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Liban

Carburants : ouverture des plis des appels d'offres lundi, premières importations 15 jours plus tard

La ministre appelle les différents acteurs du secteur à faire preuve de "solidarité" et éviter d'accabler les citoyens.

"Grève ! Parce que nous ne pouvons pas acheter de dollars américains", peut-on lire sur cette banderole, installée sur les pompes à essence d'une station-service de Beyrouth en grève, le 28 novembre 2019. Photo REUTERS / Mohamad Azakir

La ministre sortante de l’Énergie et de l’Eau, Nada Boustani, a annoncé jeudi que l'ouverture des plis des appels d'offres pour l'importation de carburant, directement par l'Etat, une procédure inédite au Liban, aura lieu lundi. Elle a assuré qu'une fois cette procédure réalisée, les premières importations auraient lieu maximum quinze jours plus tard. La ministre a par ailleurs appelé les différents acteurs du secteur de l'importation et la vente de carburants à faire preuve de "solidarité" et éviter d'accabler les citoyens, alors que les stations-services sont en grève depuis ce matin, pour protester contre les restrictions d'accès au dollars. 

Lors d'une conférence de presse, Mme Boustani a annoncé que "les appels d'offres pour l'importation de carburant seront ouverts lundi". Elle a souligné que dans un délai de 10 à 15 jours plus tard, le carburant pourra être importé par les différentes installations pétrolières du pays.
Le ministère de l'Energie avait publié un premier appel d’offres il y a une dizaine de jours concernant l’importation de 150.000 tonnes de Gasoil 95. Cette quantité permettra d’assurer "environ 10 % de la demande locale", avait expliqué Mme Boustani lors du lancement de cet appel d'offres, ajoutant vouloir "d’abord tester la réaction du marché" avant d’aller plus loin. "Face aux difficultés rencontrées par les importateurs, je voulais éviter un risque de pénurie et surtout empêcher que cela se répercute sur les prix à la consommation", avait-elle indiqué. Cette décision est une première dans l’histoire récente du Liban, qui pourrait permettre à terme de casser la mainmise de la poignée d’importateurs privés qui se partagent jusqu’à aujourd’hui le marché.


Ne pas accabler les citoyens
Par ailleurs, la ministre a réagi à la situation actuelle du secteur des carburants, alors que les stations-services du pays ont lancé ce matin une grève ouverte. Elle a dans ce cadre appelé les propriétaires de stations-services et les sociétés importatrices de pétrole à faire preuve de "solidarité" pour faire face à la crise et à ne pas imposer aux citoyens "un fardeau qu'ils ne peuvent plus supporter".

Le syndicat des propriétaires des stations d’essence ont lancé cette grève pour protester contre "le manque de dollars disponibles et le non-respect des accords acceptés par les importateurs de carburant" à propos des modalités de la circulaire n° 530 émise début octobre par la Banque du Liban (BDL). Modifié pour intégrer les fabricants locaux de médicaments et les importateurs de matériel médical, ce dispositif est destiné à assurer le déblocage de devises à plusieurs filières d’importations stratégiques (carburant, blé, médicaments) à un moment où la BDL a limité la circulation de dollars sur le marché local pour plusieurs raisons liées à la stabilité financière du pays, très endetté et en plein contexte de crise. Il est cependant contesté par la majorité de ses bénéficiaires qui le jugent trop contraignant ou inadapté. Il reste que la grève ouverte pourrait ne pas être suivie par toutes les stations-service, selon plusieurs sources concordantes.

Dans ce cadre, la ministre sortante de l’Énergie avait souligné plus tôt dans la journée que "depuis le début de la crise du dollar, le ministère appelle à ne vendre le mazout qu'en livres libanaises". Elle a appelé les Libanais à "ne pas tomber dans le piège et à ne pas payer le mazout en dollars aux sociétés et commerçants qui prétendent payer ces matières dans la devise américaine".


La réponse des responsables du secteur
Réagissant à la conférence de presse de Mme Boustani, le président du syndicat des propriétaires de stations-services Samy Brax, ainsi que celui des distributeurs de carburant Fady Abou Chakra, et celui des camions-citernes Ibrahim Sariini, ont affirmé dans un communiqué commun "avoir été contraints de lancer une grève ouverte jusqu'à l'obtention d'une tarification juste qui secourra 25.000 familles de la banqueroute.   "Après nous être retrouvés devant une impasse et épuisé nos recours devant toutes les parties concernées, nous avons compris que nous ne pouvions pas obtenir une tarification en dollars à hauteur de 100% de la marchandise importée, mais uniquement à 85% (...). Nous avons supporté durant un mois et demi les pertes résultants de ce laisser-faire, et nous sommes aujourd'hui face à deux options : soit la fermeture définitive ou la banqueroute, soit une intervention du ministère de l’Energie afin de modifier les tarifications en fonction du prix du dollar afin de couvrir la part des 15%", soulignent les dirigeants du secteur. "La solution de ce problème ne concerne que le ministère de l’Energie, et si le ministère n'apporte pas la solution, nous maintiendrons notre refus d'importer et de livrer la marchandise, et nous aurons recours à la fermeture de nos sociétés car la situation ne peut plus durer de la sorte. Nous pourrions être amenés à déposer le bilan dans les prochains mois", ont-ils prévenu.

La Confédération générale des Travailleurs libanais (CGTL) a pour sa part réagi à la grève des stations-services, dénonçant une "provocation" envers les citoyens. "Chaque jour, la vie des citoyens qui doivent se déplacer devient un peu plus infernale", a dénoncé la CGTL, qui a regretté que les Libanais doivent "faire la queue devant les stations-services".  "Nous refusons cette provocation, d'où qu'elle vienne, qu'il s'agisse de l’Etat, des sociétés importatrices ou du syndicat des propriétaires de stations-services", a souligné le syndicat, qui a critiqué la décision tragique de ces stations de lancer "soudainement" une grève ouverte.


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La ministre sortante de l’Énergie et de l’Eau, Nada Boustani, a annoncé jeudi que l'ouverture des plis des appels d'offres pour l'importation de carburant, directement par l'Etat, une procédure inédite au...

commentaires (2)

A l'addresse de Madame Boustani: Pourquoi fermer les yeux sur un problème vital et urgent? Acceptez-vous que les parties concernées par la grève , achètent des devises à 50% plus cher que le taux de change officiel sans que vous ne modifiez logiquement parlant le cours officiel des prix du carburant? Pourquoi provoquer une pénurie qui est plus grave qu'un ajustement le moins possible des prix de vente en livres? Mettez vous à leur place et décidez alors ce qu'il faut faire. Tout en sachant que la BDL couvre la plus grande part en devises!

Esber

15 h 52, le 28 novembre 2019

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Commentaires (2)

  • A l'addresse de Madame Boustani: Pourquoi fermer les yeux sur un problème vital et urgent? Acceptez-vous que les parties concernées par la grève , achètent des devises à 50% plus cher que le taux de change officiel sans que vous ne modifiez logiquement parlant le cours officiel des prix du carburant? Pourquoi provoquer une pénurie qui est plus grave qu'un ajustement le moins possible des prix de vente en livres? Mettez vous à leur place et décidez alors ce qu'il faut faire. Tout en sachant que la BDL couvre la plus grande part en devises!

    Esber

    15 h 52, le 28 novembre 2019

  • DES IMPORTATIONS DIRECTES SANS LES GENS DE LA LATTA AU MILIEU. SOUHAITONS POUR LE MIEUX.

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    15 h 19, le 28 novembre 2019