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Liban

« Nous ne paierons pas ! » : des contestataires appellent à la désobéissance fiscale

Révolte populaire

Les organisateurs de la campagne en étudient pour l’instant la faisabilité, soucieux d’éviter les répercussions négatives sur les citoyens.

14/12/2019

« Nous ne paierons pas ! » Depuis jeudi soir, des membres de la révolte populaire se mettent en scène sur les réseaux sociaux. Brandissant une pancarte invectivant la classe au pouvoir, ils annoncent leur volonté de s’abstenir de payer. « Parce que nous sommes fauchés, parce qu’ils sont voleurs », lance l’avocat et militant Wassef Haraké sur sa page Facebook. « Jusqu’à ce que vous rendiez les millions », promet de son côté la protestataire Darine Dandashli. L’activiste Camille Mourani, pour sa part, se contente d’un simple « Nous ne paierons pas », alors que le réalisateur Lucien Bourjeily demande notamment « pourquoi faut-il payer, si c’est pour être tabassé par des voyous en habit militaire ». Depuis qu’il a été lancé en arabe jeudi soir, le hashtag « Nous ne paierons pas » fait déjà le buzz sur les réseaux sociaux. Les internautes partagent, retweetent, se joignent au mouvement, griffonnent sur un bout de carton leurs griefs contre les autorités et postent leur photo. Car ils ont bien compris que l’appel n’est autre qu’une invite du mouvement de contestation à la désobéissance fiscale.


Une mesure provisoire
« L’invite doit être officiellement lancée mardi à 15 heures lors de rassemblements devant les ministères des Finances et centres de paiement de la TVA sur l’ensemble du territoire », explique à L’Orient-Le Jour Wassef Haraké. Dans l’attente, « Nous ne paierons pas » n’est autre qu’un teaser destiné à tester le niveau d’intérêt de la population pour l’initiative. « Le projet est au cœur des discussions des protestataires depuis quelques semaines déjà », révèle l’avocat. Car les manifestants accusent l’État d’avoir brisé le contrat social qui le lie aux citoyens. Le citoyen a certes l’obligation de payer ses taxes et impôts, mais en contrepartie, l’État doit lui accorder ses droits, l’éducation, le manger, le boire, la santé... ce qu’il a échoué à réaliser, martèle Me Haraké, rappelant que le pays a été dévalisé par une classe au pouvoir corrompue, et les citoyens par les banques. D’où l’idée de réagir et « d’inciter les citoyens à ne plus payer leurs impôts, tant que la classe dirigeante restera au pouvoir ». Une mesure qui se veut « provisoire jusqu’à ce que les revendications de la rue soient entendues », avec pour objectif de faire pression sur les autorités, mais aussi « de réclamer une justice fiscale et sociale ».

La population est donc invitée à ne pas régler ses taxes, ses factures étatiques et ses emprunts bancaires, principalement « les taxes mécanique, municipale, sur le revenu, sur la valeur ajoutée (TVA), les factures d’eau et d’électricité, les contraventions routières, mais aussi les traites liées aux prêts logement ou voiture, affirme le militant, qui invite à une participation massive. « Quant aux chefs d’entreprise, ils sont appelés à payer leurs employés en cash », ajoute-t-il.

Mais qu’en est-il de l’applicabilité de cette campagne ? Selon Darine Dandashli, l’appel découle d’initiatives personnelles qui ont pris de l’ampleur, poussées par une rue en colère. Une ampleur telle qu’un groupe de travail en étudie la faisabilité avec des avocats, soucieux d’éviter les répercussions négatives de la désobéissance fiscale sur les citoyens. « Avant de lancer la campagne, nous devons nous assurer que les contribuables sont bien protégés, qu’on ne leur coupera pas le courant électrique au cas où ils ne paieraient pas leurs factures », indique-t-elle, à titre d’exemple. Et pour répondre aux questions des internautes qui promettent d’être nombreuses, les militants ont déjà ouvert une page Facebook du nom de la campagne. « De toute façon, constate la jeune femme, si de nombreux protestataires sont déterminés à ne pas payer leurs impôts, il faut réaliser qu’une grande partie de la population est dans l’incapacité de le faire. »


(Lire aussi : Les places de la révolution subissent-elles une lente métamorphose ?)


Comment boycotter, sans perdre les services ?
Cette mise en garde, un millier de représentants d’entreprises privées, touchés par la crise économique, l’ont d’ailleurs brandie mercredi dernier, devant L’Œuf du centre-ville de Beyrouth, où ils étaient réunis. « Nous n’arrivons plus à payer nos taxes et impôts à l’État, car nous devons payer les salaires de nos employés. Il y va de la survie de nos entreprises, souligne à L’OLJ un chef d’entreprise, Antoine Khoury. De toute façon, la corruption du pouvoir a été reconnue par les trois pôles du pouvoir. » Adepte du slogan « je suis une ligne rouge », qui appelle à donner la priorité au citoyen, M. Khoury assure qu’il s’agit d’un « gel », le temps qu’un gouvernement neutre et efficace voie le jour comme le réclame la révolte populaire, et prenne les choses en main avec une feuille de route économique. « L’essentiel est que nos employés ne se retrouvent pas à la rue », dit-il.

La faisabilité de la désobéissance fiscale ne manque pas d’interpeller l’activiste et économiste Jad Chaaban. Interrogé par L’OLJ, l’universitaire se prononce en faveur du boycott des activités de l’État, vu la corruption et le manque de services de qualité. « Le boycott est une action civique dans beaucoup de pays », précise-t-il, insistant sur la nécessité de faire pression sur le pouvoir. Sauf qu’il ne voit pas comment les Libanais pourraient boycotter les institutions étatiques sans en perdre les services. « Les taxes les plus importantes que paient les citoyens sont des taxes indirectes, sur la téléphonie mobile, l’essence et la TVA. Et le boycott de ces secteurs pénalisera nécessairement le contributeur », estime-t-il. D’où sa crainte que l’initiative ne se retourne contre les individus. S’adressant aux initiateurs de la campagne, il appelle donc à la publication d’une analyse juridique détaillée des répercussions de la désobéissance fiscale sur les individus, avec les recours possibles.



Lire aussi
«Ya aayb el-choum», Un peu plus, de Médéa AZOURI


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Sissi zayyat

Pour moi on aurait pu commençait par une désobéissance civile depuis le premier jour de contestation. Heureusement que nous ne l'avons pas fait, car nous aurions masqué le scandale des banques qui étaient en faillite comme les caisses de l'état d'ailleurs grâce aux voleurs à la tête de l'état qui auraient pris un plaisir de nous coller ca sur le dos.
Maintenant que nous connaissons les tenants et les aboutissants nous pouvons rendre à l'état la monnaie de sa pièce.
La Désobéissance civile n'affecterait pas le pays plus que de nécessaire. On ne peut pas faire mal à un mort.
Nous continuons de leur donner l'impression de diriger le pays alors qu'ils travaillent à sa perte. Alors non ils n'auront plus de l'argent du peuple puisque ce dernier n'a plus de liquidité vu que les banques refusent de le laisser jouir de ses comptes.
Nous n'allons quand même pas donné le peu qu'ils nous permettent de retirer pour encore les engraisser alors qu'ils font de tout pour nous pousser au suicide.

BOSS QUI BOSSE

Ils ont raison tant quon ne connaîtra pas la direction de ces taxes.

Les corrompus sont à l'affût.

TORIEL Raphael

Malgré la corruption, la grève des taxes est catastrophique. De plus au Liban, elles sont essentiellement indirectes. S’il y a baisse des ventes, il y a nécessairement baisse des taxes. De toutes les façons, pour qu’elles soient légales, il faudrait les déposer sur un compte spécial en vue d’un payement ultérieur et non les conserver par les entreprises. Grivèlerie contre corruption n’est pas une solution !

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

ATTITUDE NEGATIVE A 100PCT. LE PAYS EST ASPHYXIE ET ON VEUT LUI PORTER LE COUP DE GRACE !

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