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Focus

Les places de la révolution subissent-elles une lente métamorphose ?

L’incident de la tente incendiée du CIH mercredi soir fait redouter à de nombreux militants une infiltration par les parties qui voulaient investir les places par la force.

Il ne reste que l’échafaudage en fer de la tente du CIH.

Sous le ciel gris de décembre, dans le parking des Lazaristes à la place des Martyrs de Beyrouth, il ne reste plus que le squelette en fer de la tente désaffectée du « Civic Influence Hub » (CIH), qui a accueilli de nombreux débats depuis le début de la révolution d’octobre. Et c’est justement l’un de ces débats qui aura finalement sonné le glas, même momentané, de cet espace de dialogue : au cours d’une conférence très académique sur la « neutralité des États et la prospérité » organisée mardi, une phrase prononcée sur « l’État d’Israël », interprétée comme une provocation, a déchaîné l’ire de certains manifestants à même la place, ce qui a requis l’intervention des forces de l’ordre pour protéger les organisateurs. Le lendemain, un sit-in de solidarité en faveur de la liberté d’expression dans cette même tente a de nouveau dégénéré : s’est ensuivie une décision de la part du CIH de vider les lieux et un démantèlement de la tente.

Simultanément, un peu plus haut, des individus à moto, partisans d’Amal et du Hezbollah, tentaient une énième razzia des tentes du centre-ville et étaient stoppés par la brigade antiémeute des Forces de sécurité intérieure (FSI). Que se passe-t-il au centre-ville de Beyrouth, dont la révolution a pris possession depuis le 17 octobre ?

L’un des activistes présents à la conférence de mardi, l’éditeur Lokman Slim, livre à L’OLJ son impression sur le fait que l’attaque contre le CIH « n’était pas du tout spontanée ». « Le même jour, une campagne était menée sur Twitter contre cette conférence, sous prétexte qu’on y discuterait de normalisation avec Israël, ce qui n’était évidemment pas le cas, dit-il. Les membres du CIH et nous sommes restés prisonniers de la tente près de deux heures. Le lendemain, même scénario, jusqu’à l’abandon total de la tente. »

Deux manifestants dans une tente voisine, ayant passé la nuit sur la place, trouvent justifié le démantèlement de la tente auquel ils ont assisté. Ils se disent apolitiques et requièrent l’anonymat. Pour eux, « il est inadmissible qu’un conférencier ait prononcé ces mots d’État d’Israël, ce qui va à l’encontre de la conviction des gens d’ici, de notre position comme pays arabe et des objectifs de la révolution qui sont en premier et dernier lieu d’obtenir des réformes ». « Le clash de mardi soir ne s’était pas encore tassé qu’ils avaient organisé un nouvel événement mercredi, ce qui a rallumé le brasier », disent-ils.

Pourquoi les manifestants s’engouffrent-ils dans ce qui semble être des dissensions internes alors même qu’une razzia d’éléments externes se produisait le même soir ? Là, les avis des deux hommes divergent. Alors que pour l’un, « la destruction de cette tente protégera les autres parce qu’elle était visée », l’autre fait état « d’informations suivant lesquelles les partisans à moto, stoppés par les forces de l’ordre, voulaient incendier toutes les tentes ».



(Lire aussi : Pourquoi les agresseurs des manifestants pacifiques et des journalistes courent-ils toujours ?)



« Contre la destruction des tentes »
Un peu plus loin, Marcelle Rached a édifié sa propre tente depuis le début de la révolution, où elle accueille principalement les journalistes en mission, se déclarant « indépendante ». « Ce sont des éléments communistes qui se sont insurgés contre le débat dans cette tente, raconte-t-elle. Les membres du CIH ont quitté les lieux de leur propre gré avant que la tente ne soit démantelée. » Elle se dit résolument contre « toute destruction de tentes ». « Si le CIH s’est retiré volontairement cette fois, nous nous interposerons plus clairement contre toute tentative de destruction d’autres tentes, affirme-t-elle. Dans l’absolu, je pense qu’il faut garder notre unité en tant que révolutionnaires en nous focalisant sur la création d’un État par la formation d’un gouvernement puis des élections anticipées. Je suis contre que l’on se perde dans les dédales de la politique. »

Habib Baradeï, du parti Sabaa, est lui aussi hostile à de tels actes « qui affaiblissent la révolution ». Dans la tente du parti face à la mosquée al-Amine, il affirme « qu’il fallait juste demander à ce conférencier de ne plus s’exprimer, sans sanctionner tout un groupe ». « Nous sommes d’ailleurs continuellement vigilants par rapport à ce qui peut survenir dans une scène aussi ouverte », glisse-t-il.



(Lire aussi : Paula Nawfal à « L’OLJ » : « J’avais beau crier que je suis journaliste, il continuait à me frapper »)


Quelle influence des partis ?
Si le militant parle de « vigilance », c’est que les attaques externes ne sont plus les seules redoutées par nombre de révolutionnaires sur les places. Pour beaucoup, l’incident du CIH serait un indicateur d’une domination grandissante des places de la part d’acteurs proches des partis hostiles à ce mouvement dès le début, le considérant comme une menace contre l’axe de la « moumana’aa », principalement le Hezbollah et Amal. D’autres partis tenteraient également de prendre subrepticement le contrôle des places par le biais d’édification de tentes sous des noms divers, comme le soulignent des observateurs. Le caractère pacifiste et horizontal de la révolution serait-il menacé ?

Les observateurs cités constatent par exemple que les communistes sont scindés en deux, les uns plus proches de la moumana’aa et d’autres de l’esprit d’origine de la révolution, qui est hostile à tout le pouvoir en place. D’autres groupuscules politisés ont pris d’assaut certains coins des places également.

En bref, que des partis se soient incrustés sur la place réservée à la révolution ne fait plus de doute pour personne, mais les avis divergent quant à l’étendue de leur influence désormais. Alors que Habib Baradeï pense qu’environ 20 % des tentes sont tenues par des partisans purs et durs, les deux manifestants dans la tente voisine du CIH reconnaissent qu’il y a « des infiltrés qui passent de tente en tente, écoutant ce que disent les uns et les autres ». « Nous les repérons tout de suite et sommes vigilants, nous tenons à la révolution en laquelle nous avons mis tout notre espoir et ne lâchons rien », ajoutent-ils.

Pour Marcelle Rached, « on ne peut parler d’infiltrés, ce sont des gens qui ont le droit d’être là tant que c’est en leur qualité individuelle et pas partisane ». Elle aussi parle de vigilance afin de préserver l’esprit pacifique de la révolution.

Certains observateurs restent positifs : même si les tentes « partisanes » se sont multipliées, ces groupes-là restent en minorité et ne peuvent imposer leur point de vue à l’ensemble des manifestants, surtout étant donné l’horizontalité du mouvement qui le rend insaisissable. Lokman Slim a une vision plus sombre de la situation. « À mon avis, tant que les forces de l’ordre ne peuvent plus protéger la liberté d’expression, il est futile de vouloir tenir une tente en cet endroit, dit-il. Je crois que les partis qui avaient voulu nous décourager par la force ont changé de tactique et occupent actuellement des dizaines de tentes par le biais de groupes qui mettent en application l’agenda du Hezbollah. Est-ce une coïncidence que la violence de mardi à Beyrouth se soit propagée en même temps au Nord et ailleurs ? Le message est clair. »

Mais cela ne signifie pas qu’il faut tout abandonner, selon lui, même si cela suppose de changer de tactique. « L’esprit de la révolution ne tient pas à une place ou à une tente, et ils ne pourront pas le vaincre », affirme-t-il.



Sous le ciel gris de décembre, dans le parking des Lazaristes à la place des Martyrs de Beyrouth, il ne reste plus que le squelette en fer de la tente désaffectée du « Civic Influence Hub » (CIH), qui a accueilli de nombreux débats depuis le début de la révolution d’octobre. Et c’est justement l’un de ces débats qui aura finalement sonné le glas, même momentané,...

commentaires (4)

Tentes et tantes sont cousins c est bien connu l’un construit l’autre détruit

PHENICIA

18 h 26, le 13 décembre 2019

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Commentaires (4)

  • Tentes et tantes sont cousins c est bien connu l’un construit l’autre détruit

    PHENICIA

    18 h 26, le 13 décembre 2019

  • CERTAINS INFILTRES FONT TOUT POUR DEVIER LA CONTESTATION DE SON VRAI ET UNIQUE BUT ET QUI EST LA FORMATION D,UN GOUVERNEMENT DE TECHNOCRATES INDEPENDANTS ET DES LEGISLATIVES DANS LES SIX MOIS. FAUT PAS SE LAISSER ALLER DANS LEUR JEU !

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    14 h 50, le 13 décembre 2019

  • Faire une révolution pacifiauq au Liban relève de l'Hallucination pure et dure !! Je ne fais que le répéter aux libanais rêveurs ! Rentrez chez vous ... Ça sent le roussi ! Nous avons vu comment s'e sont terminées les révolutions en Syrie ! Basta !

    Chucri Abboud

    14 h 02, le 13 décembre 2019

  • IL EST CERTAIN QUE DES PARTIS ESSAIENT DE S'INFILTRER DANS LA REVOLUTION POUR LUI DONNER UN AUTRE VISAGE EN CE QUI CONCERNE LES DISCOURS POLITIQUES JE NE COMPREND PAS POURQUOI LE LIBAN DEVRAIT ETRE LE DERNIER A DISCUTER D'UNE PAIX AVEC ISRAEL L'EGYPTE ET LA JORDANIE QUI ONT EU BIEN PLUS DE MORTS ET DE TERRITOIRES OCCUPPES ONT FAIT LA PAIX AVEC ISRAEL LE DRAPEAU ISRAELIEN FLOTTE AUJOURDH'UI DANS LE GOLF A CHAQUE MANIFESTATION SPORTIVE ET LES ISRAELIENS AURONT UN PAVILLON A LA FOIRE DE 2020 A DUBAI ET LES POSSESSEURS DE PASSEPORT ISRAELIENS POURRONT VENIR A DUBAI LEGALEMENT SANS PARLER DE L'ARABIE SEOUDITE, D'OMAN DE BAHREIN ET MEME DU QATAR T ET AUTRES PAYS ARABES QUI SE SONT RAPPROCHES D'ISRAEL IL FAUT VOIR LA REALITE EN FACE : RECOUVRIR SON PETROL, AJUSTER SES FRONTIERES AU COURS DE NEGOCIATIONS AVEC ISRAEL PUIS APRES AVOIR OBTENU LA TOTALITE DE TOUT CELA : faire finalement une paix ne vaut pas mieux que des guerres et des destructions chaque quelques annees? cerise sur le gateau peut etre le liban pourra negocier le retour d'un nombre important de refugies Palestiniens en israel POURQUOI EST IL DONC INTERDIT DE LE DIRE A HAUTE VOIX DANS UNE TENTE OU TOUTES LES IDEES PEUVENT ETRE DISCUTEES SAUF CELLE CI?

    LA VERITE

    13 h 33, le 13 décembre 2019