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Liban

Après la lutte pour les quotes-parts, la futile guerre des prérogatives

Gouvernement

Hassane Diab exclut son retrait et réitère son attachement à une formule restreinte de 18 spécialistes indépendants.

Yara ABI AKL | OLJ
13/01/2020

Les jours passent et le feuilleton de la formation du gouvernement se poursuit, s’articulant autour de futiles calculs politiques et règlements de comptes, à l’heure où les indicateurs économiques sont au rouge et où la crise sociale ne cesse de s’aggraver, dans un pays qui glisse désormais vers l’effondrement.

Et, au lieu de mettre les bouchées doubles pour former un gouvernement dans les plus brefs délais, les protagonistes concernés par les tractations continuent de faire sciemment la sourde oreille tant à la communauté internationale qu’au patriarche maronite, Mgr Béchara Raï, et au mouvement de contestation. Ils retardent donc la mise sur pied d’un cabinet de spécialistes indépendants, croyant ainsi pouvoir préserver leur poids politique, mais aussi et surtout les droits de leurs communautés.

C’est dans ce contexte tendu qu’est intervenue la guerre des prérogatives qui a opposé, durant le week-end, la présidence de la République au Premier ministre désigné Hassane Diab.

Plus de trois semaines après sa nomination, M. Diab est sorti de son silence et a tenté de mettre les points sur les i au sujet du processus de formation du cabinet, excluant catégoriquement son retrait de la scène et détaillant « les critères » auxquels obéit le processus ministériel. « Il a été convenu, avec tous les protagonistes, que soit formé un cabinet conforme aux critères suivants : une équipe restreinte de 18 ministres spécialistes indépendants. » Et M. Diab d’ajouter le non-cumul des mandats parlementaire et ministériel, l’importante participation des femmes, et la non-reconduction de ministres du gouvernement sortant « que le mouvement de contestation a fait tomber », comme on peut lire dans le texte. « Je renouvelle mon attachement aux critères que j’ai posés pour former le gouvernement, parce que je suis convaincu qu’il est à même de freiner l’effondrement » du pays, a encore déclaré M. Diab, assurant qu’il poursuivra sa mission et ses contacts avec tout le monde et n’acceptera pas de voir la présidence du Conseil devenir un bouc émissaire. « Je continuerai à accomplir ma mission constitutionnelle : former un gouvernement restreint de technocrates qui protège les Libanais et réponde à leurs aspirations », a conclu le chef du gouvernement désigné.

À travers ce communiqué, le Premier ministre désigné est donc sorti de son silence pour la première fois depuis la tenue des consultations non contraignantes au Parlement, le 21 décembre dernier. Hassane Diab a saisi l’occasion pour assurer qu’il lui appartient de mettre sur pied son équipe. Il réagissait ainsi au veto auquel se sont heurtés quelques ministrables qu’il avait proposés, de la part du tandem Baabda-Courant patriotique libre. Celui-ci avait longtemps divergé avec M. Diab autour de la forme de la future équipe, le premier prônant un gouvernement apolitique, à l’heure où les aounistes plaidaient pour un cabinet techno-politique, avant de se prononcer en faveur d’un gouvernement de spécialistes, tel que voulu par le mouvement de contestation.

Quoi qu’il en soit, le ministre d’État sortant pour les Affaires présidentielles, Salim Jreissati, a réagi au communiqué de Hassane Diab en rappelant que « le président de la République nomme le Premier ministre, en concertation avec le président du Parlement et à la faveur de consultations contraignantes ». Dans un communiqué publié samedi, M. Jreissati a souligné le rôle du chef de l’État, « partenaire essentiel dans la nomination du Premier ministre, mais aussi de la formation du gouvernement ». « Arrêtons cette guerre des prérogatives pour aller au secours de certains postes qui sont la pierre angulaire du système constitutionnel, et non des boucs-émissaires », a conclu Salim Jreissati.

Le Hezbollah et le CPL

Cette guerre des prérogatives intervient quelques jours après des propos particulièrement significatifs du président de la Chambre Nabih Berry, qui était revenu à la charge en appelant à la formation d’un cabinet rassembleur (c’est-à-dire incluant les principales formations politiques), contrairement à la volonté de Hassane Diab. C’est d’ailleurs par ce dernier point qu’un proche de Baabda explique à L’Orient-Le Jour le gel des tractations ministérielles. « Le Premier ministre désigné ne veut pas prendre en considération les nouvelles donnes survenues récemment, dont l’appel de Nabih Berry, portant sur une équipe techno-politique », déplore ce proche de la présidence, rappelant que le président de la République a fini par opter pour un cabinet de spécialistes comme le veut M. Diab. « Mais au vu des développements régionaux à la suite de l’assassinat de Kassem Soleimani (le chef de la brigade al-Qods au sein des pasdaran), il semble impossible de confier la gestion du pays à des spécialistes », analyse encore ce proche de Baabda, indiquant que la genèse du cabinet bute aujourd’hui, non plus sur les ministrables, mais sur la forme de la future équipe Diab.

Le bras de fer opposant donc Hassane Diab aux parties mêmes qui avaient appuyé sa nomination, à savoir le CPL, le Hezbollah et le mouvement Amal, ne semble donc pas près de prendre fin prochainement, et reportant d’autant la genèse de l’équipe ministérielle. Mais Mohammad Fneich, ministre sortant de la Jeunesse et des Sports (Hezbollah) se veut clair sur ce plan. « La forme et la coloration du gouvernement requiert une entente entre la majorité qui avait appuyé Hassane Diab », déclare-t-il à L’OLJ, assurant que son parti facilite la tâche du Premier désigné en vue de mettre sur pied « un cabinet qui bénéficierait du plus large soutien et qui serait à même de redresser le pays ».

Le Premier ministre désigné, qui peine en outre toujours à obtenir la couverture sunnite, semble également faire face à une lutte pour le tiers de blocage, pour lequel insisterait le chef du CPL Gebran Bassil, contrairement à la volonté aussi bien de Hassane Diab que de Nabih Berry. Les milieux du CPL réfutent naturellement ses accusations, assurant que la position du parti au sujet du gouvernement demeure inchangée : il faut que le prochain cabinet soit composé de spécialistes indépendants. À en croire les mêmes milieux, le groupe parlementaire du Liban fort devrait prendre position à ce sujet à l’issue de sa réunion hebdomadaire demain. « Les points seront mis sur les i une bonne fois pour toutes », confie un proche du parti.

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Tony BASSILA

J'espère de tout cœur que M. Diab dont j'admire le courage et la persévérance, puisse réussir à former un gouvernement de 18 ministres apolitiques. La composition du parlement élu l'année dernière, devient obsolète car en cas de nouvelles élections législatives anticipées, la majorité d'entre eux ne seraient sans doute pas réélus.

PPZZ58

Alors Mr Diad, donner un ultimatum et puis sinon démissionnez. Que chacun assume ses responsabilités. Vous sortirez l'honneur sauf. Iza ma kibrit ma btouzghar et ana al gharik khoufia mina'l balal?
Et puis alors rejoignez la thawra.

Honneur et Patrie

Le tandem Aoun-Bassil et le tandem Amal-Hezbollah se sont mis d'accord pour bloquer la formation d'un gouvernement d'experts et ce, pour replacer leurs copains et leurs coquins aux mêmes ministères afin de recommencer le m^me drame qui a provoqué le soulèvement populaire. Nous déplorons tous l'assassinat du général Soleimani mais sa mort aussi regrettable qu'elle soit, ne devrait pas être la cause principale du blocage des institutions au Liban.

Sissi zayyat

Si la formation est tributaire de la mort de chaque responsable militaire iranien, notre gouvernement risque de ne jamais être formé vu l'évolution de la situation de jour en jour.
En quoi la mort d'un iranien impacterait le Liban?
HB n'a qu'à aller le venger dans le pays de son choix hors du Liban. Nous ne nous sentons absolument pas concernés nous, libanais par aucun événement iranien et n'avons pas de revanche sur qui que se soit et encore moins les americains qui ont l'intention d'aider notre armée à mieux s'équiper pour défendre le pays de toute agression.
Puisque Nasrallah déclare son allégeance à l'Iran parce qu'il l'arme pour soit disant résister à Isreal, le Liban se doit d'être du côté des américains qui eux arment l'armée libanaise qui le seul garant légal de la sécurité de notre pays de toute influence où ingerance étrangère.
Alors qui de ces deux doit approuver le president de la REPUBLIQUE LIBANAISE?
Un parti connu pour ses violation de tout genre de notre constitution pour l'intérêt d'un pays étranger ou l'armée qui a prêté serment pour le protéger de tout danger?

Citoyen

Avec leurs dollars ils ont acheté la voix des citoyens. Maintenant qu'ils sont "propriétaires" du pays, ils décident de tout et pour tout. Si vous n'avez pas encore compris on peut vous faciliter la tache en faisant un dessin aussi simple que de toucher 400 dollars pour vendre son âme et sa conscience.
Pour être plus simple. Deux scénarios possible. Ou le premier ministre nomme les personnes qu'il juge utile pour relever le pays de la m...dans laquelle nos mafieux l'ont plongés. Et là je ne pense pas que les barbus continueront à seulement pleurer leur soleimani. Ou la tergiversation va durer, en voulant ménager la chèvre et le choux, et des chèvres notre pays( plutôt des ânes) on en manque pas, et ça risque de s'éterniser.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

MADAME CLAUDE VOTRE BORDEL ETAIT UN LIEU SEREIN ET ANODIN EN COMPARAISON DU BORDEL AUQUEL NOUS ASSISTONS !

MGMTR

Tant que certains pensent pouvoir embêter l'Occident en retardant la formation d'un gouvernement au Liban, les blocages persisteront.

Il convient par ailleurs d'arrêter d'accabler le seul Hezb pour ce retard, car son hégémonie n'opère que de concert avec son grand allié, pourtant ce dernier est réputé patriotique, libre et conservateur.

L'année passé un jeune a été flashé en Europe par un radar de circulation, il a mis le feu à l'appareil en pensant effacer la photo, il ne savait pas que la photo est transmise ailleurs, instantanément.

Irene Said

Soleimani par-ci, Soleimani par-là...
En quoi le Liban est-il concerné par l'assassinat de ce général iranien, par les Américains...en Irak ?
Et en quoi cette mort devrait-elle influencer la formation de notre gouvernement libanais ?

Nos gouvernements précédents, depuis la fin de la guerre civile, ont-ils pu avoir une influence quelconque sur les événements qui ont secoué le Proche Orient, ou éviter leurs répercussions négatives sur notre pays ?

Messieurs nos "chefs de..." cessez de nous prendre pour des imbéciles, ça ne prend plus !
On vous connait trop bien...depuis que vous occupez vos fonctions...certains d'entre vous...plus de 25 ans !!!
Irène Saïd

Cadige William

Plus les jours passent plus je ressens de la consideration envers ce nouveau Premier Ministre.
Maintenant qu’il a commence a sortir de son silence, il devrait s’addresser aussi a la nation, bravant une fois pour toutes tous les tabous qui nous empoisonnent l’existence et montrer sa personnalité et sa ténacité.
Les eminences grises qui végètent de Baabda n’auront qu a bien se tenir.

NAUFAL SORAYA

"Arrêtons cette guerre des prérogatives pour aller au secours de certains postes (...)"

Allez surtout au secours d'un pays qui crève de votre faute, et oubliez votre éternelle de prérogatives, qui sont la cause de tous nos malheurs!

Yves Prevost

Que Diab cesse les "tractations" et forme son gouvernement!
"Le Premier ministre désigné ne veut pas prendre en considération les nouvelles donnes survenues récemment, dont l’appel de Nabih Berry, portant sur une équipe techno-politique". Effectivement! Et pourquoi devrait-il en tenir compte? Le président de la Chambre n'a rien à faire dans la formation du gouvernement. Son opinion, dans ce domaine est celle d'un simple citoyen et elle s'oppose à elle de plus de deux millions d'autres citoyens.
"A la suite de l’assassinat de Kassem Soleimani, il semble impossible de confier la gestion du pays à des spécialistes." Qu'on veuille bien m'expliquer le rapport entre les deux choses, et surtout selon quelle logique, lorsque l'on se trouve face à une situation difficile, il ne faudrait surtout pas confier le problème à un spécialiste.

Chucri Abboud

Vauit mieux le laisser travailler en paix

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