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Liban

Au centre-ville, des initiatives privées pour soutenir les manifestants

Reportage
May MAKAREM | OLJ
31/10/2019

L’un des éléments marquants de la mobilisation populaire dans tout le Liban contre la classe politique, depuis le 17 octobre, est la vitesse à laquelle diverses associations, voire représentants du secteur privé, se sont mobilisés pour soutenir le mouvement, à de multiples niveaux. Collecte de vêtements, dons en eau et en nourriture, nettoyage du centre-ville... Autant de belles initiatives civiques et solidaires pour soutenir les manifestants accusés par certains d’être financés par l’étranger.

On peut en citer quelques exemples, parmi tant d’autres. Les protestataires qui ont passé la nuit dans le centre-ville, certains à même le sol, d’autres dans des sacs de couchage, ont pu se réveiller au parfum des man’ouché de Zaatar w Zeit, et celle des croissants, des pains au chocolat et des viennoiseries offerts par Cannelle et Hala Audi, qui se sont rendues chaque matin, sur les places Riad el-Solh et des Martyrs, ainsi qu’au ring. En soutien aux manifestants, Tannourine et Sohat ont également distribué gracieusement des bouteilles d’eau.

Des particuliers se sont aussi mobilisés, à l’instar d’Annie K. et de son petit-fils, qui ont loué des vans dans lesquels ils ont entassé des caisses d’eau à offrir aux manifestants. Un groupe de jeunes activistes connu sous le nom de Green Watch a, quant à lui, distribué des couvertures, des ponchos, des chaises.

Beaucoup de commerçants ont fait des dons en nature, certains apportant de la nourriture pour tout le monde. Les manifestants ont ainsi bénéficié de la solidarité de Furn el-loubnani, de Sandwich w Noss, de Jaï ou Matbakh al-Balad qui ont proposé chaque soir deux plats chauds : hrissé ou soupe de lentilles. À la tombée de la nuit, al-Rifaï arrivait de Aramoun dans sa 4x4 remplie de sacs de snacks bien emballés. Dans le centre-ville, l’on a également pu voir une octogénaire installée sur une chaise tendant aux passants des tartines de labné préparées chez elle. « Le mouvement est historique ; il faut nourrir nos jeunes pour qu’ils résistent plus longtemps, disait-elle il y a quelques jours. Nous ne pouvons pas échouer. »


(Lire aussi : Le vent mauvais qui les emporte, l'impression de Fifi ABOU DIB)


Les déchets

Une des priorités était également de gérer au mieux les déchets laissés par les manifestants sur les lieux de rassemblement. En effet, il a été calculé qu’une manifestation qui rassemble 1 000 personnes peut produire 500 kg de déchets par jour. Aussi, une armée de plusieurs centaines de jeunes volontaires s’est régulièrement rendue, dès 7 heures du matin, sur les lieux de mobilisation pour les nettoyer. Des volontaires qui, protégés de masques et de gants, trient plastique, verre et papier. Ensuite la société Aramco se charge de transporter l’ensemble. L’engagement de ces volontaires est admirable et hautement symbolique dans un pays en butte à une crise de déchets depuis des années. Il n’a même pas fallu un petit coup de pouce pour faire affluer les dons en sacs et gants. Aux avant-postes de cet effort, le groupe « Mouwaten Lebnen », qui collecte également des vêtements d’hiver à distribuer aux plus nécessiteux.

La diaspora se mobilise aussi

« La diaspora libanaise est plus mobilisée que jamais ; elle soutient les figures indépendantes et réformatrices. Les dons viennent uniquement des Libanais, seulement des Libanais », martèle Wafa Saab, membre de Kulluna irada, organisation civique cofondée par Karim Bitar, directeur de l’Institut des sciences politiques de l’USJ, et les anciens ministres Nasser Saïdi et Bassam Yammine. Kulluna irada, qui milite pour une réforme radicale du système politique, économique, social et environnemental libanais, est la seule ONG libanaise (avec Carnegie Moyen-Orient) qui a été invitée par les autorités françaises à prendre part à la Conférence de Paris (CEDRE), le 6 avril 2018. Présente dans différentes régions libanaises, Kulluna irada a notamment financé les 16 toilettes installées à la place des Martyrs et a distribué des cirés, des parapluies, des tee-shirts et des sacs de couchage.

Parallèlement, plusieurs petits commerces ont fleuri dans le centre-ville, proposant de petites bouteilles d’eau pour un prix oscillant généralement entre 500 LL et 750 livres libanaises. Ils vendent aussi des glaces, des jus de fruits et du café. Au menu également, des déguisements, des masques, des drapeaux, des parapluies dont le prix est, souvent, fixé à la tête du client. Mais qu’importe, ils sont heureux de gagner leur argent de poche au fur et à mesure que la nuit tombe, que la musique augmente et que les slogans de la révolution sont repris en chœur par des milliers de personnes. L’ambiance est festive, des pétards et des feux d’artifice éclatent de temps en temps, de nombreuses personnes fument des chichas un peu partout. À quelques mètres de là, les bars et restaurants de la rue Uruguay sont bondés de gens qui boivent, mangent et discutent, un drapeau libanais posé à côté d’eux.


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Danielle Sara

Extraordinaire!!!
Je suis tellement admirative de cette révolution civilisée! Et des ressources incroyables de ce peuple!!
Nous méritons vraiment un vrai gouvernement propre et compétent!
Ils n’ ont rien demandé d’autre!
??????????

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LE PEUPLE S,EST ORGANISE. CEUX QUI L,ACCUSENT DE SOUTIEN ISRAELIEN SONT CEUX QUI NEGOCIENT AVEC ISRAEL ET QUI FONT SON JEU.

Yves Prevost

Bien entendu, comme l'a fait remarquer fort justement notre vénéré et infaillible maître Hassan Nasrallh, tous ces commerçants, associations qui contribuent ainsi à la logistique de la Révolution, sont tous des agents américains ou/et israéliens.

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