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Moyen Orient et Monde

De Beyrouth à Bagdad, en passant par Téhéran

Commentaire
04/11/2019

L’Iran a de quoi s’inquiéter. Jamais, au cours de ces dernières années, son influence dans le monde arabe n’avait été aussi menacée. Non par les sanctions américaines, non par les risques d’une guerre régionale, mais par le soulèvement des populations au Liban et en Irak. Certes, les manifestants dans les deux pays se révoltent avant tout contre la corruption de la classe politique et pour demander de meilleures conditions de vie. Certes, la dénonciation de l’influence iranienne n’est pas l’un des moteurs de la contestation à Beyrouth, alors qu’elle est directement pointée du doigt à Bagdad. Certes, la République islamique peut considérer qu’elle n’a pas grand-chose à craindre d’une bande de pacifistes, quelle que soit leur nombre, criant des slogans dans la rue.

Mais si le guide suprême iranien Ali Khamenei s’est senti obligé de dénoncer la main des Occidentaux derrière les troubles qui agitent « les pays voisins », si le général Qassem Soleimani s’est rendu en Irak au lendemain du début des manifestations en se vantant de savoir comment gérer ce type d’événements, si les milices chiites pro-iraniennes ont tiré sur la foule à Bagdad et si le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, a multiplié les discours visant à diviser la rue, c’est bien pour une seule et même raison : Téhéran craint de perdre beaucoup de la remise en question du statu quo dans ces deux pays.

Au Liban, la révolte a mis en exergue le véritable talon d’Achille du Hezbollah, mis en difficulté par les revendications socioéconomiques de sa base bien plus que par les critiques qui lui sont adressées en raison de ses choix géostratégiques. En Irak, la manifestation a fini de révéler l’ampleur de la domination iranienne qui, guidée par un sentiment d’hubris, a considéré que les milices pouvaient se substituer à l’État et que le nationalisme irakien allait se diluer dans le wilayet el-faqih.

À Beyrouth comme à Bagdad, la rue chiite est descendue dans la rue pour manifester son mécontentement. Cela entre en contradiction avec la vision du monde arabe propagée par l’Iran qui se veut le protecteur du « monde chiite », face à une majorité sunnite agressive. Pire encore, cela rappelle les revendications exprimées par les classes populaires en Iran au début de l’année 2018 et crée une solidarité symbolique, dangereuse pour le régime iranien, entre Beyrouth, Bagdad et Téhéran.

Dans les deux pays arabes, les obligés de l’Iran apparaissent désormais comme les principaux défenseurs du « système », dont ils se servent pour donner une façade de légalité à leurs actions et pour en tirer, comme les autres acteurs, des bénéfices économiques. L’État dans l’État ne leur suffit plus, ils veulent dans le même temps être en capacité de contrôler, à défaut de pouvoir complètement dicter, tout ce qui se passe dans le champ institutionnel.

De Beyrouth à Bagdad, en passant bien sûr par Damas, la République islamique d’Iran est aujourd’hui la principale force contre-révolutionnaire. Elle n’est certes pas la seule puissance étrangère à souhaiter orienter le cours des événements en sa faveur – il suffit de se rappeler qu’il y a seulement deux ans de cela, le Premier ministre Saad Hariri était retenu en otage par son principal allié, l’Arabie saoudite – mais elle est la seule à avoir un tel pouvoir de nuisance pour le faire.

En Irak comme au Liban, la révolution ressemble par nature à une tâche herculéenne. La résistance de l’ensemble de la classe politique, la sensibilité des « assabiyas », le jeu des puissances régionales apparaissent comme des obstacles difficilement surmontables. Mais c’est bien la présence des obligés de l’Iran qui rend aujourd’hui la révolution impossible. Non pas que les autres partis soient « du côté du bien » ou qu’ils ne soient pas prêt à tout pour garder leur emprise. Mais aucun ne peut se permettre de dire non de façon aussi frontale à toute perspective d’évolution qui remettrait en question son influence. Aucun ne peut se permettre de répondre au défi de la rue par l’équation suivante : si vous voulez la révolution, vous aurez la guerre.

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HABIBI FRANCAIS

De l axe de la resistance....a l axe de la revolte....la fin d un monde !
Les peuples arabes ont enfin ouvert leurs yeux et ont vu qui est reellement le GRAND SATAN.

LA VERITE

Aucun ne peut se permettre de répondre au défi de la rue par l’équation suivante : si vous voulez la révolution, vous aurez la guerre.

CECI EST VRAI JUSQU'AU MOMENT OU LEURS FIDELES COMMENCENT A LES DESERTER ET CELA COMMENCE TRES LENTEMENT AUJOURDH'UI MAIS PEUT DEVENIR UNE RIVIERE DEMAIN QUAND LA REVOLUTION COMMENCERA A GAGNER PLUS DE POIDS

ET CE SERA LA GUERRE AVANT LA PERTE DE TOUS LEURS FIDELES OU UNE GUERRE CONTRE ISRAEL POUR DIRE QU'ILS DEFENDENT LA SOUVERAINTE DU PAYS AVANT L'ECONOMIE DU PAYS ET LE PEUPLE

MAIS OU ALLONS NOUS TROUVER UN BACHIR POUR S'OPPOSER A CETTE OPPRESSION?

Sissi zayyat

Très bon article mais les faits ne sont pas nouveaux. Ils sont d'actualité depuis longtemps. Et le résultat de ce rapport de forces entre les sunnites et les chiites par procuration a toujours existé. On change de pays mais on conserve les mêmes méthodes pour un seul but.

En 2005 aussi c’était d'actualité. D’ou l’aspect douteux de l’acceptation de la chaise présidentielle moyennant sacrifices.
Aoun a signé en connaissance de cause et il savait pertinemment qui payerait en cas d'échec.
Le pays et son peuple.
Mais au moins il aurait été président même avec des ficelles et il sera nommé dans les livres d’histoire comme celui qui a servi à rayer le Liban de la carte car s’il ne réagi pas avant qu’il ne soit trop tard. Tous les Libanais les vrais, le laisseront se dépatouiller tout seul de ce piège qu’il a posé de ses blanches mains contre son pays.

gaby sioufi

ON N'A DE CESSE DE LE REPETER, TOUS SANS EXCEPTION,C MALHEUREUX MAIS IL RESTE QUE C'EST UN FAIT :

C BIEN UNE GUERRE OUVERTE , ENTRE 2 CHOIX :
LIBAN PAYS EN GUERRE PERPETUELLE OU LIBAN PAYS DE LA PAIX .

POURQUOI CEUX QUI CHOISISSENT LA 2e OPTION REFUSERAIENT ILS DE L'AIDE ALORS QUE LES 1ers CLAMENT HAUT ET FORT ETRE APPUYES PAR L'ETRANGER ?


C- F- Commentaires @ Interprétations

..."Mais c’est bien la présence des obligés de l’Iran qui rend aujourd’hui la révolution impossible. Non pas que les autres partis soient « du côté du bien » ou qu’ils ne soient pas prêt à tout pour garder leur emprise. Mais aucun ne peut se permettre de dire non de façon aussi frontale à toute perspective d’évolution qui remettrait en question son influence. Aucun ne peut se permettre de répondre au défi de la rue par l’équation suivante : si vous voulez la révolution, vous aurez la guerre.""

On voit les choses sous l’angle de l’influence iranienne. Au Liban et l’Irak, s’ajoute l’Algérie, l’autre pays arabe où les contestataires maintiennent la pression contre le pouvoir en place. Il devrait y avoir d’autres raisons pour ces revendications. Dans ces trois pays, la cible est la corruption et le pouvoir en place. Etonnant non, que la ""contre-révolution"" iranienne, mate la révolution en Irak dans le sang, bilan 150 morts. On n’en est pas encore là au Liban, mais les dérives d’une milice qu’on n’ose plus appeler sont là pour nous rappeler la reprise de la guerre, mais à mon avis, ce n’est que pour faire peur, mais après tout , tout est possible....................

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

IL N,Y A QUE L,ASPHYXIE ECONOMIQUE ET FINANCIERE COMPLETE DE L,IRAN QUI POURRAIT PEUT-ETRE LUI FAIRE LACHER SES ACCESSOIRES ARMEES DANS LE MONDE ARABE. POURTANT Y COMPTER DESSUS SERAIT UNE ERREUR AU MOINS ACTUELLEMENT. C,EST UN BUT DE LONGUE HALEINE.

Chucri Abboud

Il est impossible de penser que les milices seront désarmées sans provoquer une guerre civile atroce

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