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Hausse de l'essence : encore "quelques" émeutes en Iran

contestation

La situation reste cependant très difficile à évaluer à l'échelle du pays du fait de la coupure d'Internet, encore largement inaccessible lundi soir.

OLJ/AFP
18/11/2019

L'Iran a encore été touché lundi par "quelques" émeutes, selon le gouvernement de Téhéran pour qui la situation revient progressivement à la normale après plusieurs jours de violences meurtrières ayant suivi l'annonce d'une hausse du prix de l'essence.

Si deux morts (un civil et un policier) ont été officiellement confirmées depuis le début de cette vague de mécontentement vendredi soir, huit personnes au moins pourraient avoir perdu la vie dans ces violences, si l'on tient compte d'informations publiées par diverses agences iraniennes, généralement sans source ni beaucoup de détails.

Paris a dit suivre "avec attention la situation" en "regrettant la mort de plusieurs manifestants", tandis que Berlin appelait "Téhéran à respecter la liberté de réunion et d'expression" compte tenu d'informations "faisant état de décès et de nombreuses arrestations" Pays limitrophe de l'Iran, la Turquie a dit espérer "que le calme revienne le plus vite possible" chez son voisin.

Dans un communiqué, les gardiens de la révolution, armée idéologique de la République islamique, ont averti qu'ils étaient prêts "à réagir de manière décisive [...] face à la poursuite de l'insécurité et d'actions qui perturbent la paix sociale". Avant cela, le porte-parole du gouvernement, Ali Rabii, avait déclaré à la presse que, par rapport à dimanche, la situation était "à 80% plus calme", lundi. "Il y a (encore) quelques problèmes mineur (mais) demain ou après-demain nous n'aurons plus aucun problème d'émeutes", a-t-il assuré.

La situation reste cependant très difficile à évaluer à l'échelle du pays du fait de la coupure d'Internet, encore largement inaccessible lundi soir, et ce depuis deux jours. "Le niveau de connexion au monde extérieur est tout juste à 5% de ce qu'il est en temps normal" en Iran, a noté sur Twitter l'ONG Netblocks, qui surveille la liberté d'accès à Internet de par le monde.

Selon les agences iraniennes, au moins 25 villes ont été touchées par les troubles, qui ont éclaté quelques heures après l'annonce d'une réforme du mode de subvention de l'essence, censée bénéficier aux ménages les moins favorisés mais s'accompagnant d'une très forte hausse du prix à la pompe.



(Lire aussi : Les enjeux de la contestation en Iran)



"Complot des Etats-Unis"
Fait plutôt rare, la télévision publique iranienne a diffusé dès samedi des images de jeunes gens masqués dans des rues jonchées de débris en train d'incendier des bâtiments publics.

Cité par l'agence Isna, le général de brigade Golamréza Soleimani, chef du Bassidj, corps de volontaires islamistes fonctionnant comme une milice et chargé de certaines tâches de maintien de l'ordre, a fait état de "pillages" en certains endroits. "Le complot des Etats-Unis a échoué", a-t-il dit alors que Téhéran et Washington sont des ennemis jurés et n'entretiennent pas de relations depuis 1980.

Réagissant à un tweet samedi du secrétaire d'Etat Mike Pompeo affirmant que les Etats-Unis étaient avec le "peuple iranien", le ministère des Affaires étrangères à Téhéran a vu dans ce message "l'expression du soutien (...) américain à un groupe d'émeutiers" et a "condamné ces remarques interventionnistes" et "hypocrites".
Dimanche, la Maison Blanche a dit soutenir "les Iraniens dans leurs manifestations pacifiques" et condamné "l'usage de la force" par les autorités et "les restrictions de communications". Ces derniers jours, des contestataires ont bloqué certains axes de circulation, incendié des banques et des édifices publics. M. Rabii a déclaré que le gouvernement avait "besoin de temps" pour fournir un "bilan définitif" des victimes.



(Lire aussi : L’axe chiite dans la tourmente)



"Recrutés"
Selon des informations relayées par les agences locales, près de 400 personnes ont été arrêtées depuis vendredi: 40 à Yazd (centre), 180 dans la province du Khouzestan (sud-ouest), et 150 dans la province d'Alborz, au nord-ouest de Téhéran. Selon l'agence Tasnim, proche des ultraconservateurs, les 150 personnes arrêtées en Alborz étaient des "meneurs" de la contestation et, "sur la base (de leurs) aveux", "ils ont été recrutés et entraînés à l'intérieur et à l'extérieur du pays et ont reçu de l'argent pour mettre le feu" à des bâtiments publics.

Le retrait unilatéral des Etats-Unis, en 2018, de l'accord international sur le nucléaire iranien et le rétablissement consécutif de lourdes sanctions américaines contre Téhéran ont plongé l'économie iranienne dans une violente récession.

Le Fonds monétaire international estime que le PIB de l'Iran devrait chuter de 9,5% cette année après un recul de 4,8% en 2018. L'inflation, entraînée par la chute du rial face aux grandes devises d'échange, atteint officiellement 40%.

Annoncée vendredi, la mesure à l'origine des troubles prévoit que le prix de l'essence, très subventionnée, augmente de 50% et passe ainsi de 10.000 à 15.000 rials (11 centimes d'euros) pour les 60 premiers litres achetés chaque mois. Au-delà de cette quantité, le prix du litre doit tripler, à 30.000 rials. Les autorités assurent que les recettes dégagées doivent bénéficier aux 60 millions d'Iraniens les moins favorisés, sur une population totale de 83 millions.



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