormais clair que le président Michel Aoun et M. Bassil ne veulent pas que le gouvernement de Saad Hariri reste en place, préférant une nouvelle équipe coûte que coûte.

Toutefois, est-ce que Hassane Diab se lancera dans une telle aventure, notamment en vue de consolider son positionnement politique et son rôle ? Les forces du 8 Mars le soutiendront-elles en vue d’éviter un échec qui mettrait en avant Saad Hariri, seul candidat sunnite à sa succession ? Hassane Diab pourra-t-il imposer une feuille de route pour éviter l’effondrement économique du pays ? Et, enfin, est-ce que Gebran Bassil utilisera ce gouvernement pour tenter de consolider sa position politique pour l’avenir ?


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