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À La Une - Crise

Bassil lors du Forum mondial sur les réfugiés : "Ce qui s'est passé en Syrie risque de se produire au Liban"

Des Libanais interdits de manifester à Genève contre la venue du ministre libanais sortant des Affaires étrangères.

Le ministre libanais sortant des Affaires étrangères, Gebran Bassil. Photo d'archives REUTERS/Mohamed Azakir

Le ministre libanais sortant des Affaires étrangères Gebran Bassil, qui participait mardi à Genève au premier Forum mondial sur les réfugiés, a mis en garde contre l'éclatement d'un conflit au Liban qui serait similaire à celui qui ravage la Syrie depuis 2011, au moment où le Liban accueille plus d'un million de réfugiés syriens et connaît une révolte populaire inédite contre la classe politique depuis le 17 octobre.

Des expatriés libanais, favorables à la révolte populaire et qui s'opposaient à la venue de M. Bassil à Genève, ont dans ce contexte été empêchés de manifester devant le siège où se déroule le forum.

Ce forum, qui se tient un an après l'adoption à New York d'un Pacte sur les réfugiés aux Nations unies, est censé donner un nouvel élan à la gestion des déplacés, plus nombreux que jamais, mais a surtout permis, dès son ouverture, de mettre en évidence les fortes dissensions internationales sur ce sujet hautement inflammable.


Le prix politique

"Rarement une population qui accueille des déplacés devient elle-même menacée de déplacement. (...) Le Liban est le seul pays où ses habitants, au summum de leur colère et de leurs revendications, ne s'en sont pas pris aux déplacés qu'ils accueillent à bras ouverts, malgré le fait que la présence de ces déplacés est l'une des causes de cette crise économique", a estimé M. Bassil, dans son allocution lors du Forum.

Avec une population de quatre millions d'habitants, le Liban affirme accueillir entre 1,5 million et deux millions de Syriens, dont un million inscrits comme réfugiés auprès de l'ONU. Régulièrement, des voix s'élèvent au sein de la classe politique et dans les médias pour réclamer leur départ, mettant en avant la fin des combats dans plusieurs régions syriennes et leur reprochant de contribuer aux difficultés économiques du pays.

Le rapatriement des réfugiés syriens est un des thèmes de prédilection du Courant patriotique libre (fondé par le président de la République, Michel Aoun) et de son chef, Gebran Bassil, qui estime que la plus grande partie du territoire syrien est désormais sûre, ce qui justifierait un retour massif des réfugiés.

Récemment le gouvernement libanais a accentué la pression sur les réfugiés pour les renvoyer en Syrie, craignant leur installation permanente sur son sol. Des ONG ont notamment dénoncé l'ordre donné aux réfugiés de détruire leurs abris en dur, autorisant uniquement l'utilisation de bois et de bâches en plastique.

S'adressant aux participants, le ministre libanais sortant a dit : "Je vous implore de vous tenir aux côtés du Liban et d'empêcher son effondrement, afin qu'il reste une nation exemplaire dans la lutte contre l’extrémisme et pour que les guerres économiques ne poussent pas sa population et ses invités (les réfugiés syriens) à sauter dans le premier bateau, en quête d'un nouvel asile au sein de vos pays (...)". Gebran Bassil a ensuite prévenu que "la catastrophe d'un effondrement du Liban voudra dire qu'aucun pays de par le monde n'osera accueillir désormais des déplacés".

"Je suis conscient que nous payons le prix politique de notre approche de la question de la migration, en nous opposant au principe de l'intégration qui mène à l'implantation. Nous avons toujours appelé à organiser un retour sécurisé, par étapes et digne, pour les déplacés syriens vers les régions sûres dans leur pays, et nous avons mis en garde contre le fait que nombre d'entre eux puissent se transformer en demandeurs d'emplois et non d'asile sûr", a en outre affirmé Gebran Bassil. "Aujourd'hui nous témoignons d'un retour volontaire de plus en plus considérable, avec une moyenne de 1.000 retours par jour, en raison de la détérioration de la situation économique au Liban", a-t-il également souligné.


(Lire aussi : Mireille Girard salue « les bonnes pratiques » du Liban, preuve de son « engagement exceptionnel »)


"Ce qui s'est passé en Syrie"

"(...) Toutes nos peurs se concrétisent, et le plus dangereux, c'est que les réfugiés, qui sont des victimes, soient instrumentalisés au service des guerres des autres sur notre territoire", a déploré Gebran Bassil. "Mon avertissement aujourd'hui est le suivant : des centaines de milliers de Libanais, de Syriens et de Palestiniens pourraient quitter le Liban et se rendre chez vous, en raison de ce qui se trame contre nous", a insisté le ministre libanais. "J'espère avoir tort, afin que nous puissions ensemble échapper aux dangers des réfugiés et du poids de l'intégration dont l'Europe paie le prix (...).

Et M. Bassil de conclure : "La situation ne présage rien de bon. Ce qui s'est passé en Syrie risque de se produire au Liban, et cela prouve qu'on veut détruire un pays et chasser un peuple, car on le force à accepter des remèdes politiques préfabriqués. Est-cela que l'on cherche à appliquer au Liban ? La question des migrants et des réfugiés est une responsabilité partagée. Soit vous assumez son fardeau, soit vous assumez ses conséquences. Préservez le Liban et laissez son peuple vivre, car il mérite la vie".

Gebran Bassil a également participé à plusieurs réunions dans le cadre des travaux du Forum mondial sur les réfugiés, notamment une réunion sur le retour des réfugiés syriens avec les ministres turc, irakien et jordanien des Affaires étrangères.


(Lire aussi : Plus d’un millier de Syriens regagnent leur pays)



Manifestation interdite

Le chef du Courant patriotique libre est l'une des figures les plus conspuées par les manifestants libanais qui accusent la classe politique de corruption et d'incompétence et réclament son départ pour permettre la formation d'un gouvernement formé d'experts indépendants.

Des membres du regroupement Meghterbin Mejtemiin, proche de la révolte populaire et qui avait organisé la venue au Liban d’expatriés pour participer aux célébrations de la fête de l’Indépendance, ont ainsi voulu manifester mardi contre la venue de M. Bassil. Ces Libanais ont toutefois été interdits de manifester sur la place des Nations, devant le Palais des nations où se déroulent les travaux du Forum.

"La police cantonale ne leur a pas accordé le permis de manifester, invoquant des mesures sécuritaires liées à la conférence", précise à L’Orient-Le Jour Zeina, une Libanaise résidant en Suisse, qui "soutient la révolte populaire pour une nouvelle classe politique intègre et professionnelle". Les militants libanais ont alors tenté de trouver une solution de repli. "Ils ont fait part de leur intention de se regrouper devant l’Hôtel Intercontinental de Genève, où les délégations libanaises logent d’habitude, pour y attendre Gebran Bassil. Mais leur initiative a une nouvelle fois été refusée par les autorités genevoises, toujours pour cause de mesures sécuritaires", rapporte encore l’expatriée.

Le regroupement Meghterbin Mejtemiin de Genève avait envoyé plus tôt une lettre au chef du département fédéral des Affaires étrangères de la Confédération suisse, Ignazio Cassis et au Haut-Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés, Filippo Grandi, leur demandant "de reconsidérer" la participation de Gebran Bassil au premier Forum mondial sur les réfugiés. Au cœur des raisons invoquées dans la lettre, les propos du ministre libanais sortant sur "la supériorité de la libanité", et sur la transmission de la nationalité libanaise "par les femmes libanaises mariées à des étrangers, à condition que leurs maris ne soient ni Syriens ni Palestiniens, autrement dit, des réfugiés". "Comment est-il possible que les hôtes de ce Forum international puissent accepter que le Liban soit représenté par un ministre qui viole le principe fondamental de la déclaration des droits humains… ?", demandait encore la lettre signée par le regroupement.


(Pour mémoire : Bassil met en garde contre le "chaos" au Liban)


Sur un autre plan, Jaafar Abdul Karim, un journaliste basé à Berlin, a écrit sur son compte Twitter que "le garde du corps personnel de Gebran Bassil" lui a "confisqué" son téléphone portable par la force. "Il a effacé la vidéo dans laquelle j'essayais de poser des questions au ministre", affirme le journaliste. "Les forces de sécurité affiliées aux Nations Unies enquêtent sur cet incident", a-t-il ajouté.

Le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres, qui participait au Forum mondial sur les réfugiés, a appelé mardi la communauté internationale à davantage de générosité pour "assumer collectivement" la charge des déplacés. Ce forum, qui se tient un an après l'adoption à New York d'un Pacte sur les réfugiés aux Nations Unies, est censé donner un nouvel élan à la gestion des déplacés, plus nombreux que jamais, mais a surtout permis, dès son ouverture, de mettre en évidence les fortes dissensions internationales sur ce sujet hautement inflammable.


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commentaires (4)

Ce monsieur est complice moralement puisque supporter du Hezbollah du massacre de 500.000 Syriens et il ne faut pas oublier le rôle joué par le CPL pour persuader les Chrétiens du Liban que c’était DAECH que combattait le boucher de Damas . Nous comprenons les motivations de notre homme car il faut rester fidèle à sa logique d’être persuadé que ces Syriens ne sont pas des êtres humains afin de se disculper de toute incrimination dans le massacre d’hommes de femmes et d’enfants. Les pauvres innocents !

PHENICIA

23 h 56, le 17 décembre 2019

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Commentaires (4)

  • Ce monsieur est complice moralement puisque supporter du Hezbollah du massacre de 500.000 Syriens et il ne faut pas oublier le rôle joué par le CPL pour persuader les Chrétiens du Liban que c’était DAECH que combattait le boucher de Damas . Nous comprenons les motivations de notre homme car il faut rester fidèle à sa logique d’être persuadé que ces Syriens ne sont pas des êtres humains afin de se disculper de toute incrimination dans le massacre d’hommes de femmes et d’enfants. Les pauvres innocents !

    PHENICIA

    23 h 56, le 17 décembre 2019

  • Mr. Bassil has a point. No other country in the world is hosting the same ratio of refugees as Lebanon. 25% of the population are refugees. This has indeed strained Lebanon's resources and together with the ongoing war in Syria has contributed to precipitating the economic crisis we're living in. Most Lebanese wish for the safe return of Syrian refugees to their homeland. Having said that, I totally disagree with Mr. Bassil's stance of not granting citizenship to the children of Lebanese women married to Syrians and Palestinians. This discrimination is outright racist and unacceptable.

    Mireille Kang

    23 h 42, le 17 décembre 2019

  • CE GARDE DU CORP SE CROYAIT AU LIBAN. TOUT LUI EST PERMIS.

    Gebran Eid

    21 h 18, le 17 décembre 2019

  • C,EST CE QUE CHERCHENT VOS ALLIES A QUI VOUS SERVEZ DE PARAVENT. OU VOUS ETES AVEUGLE OU IL Y A DES INTERETS.

    L,EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    21 h 14, le 17 décembre 2019

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