X

Liban

Émergeant comme d’un mauvais rêve, Bickfaya dénonce une « provocation » flagrante

Reportage

Dans ce fief du parti Kataëb et de la famille Gemayel, on accuse le CPL de vouloir raviver les blessures de la guerre interchrétienne encore profondes. Or nul n’a envie de revivre ce passé qui a longtemps divisé les familles et les proches.

28/11/2019

Bickfaya semblait se réveiller d’un mauvais rêve au lendemain de la flagrante « provocation » orchestrée selon des habitants par le Courant patriotique libre, qui a envoyé ses partisans parader dans ce fief du parti Kataëb. Une provocation qui n’a pas manqué de dégénérer, mardi soir, malgré la présence des forces spéciales de l’armée libanaise qui négociaient le passage pacifique du convoi.

Nettoyée tôt hier matin par les agents municipaux, la place centrale de Bickfaya est intacte, avec sa statue du fondateur des Kataëb, Pierre Gemayel. Il ne reste aucune trace des débris laissés la veille au soir par les rixes entre les parties adverses, pierres, bouts de bois, vitres brisées, bouteilles d’eau éventrées. Seules quelques plantes arrachées attestent de la violence de la confrontation qui n’a pris fin qu’aux alentours de minuit, et qui a opposé non seulement les deux adversaires de toujours, mais aussi des habitants en colère et l’armée libanaise.

Dans la rue, l’incident est sur toutes les lèvres. On raconte comment « les aounistes » se sont organisés sur les réseaux sociaux. Comment ils ont formé leur convoi, à Dbayé. Comment ils ont annoncé leur intention d’aller jusqu’à la résidence de l’ancien président Amine Gemayel et de celle de son fils, le chef du parti Kataëb, Samy Gemayel. Comment les habitants de Bickfaya et des environs, hommes et femmes, se sont massés à l’entrée de la localité pour leur faire opposition, armés de bâtons et de pierres. On rappelle les martyrs de la famille Gemayel. On accuse le parti au pouvoir et ses affidés de vouloir à tout prix ressusciter les vieux démons de la guerre, pour masquer son cuisant échec dans la gestion du pays, pour saboter la révolution qu’on soutient ici.


(Lire aussi : Les femmes de Aïn el-Remmaneh et de Chiyah unies contre la violence)


« Nous avons réussi à les empêcher de traverser le village »

Les blessures de la guerre interchrétienne sont encore profondes, et nul n’a envie de revivre ce passé qui a longtemps divisé les familles et les proches. On ne manque pas d’écorcher au passage l’armée libanaise à laquelle on reproche son parti pris. « La troupe a tabassé même les femmes qui tentaient d’empêcher le convoi d’entrer dans le village. C’était effrayant », commente la caissière d’une boulangerie, qui a assisté à la scène. Mais au final, les habitants s’estiment victorieux. « Non seulement nous avons sérieusement endommagé leurs voitures, mais nous avons réussi à les empêcher de traverser le village armés de leurs drapeaux partisans, déversant leurs insultes et leurs slogans provocateurs. Ils ont été détournés vers Bhersaf et Baabdate », soutient Rami, commerçant et partisan Kataëb, qui arbore un œil au beurre noir.

Il est vrai que dans ce fief Kataëb, une importante partie de la rue soutient ferme Samy Gemayel, dans l’opposition et qui a pris position en faveur de la contestation populaire. Il n’en reste pas moins « clair que le trio CPL, Amal et Hezbollah a choisi de faire face à la révolution par la violence, les dernières 48 heures, non seulement à Bickfaya, mais à Tripoli, Tyr, Aïn el-Remmaneh, au cœur de Beyrouth et dans d’autres régions », affirme à L’OLJ le coordonnateur des relations politiques au sein du parti Kataëb, Serge Dagher. Dans leur quête d’un leader au mouvement populaire, ils cherchent à raviver les tensions confessionnelles au sein de la population et à recréer la division entre 14 Mars et 8 Mars, accuse-t-il, tout en rappelant que « l’ennemi n’est autre que la crise économico-financière ». « À ce discours provocateur qui a pour volonté de briser la révolution, le parti a répondu par une invite aux habitants à laisser passer le convoi », précise-t-il. Sauf que « la région vit désormais à l’heure de la révolution » et « ne comprend pas pourquoi elle doit se retenir face à un convoi partisan venu l’insulter ».


(Lire aussi : Devant la BDL, c’est « haircut » gratuit pour tous)



Une responsabilité partagée

Quelques vitrines plus loin, dans sa boutique d’outillages, une famille encore sous le choc revit la scène. « Ce qui s’est passé hier est inadmissible. C’était de la pure provocation », martèle Sarkis, propriétaire de l’entreprise. « Pourquoi portent-ils des drapeaux partisans et non pas libanais, pourquoi ont-ils attendu la nuit pour venir, et s’ils veulent vraiment faire tomber tout le monde comme ils le disent, pourquoi ne vont-ils pas manifester au sein du mouvement populaire ? » demande-t-il. Il accuse le CPL d’avoir « planifié son coup pour saboter la révolte populaire et l’éloigner de ses objectifs », et l’État de « fomenter les disputes fratricides plutôt que de former un gouvernement ». « Après tout, le peuple n’aspire qu’à une vie décente et à obtenir ses droits. Et c’est ce qu’il continue de revendiquer dans la rue, ajoute le commerçant. Quant au pouvoir, il a tout simplement peur de perdre ses acquis. »

Mais ces positions ne font pas l’unanimité. Et certains habitants qui revendiquent leur indépendance politique s’en prennent aussi bien au CPL qu’aux Kataëb qu’ils accusent tous deux de vouloir ramener le pays à l’ère des divisions interchrétiennes, en faisant de la surenchère. « Ce qui s’est passé hier n’est autre qu’une réponse du parti de Gebran Bassil à la manifestation qui s’est déroulée devant sa résidence », estime Caroline, une épicière qui ne retient pas sa colère. « Nous avions pourtant fait un pas de géant depuis le début de la révolution en brisant les barrières confessionnelles », gronde-t-elle. Mais après la nuit de mardi, où elle a vu « les jeunes de Bickfaya armés de bâtons et de pierres déferler sur l’artère principale et s’emporter contre les jeunes du CPL », elle se dit « dévastée et profondément inquiète ».


Lire aussi

La plus belle des réponses, l'impression de Fifi ABOU DIB

Avec ou sans Saad Hariri? Tel est le problème des négociations politiques, le décryptage de Scarlett HADDAD

Les consultations parlementaires compromises avant même de commencer

À Tripoli aussi, les femmes ont manifesté



À la une

Retour à la page "Liban"

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

Eleni Caridopoulou

Honte au CPL de se mettre contre les. Chrétiens et dire que tous les deux sont des maronites , bravo

Honneur et Patrie

Gebran Bassil, député de Batroun, deux ministères juteux, avait envoyé ses fans parader à Bikfaya, la tanière des lions libanais depuis 1936, où ils ont été accueillis avec les honneurs dus à leur expéditeur.
Gébran Bassil a eu un immense tort de les envoyer à Bikfaya, il fallait les envoyés à Téhéran ou à Bagdad afin qu'ils soient accueillis avec des balles réelles et les déshonneurs dus à leur envoyeur.

Gebran Eid

LA MAJORITÉ DU "CPL" ÉTAIT DES MEMBRES DU HEZBOLLAH ET DE AMAL

LA VERITE

clair que le trio CPL, Amal et Hezbollah a choisi de faire face à la révolution par la violence, les dernières 48 heures, non seulement à Bickfaya, mais à Tripoli, Tyr, Aïn el-Remmaneh, au cœur de Beyrouth et dans d’autres régions »

SEULS LES AVEUGLES NE PEUVENT PAS VOIR CECI ET TOUS LES DENIS DES PARTIS DE N'ETRE PAS DU TOUT RESPONSABLES MONTRENT UNIQUEMENT LEUR FIN PROCHAINE CAR LEURS TROUPES SOIT NE LEUR OBEIT PLUS SOIT SONT DEVENUS DES BANDITS POUR LEUR PROPRE COMPTE

Citoyen libanais

Les habitants de Bickfaya ont bien fait de ne pas laisser passer le convoi provocateur, point barre. C'est même un acte de courage quand on sait que beaucoup de partisans du CPL sont loin d'être des non-violents, cf les multiples incidents récents.
De même le courage des manifestants de Beyrouth centre qui ont veillé la nuit de lundi à mardi armés de bâtons contre les voyous du 8 mars est louable.
Pour ne pas tomber dans le piège sectaire, la révolution doit se concentrer sur UN objectif concret et unique: le gouvernement de technocrates indépendants, et mettre en oeuvre tous les moyens pour arriver à cette fin y compris blocage de routes mais seulement au lieu et au moment opportun. Ça ne serait pas irréaliste de donner un ultimatum au pouvoir jusqu'au 31 décembre pour former le gouvernement indépendant. Sinon dès le 1er Janvier 2020, considérer le pouvoir en place c'est à dire essentiellement Aoun comme illégitime. Ce qui veut dire désobéissance civile massive, grève générale et blocage de routes illimité jusqu'au départ de Aoun, et que la révolution désigne et impose elle-même son gouvernement.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

ET QUELLE PROVOCATION. LE CPL INFEODE A L,IRAN ET AU HEZBO COMMET DES ERREURS GIGANTESQUES CONTRE LE LIBAN MAIS ET AVANT TOUT CONTRE LA CHRETIENTE !

C- F- Commentaires @ Interprétations

...""Il est vrai que dans ce fief Kataëb, une importante partie de la rue soutient ferme Samy Gemayel, dans l’opposition et qui a pris position en faveur de la contestation populaire.""...


S’il est en faveur de la révolution, c’est par pur opportunisme, de la récupération. Bickfaya est le fief des phalangistes, mais il est également en moindre mesure celui des Quaoumiéh Sourieh, et leur permanence est voisine de celle des phalanges. L’histoire ne dit pas si les partisans à la foudre ont pris part à la provocation. Le passé de ces deux formations n’est pas encore passé, depuis Bashir...............

Elementaire

NULLE NULLE NULLE BIKFAYA!!!
HONTE A BIKFAYA!!!


Je suis pour la fermeture des routes mais comment vous fermez la route a juste un convoi!! fermez la route a toute les voitures ou bien ne la fermez pas.

Si chacun va fermer des routes parceque l'autre partie veut faire de la provocation (et c'est leur droite et de bonne guerre), alors vous ne meritez pas d'etre aux responsabilitees.

Et pourquoi vous confronter a l'armee???? Vous avez ete TRES TRES decevant bikfaya. Vous auriez du donner l'example.

Zovighian Michel

Hier le Président disait au nonce apostolique qu'il ne permettra pas un retour à ce que nous avons vécu lors de la guerre de deux ans et qu'il a demandé à l'armée d'intervenir afin d'empêcher tout débordement. C'est à Bassil et au Hezbollah, son partenaire stratégique, qu'il devrait s'adresser et d'instruire de ne plus envoyer des voyous attaquer les protestataires dans les différentes régions du Liban. Il y a trois mois, Bassil c'est déplacé d'une région à l'autre ravivant les haines des temps de la guerre d'où le dérapage de Qabr-Chmoun. Mais aussi, il y a deux semaines le CPL a envoyé ses voyous tirés à la mitraillette à Jal-el-Dib. Avant-hier à Baabda ceux sont les partisans du CPL qui ont attaqués les protestataires alors que c'est l'armée qui fermait les rues.

Les quatre cents voyous qui ont envahis le Ring à onze heures du soir ne se rendaient pas à leur travail ce jour-là. Le Hezb, Amal, et le CPL se défendent d'être derrière ces mouvements alors qu'on observe une orchestration parfaite au niveau du pays entier. Et puisque la fermeture des routes les gênent, pourquoi avoir tabassé les gens, détruis les tentes et les propriétés publiques et privées dans toutes les places du pays symbole de la révolte?

Un jour viendra où les milliers de photos des miliciens destructeurs seront remis à la justice et seront jugés et punis.

Dernières infos

Les signatures du jour

Les + de l'OLJ

1/1

Le Journal en PDF

Les articles les plus

A WEEKLY EDITION CURATED AND
PERSONALIZED BY OUR EDITORIAL TEAM

SIGN UP TO OUR NEWSLETTER IN ENGLISH

More Info See Sample
x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.

L'OLJ vous offre 5 articles

Nous sommes un journal indépendant, nous chérissons notre liberté qui découle de notre autonomie financière comme de nos principes éthiques. Votre soutien, cher lecteur, est plus que nécessaire pour pérenniser nos initiatives.

Je poursuis la lecture

4

articles restants