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Affaire Carlos Ghosn : les jets privés utilisés "illégalement" pour la fuite, selon la compagnie MNG Jet

Enquête

"Le nom de Carlos Ghosn n'est apparu dans les documents d'aucun des deux vols", affirme MNG Jet, ajoutant que la compagnie opère les appareils mais n'en est pas propriétaire.

OLJ/Agences
03/01/2020

La compagnie aérienne privée turque MNG Jet a dénoncé vendredi l'utilisation "illégale" de deux de ses appareils pour permettre à l'ancien patron de Nissan-Renault Carlos Ghosn de fuir le Japon pour le Liban, via Istanbul, ajoutant avoir porté plainte.

"MNG Jet a déposé une plainte au sujet de l'utilisation illégale de ses services d'aviation privée en lien avec la fuite de Carlos Ghosn", a déclaré la compagnie dans un communiqué.

Selon MNG Jet, deux jets privés ont été loués en décembre à deux clients : l'un des appareils pour un vol Dubaï-Osaka, puis Osaka-Istanbul, et l'autre pour un vol Istanbul-Beyrouth.

Selon les informations collectées sur le site Flight Radar 24, qui suit les vols à travers le monde, un avion dont l’immatriculation est TC-TSR, appartenant à MNG Jet, a décollé le 28 décembre de Dubaï à 8h31 à destination d’Osaka, où il est arrivé à 20h38. Le même avion a redécollé d’Osaka le 29 décembre à 23h10 pour atterrir à Istanbul, à l'aéroport Atatürk, utilisé par les avions transportant des marchandises et pour des vols privés, à 5h15. L’appareil, un jet Bombardier Global Express, immatriculé TC-TSR, appartient à la compagnie turque MNG Jet, spécialisée dans la maintenance et les vols de jets privés.

Quarante-cinq minutes plus tard, un autre jet privé, un Bombardier Challenger 300 immatriculé TC-RZA, a décollé du même aéroport. "Destination Beyrouth" a déclaré le pilote dans un enregistrement des échanges avec la tour de contrôle, obtenu par les enquêteurs, selon l'AFP. Sur Flight Radar, pas d'indication au sujet du propriétaire de l'appareil. Seule la mention "propriétaire privé" apparaît.





"Ces deux locations n'avaient en apparence aucun lien entre elles. Le nom de M. Ghosn n'est apparu dans les documents d'aucun des deux vols", a affirmé MNG Jet, ajoutant que la compagnie opère les appareils mais n'en est pas propriétaire.

La compagnie rejette la faute sur l'un de ses employés qui a été arrêté par la police turque et qu'elle accuse d'avoir agi de sa propre initiative et d'avoir "falsifié des documents". MNG Jet indique avoir lancé une enquête interne et coopérer avec les autorités turques qui ont arrêté jeudi sept personnes, dont quatre pilotes, soupçonnées d'avoir aidé M. Ghosn dans sa fuite. Deux membres du personnel au sol de l'aéroport par où il a transité de même qu'un employé des services de fret figurent également parmi les personnes arrêtées. Les sept suspects devaient être déférés devant un tribunal vendredi en vue de leur placement en détention provisoire.


(Lire aussi : Ghosn a quitté seul sa résidence à Tokyo, montre la vidéosurveillance)



"Il faut que le vol soit organisé, payé, accepté, tout cela a été monté bien en amont. Il devait y avoir une raison officielle de faire ce vol, évidemment ce n'est pas la raison réelle. Le vol se fait avec un jet d'affaires, ce n'est pas un jet privé, c'est important, car cela signifie que l'équipage ne sait pas qui il transporte. Les pilotes ont la liste, bien sûr, mais dans la réalité, ils ne la regardent pas", a déclaré à l'AFP Christophe Naudin, directeur de l'entreprise de formation pour pilotes Visiom Aviation. Lui même avait organisé l'exfiltration de deux pilotes français de République dominicaine en 2015. "Il faut aussi un plan de vol étudié pour survoler des pays qui ne sont pas des amis du Japon. Ainsi si l'appareil a un problème technique et qu'il doit se poser en urgence, le risque d'extradition est faible. Dans ce cas: Corée du Sud, Chine, Russie, puis après on entre dans des zones où tout se négocie", a-t-il ajouté.


(Lire aussi : Carlos Ghosn à Beyrouth : une épopée qui reste entourée de mystère)



"Quand on voyage en jet d'affaires, les gens attendent dans un salon. Une personne en charge du vol, sous traitant pour la compagnie aérienne (en l'espèce le transporteur turc MNG Jet, ndlr), prend les passeports et les présente à la police aux frontières avec la "GenDec". Cette "General Declaration" comprend la liste de l'équipage et, agrafée derrière, le "manifest", c'est-à-dire la liste des passagers", dit encore M. Naudin. "Le passeport présenté a un autre numéro que ceux enregistrés par les autorités japonaises (pour les passeports saisis, ndlr). Le policier vérifie le numéro du passeport, le tampon d'entrée, mais l'alphabet latin et la phonétique du nom sont difficiles à vérifier. Il y a des logiciels d'aides, mais la translittération en katakana (les caractères utilisés en japonais pour écrire les noms étrangers, ndlr) reste hasardeuse. Je suis persuadé que le policier a été trompé", ajoute-t-il. "Ensuite, arrivé à Istanbul, il est un simple passager en transit, il passe normalement, il change d'avion. Il n'y a pas vraiment de clandestinité".


MNG Jet est, selon Bloomberg, une partie de l’empire commercial fondé par Mehmet Nazif Gunal, un ingénieur turc. Après avoir fondé dans les années 70 une entreprise de construction, Mehmet Nazif Gunal a étendu ses activités au Moyen-Orient. Aujourd’hui, il emploie plus de 20 000 personnes, rapporte l’agence. Selon la même source, il contrôle Avesoro holdings, une entreprise basée dans les îles Anglo-Normandes, des paradis fiscaux, et opérant des mines d’or notamment au Liberia et au Burkina Faso.


La fuite de M. Ghosn du Japon, où il est accusé de malversations financières et était assigné à résidence après 130 jours en prison, constitue un spectaculaire rebondissement dans une affaire hors normes qui a vu la chute de l'un des plus puissants patrons de l'automobile.


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Wlek Sanferlou

A voir toute cette histoire rocambolesque, on dirait qu'au Japon y a trop d'intelligence artificielle et moins d'intelligence naturelle...

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

FUITE ROCAMBOLESQUE ! LES JAPS N,EN REVIENNENT PAS...

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