Les membres de L'Œuvre d'Orient à Paris pour les 170 ans de l'association. Photo Thomas Wallut
« Notre futur est ensemble. » C'est par ces mots que le patriarche de l’Église syriaque-orthodoxe d’Antioche, Ignatius Aphrem II, s'est exprimé à Paris à l'occasion des 170 ans de L'Œuvre d’Orient, célébrés entre le 9 et le 11 mai, avec notamment une messe à la cathédrale Notre-Dame de Paris, dimanche dernier pour la Journée des chrétiens d’Orient.
Patriarches, messeigneurs, prêtres, religieuses, laïcs engagés venus d’Orient, ils étaient nombreux à se retrouver lundi à l'hôtel du ministère français de l'Europe et des Affaires étrangères, pour marquer l'anniversaire de l'association française qui vient en aide aux chrétiens d'Orient et qui a profité de cette occasion pour lancer un cri d'alarme en faveur de ces communautés. « Du Proche-Orient, mais aussi d’Inde, d’Arménie, d’Ukraine, de la Corne de l’Afrique... Ils sont 150 Orientaux à être venus, et c’est très beau », se félicite Vincel Gelot, en charge des projets de l'association au Liban et Syrie et basé à Beyrouth. « Cet événement donne la mesure du lien institutionnel de L’Œuvre d’Orient avec la République française et l’Église de France (...). Derrière cette œuvre, il y a 80 000 donateurs qui permettent de soutenir toutes ces communautés dans leurs missions », poursuit celui qui est arrivé au Liban en 2016 après deux ans à Mossoul et dans la plaine de Ninive auprès des déplacés irakiens chassés par le groupe État islamique.

Créée le 4 avril 1856 suite à la signature du traité de Paris qui reconnaît la France comme protectrice des chrétiens de l’Empire ottoman, dans le contexte de la fin de la guerre de Crimée, la Fondation de L’Œuvre des Écoles d’Orient voit le jour à l’initiative de professeurs laïcs de la Sorbonne convaincus de l’importance capitale de l’éducation pour l’avenir de toute société, avec ainsi pour objectif la création d’écoles au Liban, rappelle Vatican News. Les massacres de chrétiens au Mont-Liban et à Damas, en 1860, entraînent une forte mobilisation en France et un développement rapide de l’association. En 1931, L’Œuvre des Écoles d’Orient devient « L'Œuvre d’Orient ». Depuis, elle n’a eu de cesse de développer ses missions auprès des communautés chrétiennes orientales dans les domaines éducatifs, médicaux, sociaux, religieux, culturels et patrimoniaux. Une aide précieuse pour des pays comme le Liban, la Syrie et l'Irak, secoués ces dernières années par les conflits.
Monseigneur Hugues de Woillemont, vicaire général des catholiques orientaux de France et directeur général de L’Œuvre d’Orient, a profité de cette occasion pour souligner l’importance du Fonds pour les écoles d’Orient, soutenu par le ministère français, qui a déjà permis d’aider environ 300 établissements scolaires de la région, depuis 2020. « La France entend rester engagée auprès des chrétiens d’Orient », a pour sa part insisté Martin Briens, secrétaire général du ministère, rappelant que « leur avenir est inséparable du dialogue interreligieux », auquel travaille assidument L’Œuvre d’Orient. Le responsable a ainsi a salué l’engagement précieux de l’association et « la qualité de son partenariat avec la diplomatie française ».
« On ne va pas vous abandonner »
Petite sœur de Nazareth qui vit au camp de réfugiés palestiniens de Dbayé au Mont-Liban, sœur Magda Smet, présente à la cérémonie, raconte avec ferveur l’accueil des déplacés qui ont fui la guerre entre Israël et le Hezbollah au Liban-Sud. « Grâce à L'Œuvre d'Orient, nous pouvons aider et donner des soins », souligne-t-elle, citée par Vatican News.
« Notre présence en Orient s’inscrit dans le temps. On n’est pas uniquement là en temps de crise, on y est car on aime l’Orient et ses communautés chrétiennes natives. Cela nous permet de vivre une vraie relation d’amitié sur le terrain avec nos partenaires», explique Vincent Gelot.
Alors que le Liban est à nouveau entraîné dans une guerre contre Israël depuis le 2 mars, après le conflit de 2023-2024, et que plus d'un million de personnes ont été déplacées de leurs foyers, Vincent Gelot évoque les villages chrétiens du Liban-Sud, « que les habitants ont fait le choix de ne pas quitter ». Il revient sur le soutien de L’Œuvre d’Orient aux structures fondamentales de ses partenaires sur le terrain, et en premier lieu les écoles. « 20 % des élèves libanais sont scolarisés dans 320 établissements chrétiens au Liban qui accueillent toutes les communautés religieuses, comme l’école des pères antonins de Qlayaa, avec des enfants druzes, chiites, sunnites et chrétiens. Ces écoles sont le dernier pilier qui reste du pays (...) » plaide-t-il. Depuis la reprise de la guerre, L’Œuvre d’Orient a déjà organisé sept convois humanitaires pour le Liban-Sud. « Parfois, ces convois se retrouvent pris entre les combats opposant le Hezbollah et l’armée israélienne », explique-t-il.
La situation en Syrie, après 13 ans de guerre civile et la chute du régime de Bachar el-Assad en 2024, est également préoccupante. « C’est un champ de ruines, après 50 ans de dictature et le poids des sanctions internationales. (...) Depuis 2000, 80 % de la population chrétienne a quitté le pays. La prise de conscience internationale n’a pas été à la hauteur et rien n’est fait pour les soutenir, hormis quelques organisations, dont la nôtre », explique Vincent Gelot. Il profite ainsi du 170e anniversaire de L’Œuvre d’Orient pour lancer « un cri d’alarme » sur la gravité de ce qui se passe depuis 15 ans au Liban, en Syrie, en Irak, en Palestine, mais aussi en Arménie et en Ukraine…



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