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Liban

Devant la BDL, c’est « haircut » gratuit pour tous

Reportage
Des protestataires sont venus se faire couper les cheveux dans un salon de coiffure improvisé sur le trottoir, afin de dénoncer la possibilité d’une ponction sur les dépôts, un spectre qui hante depuis plusieurs semaines les foyers libanais.


28/11/2019

« Hela hela, hela hela ho, khali el-kel yihle’lo » (« que tout le monde le tonde »), chantaient en chœur hier après-midi un petit groupe d’activistes réunis devant la Banque centrale du Liban, en référence à son gouverneur Riad Salamé. Dans un pays où le libéralisme règne en maître, difficile de réunir en masse contre les institutions monétaires. Devant l’imposant building de marbre blanc, des protestataires sont venus se faire couper les cheveux gratuitement dans un salon de coiffure improvisé sur le trottoir, afin de dénoncer la possibilité d’un haircut, une ponction sur les dépôts. Le spectre d’un haircut hante depuis plusieurs semaines les foyers libanais.

La circulation est étonnamment fluide en plein après-midi dans cette grande rue de Hamra où la plupart des voitures qui passent devant l’attroupement klaxonnent en solidarité. « Il est important pour nous d’occuper l’espace public de manière créative. Et manifester contre la Banque du Liban, c’est rassembleur, ça fait consensus », explique Sarah à L’OLJ. Des policiers qui surveillent la scène esquissent un sourire lorsque les manifestants lancent des slogans anticapitalistes. 1,5 milliard de dollars doivent être remboursés aujourd’hui par l’État afin de répondre à l’échéance de la dette. « Ça nous paraissait logique de réagir à cela aujourd’hui à travers un sit-in de 24 heures et des coupes de cheveux gratuites. On entend beaucoup parler du haircut à la télévision, sans vraiment comprendre ce que ça implique, donc on a fait venir des économistes pour en débattre », poursuit Sarah. Il y a deux semaines, le gouverneur de la BDL avait affirmé que, malgré la situation délicate que connaît actuellement le pays, où le peuple se révolte depuis près d’un mois et demi contre la classe dirigeante sur fond de crise économique, la stabilité de la livre libanaise serait toujours assurée. Il avait par ailleurs certifié qu’aucune politique de haircut ne serait mise en œuvre. Les manifestants réunis n’en croient pas un mot. « Salamé, employé des Américains, on ne paiera pas à ta place », scandent-ils devant les grilles de la banque, où ils ont campé toute la nuit.

Masque de Riad Salamé
Mira, 27 ans, est la première à se lancer sous les ciseaux du coiffeur venu participer au happening. Des mèches rousses tombent sur la chaussée et, une dizaine de minutes plus tard, la jeune femme repart dans la foule avec un nouveau look. « Je ne pouvais pas ne pas participer à ce haircut symbolique. Les politiques et les corrompus nous ont tondu la laine sur le dos durant 30 ans, il est temps qu’ils prennent leurs responsabilités. Je ne suis pas obligée de payer pour leurs erreurs », explique Mira à L’OLJ. Élie Makhlouf a quitté son salon de coiffure situé à Jounieh pour participer à l’événement. « En tant que professionnel, je suis là pour leur montrer ce que c’est qu’un haircut, parce que apparemment ils l’ignorent », plaisante-t-il. Un homme d’une cinquantaine d’années, blouson en jean et cheveux mi-longs, regarde les volontaires à la coupe se succéder. « Ah non ! moi, on ne touche pas à mes cheveux », lance-t-il, soucieux de conserver son apparence.

Un peu plus loin, l’une des organisatrices distribue des masques représentant Riad Salamé. « Ça te va bien, dis donc », dit une jeune femme à son amie. « Oui, derrière ce masque je sens que je peux dire ce que je veux. C’est drôle de se grimer en voyou », lui répond-elle. Des jeunes improvisent une joute verbale entre deux « Salamé » : « Pourquoi ils manifestent ces pauvres gens », « Dis-leur que tout va bien, que le pays ne va pas s’écrouler ». « Tondez-le à ras », crient des manifestants, avant d’inviter l’un des comédiens masqués à s’asseoir sur la chaise du barbier. « Naïiman, naïiman, Salamé, naïiman. » L’ambiance bon enfant ne fait pas oublier pour autant les revendications. « La situation économique continue de se dégrader sans que le gouvernement ne bouge d’un pouce. On subit déjà d’importantes pressions financières et il est temps qu’un haircut soit fait sur les plus fortunés », estime Nicole, l’une des organisatrices de l’événement. « Je trouve ça normal qu’à partir du moment où vous avez atteint un certain seuil de richesse, vous soyez obligé de participer à la remise à flot du pays », conclut Sarah.


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