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Liban

Un flou volontaire continue d’entourer la représentation de la révolution

Société civile

« Personne ne parle au nom de la rue. » C’est une phrase récurrente qu’entendent ceux qui essaient de comprendre comment s’organise la société civile depuis le 17 octobre.


31/10/2019

Mardi, au treizième jour de la mobilisation populaire contre le pouvoir, la révolution, née spontanément dans les rues à travers le Liban le 17 octobre, a marqué son premier point avec la démission du gouvernement annoncée par son chef, Saad Hariri. Si les routes ont été débloquées hier et que les écoles et universités doivent rouvrir aujourd’hui, avant les banques demain, la lutte est loin d’être terminée pour tous ceux qui réclament un changement radical dans la classe politique. Dans le cadre de ce soulèvement qui entre donc dans sa seconde phase, un mouvement sans leader ni porte-parole, comment s’organise la société civile qui a élu domicile sur les places et lance déjà des débats sur le visage d’un nouveau Liban ?

Une tournée auprès de certains des principaux acteurs de cette société civile, ONG et partis hors système, permet de déduire que leur organisation reste entourée de flou. Et ce pour deux raisons principales. D’une part, par principe, ces acteurs pensent que cette révolution populaire doit rester sans leadership parce que personne ne peut – ou ne doit – se sentir autorisé de parler au nom des manifestants qui se sont spontanément mobilisés dans tout le pays. D’autre part, les activistes peuvent craindre qu’une identification d’éventuels meneurs du mouvement ne devienne une carte aux mains du pouvoir, utilisée potentiellement en vue de réprimer leurs actions, de limiter leur marge de manœuvre et de lancer des accusations de récupération du mouvement.

Un militant souhaitant garder l’anonymat rappelle, à cet effet, les campagnes de dénigrement lancées « mystérieusement » contre les jeunes qui avaient formé des collectifs comme « Vous puez », lors du grand mouvement de protestation contre la crise des déchets en 2015. « L’histoire des révolutions dans le monde montre bien que les tentatives d’organisation sont des causes d’échec, estime Vicky Zwein, membre du bureau politique du parti Sabaa. Une manifestation s’organise, mais une révolution a sa part de spontanéité populaire dont il faut tenir compte. »

« Il ne faut surtout pas désigner de représentants de cette révolution, ce serait répondre aux vœux des autorités qui ne demandent que cela depuis le début », renchérit une source du mouvement « Citoyens et citoyennes dans un État ». Une autre source rejoint cette idée : « Le pouvoir en place cherche un interlocuteur pour instaurer un dialogue et se sortir du pétrin dans lequel il est plongé. Lui donner satisfaction à un moment où la rue est en position de force serait une concession. »


(Lire aussi : Le vent mauvais qui les emporte, l'impression de Fifi ABOU DIB)


Au moins deux comités de coordination

Toutefois, au-delà des principes à suivre et des craintes exprimées, la société civile et les partis qui soutiennent ce soulèvement depuis le début peuvent-ils se permettre de rester si discrets alors même que la révolution a passé un cap et qu’il devient indispensable de porter les revendications de la rue afin d’empêcher que le mouvement ne s’étiole ? « Ce flou est la faiblesse de la révolution et sa force », résume un activiste. Il n’empêche que des tentatives d’organisation se profilent, « même si elles n’en sont qu’aux prémices », selon un autre.

Les informations disponibles font état de plus d’un comité de coordination en cours de formation. L’un d’eux comprend le parti Sabaa, les militaires retraités et des dizaines d’autres groupes, beaucoup d’entre eux régionaux. Vicky Zwein explique que les revendications de ces groupes sont assez homogènes : exiger un gouvernement restreint avec des prérogatives extraordinaires et des élections législatives anticipées afin de renouveler la classe politique. Toutefois, les groupes gardent leurs spécificités dans le cadre de cette initiative qui vise surtout à la coordination sur le terrain sans qu’il n’y ait de prétention de parler au nom de quiconque, assure-t-elle. Une coordination d’autant plus nécessaire que, selon elle, « les tentatives du pouvoir de faire imploser les mouvements ou de susciter les divisions se poursuivent ».

Selon des informations récoltées auprès de sources anonymes, un autre comité de coordination serait en cours de formation. Des réunions « positives » se sont déjà tenues en plus d’un endroit, selon une de ces sources. Celle-ci insiste sur la nécessité de la coordination « en vue d’éviter deux écueils, la démobilisation de la rue et sa division ». Elle permet ainsi « d’apporter aux jeunes les réponses qu’ils demandent et de canaliser l’énergie de la rue loin des slogans qui peuvent être source de discorde », poursuit-elle.

Toujours selon cette source, une coordination entre plusieurs organisations pouvant mobiliser et être le moteur d’un éventuel retour à la rue semble donc inévitable, notamment entre les régions. « Et s’il se forme plus d’un comité de coordination, ce n’est pas grave étant donné qu’il existe plusieurs sensibilités dans la rue, dit-elle, d’autant plus que les coalitions pouvant résulter de ces initiatives pourront se coordonner entre elles. »

Dans ce contexte, s’il fallait qualifier, aujourd’hui, un état des lieux de la représentation de la révolution à ce niveau, c’est le terme d’ « insaisissable » qui viendrait à l’esprit. Jusqu’à nouvel ordre du moins.


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BOSS QUI BOSSE

Je parle de georgy schwartz dit Georges soros.

Georges Lebon

L’an dernier, les libanais n’ont élu qu’une seule députée issue de la société civile.
Aujourd’hui, les manifestants ne réclament que ça.
Pourquoi n’entend-on pas Paula Yacoubian ?

BOSS QUI BOSSE

Connaissez vous qui est Soros ?

Petmezakis Jacqueline

insaisissable ,tant mieux!
mais il faudra ,un jour , non pas parler ,mais présenter un document au nom de tous ayant mis noir sur blanc les revendications;un document ,c'est impersonnel mais précis(espérons le);ça se déchire (mais on a des copies) mais ça ne tue personne et on peut le rendre public à tout un pays (voire plusieurs)en vue d'adhésion par referendum (ou n importe quoi d autre)avec ou non l'accord d 'un gouvernement;n oublions pas que le Liban fait partie du monde ,autrement dit qu'il a des amis intéressants (et intéressés) ailleurs;J.P

Sissi zayyat

Beaucoup de citoyens tendent à confondre manifestation et révolution.
Les gens dans la rue ne sont pas des manifestants comme l’a si bien dit un citoyen révolté.
La différence est de taille et les règles aussi.
Un manifestant n’a pas le droit de bloquer les rues pour des broutilles ou de prendre possession des places publiques. Un peuple révolté si. Il a tous les droits puisqu’il ne possède plus rien et à qui on a enlevé tous les droits à la citoyenneté de reprendre possession de tout ce qu’il lui revient de droit.
La rue, les places et exiger des gouvernants qui veillent sur lui en lui fournissant l’eau, l’électricité, les soins, du travail et surtout la paix. Et qu’on lui reconnaisse son droit d'être un citoyen à part entière de choisir qui le gouverne. Alors ceux qui sentent leur routine d’inconfort dérangé se rappelle qu’on ne fait pas d’omelette sans casser des eux. Ces citoyens le font pour ceux la même qui beuglent et pleurent et critiquent, et par peur aujourd’hui préfèrent baisser les bras et laisser faire les incompétents et voleurs.
On se réveille...

Pierre Hadjigeorgiou

La révolution n'a pas besoin d’être cadrée! Elle vient du peuple, avec le peuple et pour le peuple. Les revendications sont claires net et précises et pas besoin de chercher a noyer le poisson dans l'eau:

Le peuple veut simplement: De l'eau, de l’électricité, une pension a la fin de ses jours, un système de santé sain et efficace, du travail et la paix!

Le peuple veut un système judiciaire et des institutions étatiques sains et lavés de la corruption ambiante.

Le peuple veut atteindre tout cela avec des gens digne de confiances, intègres et efficaces. Ils ne veut plus de cette classe de corrompu et criminels qui leur a sucé le sang depuis 1943. Comment faire?

1- Démission du gouvernement et élaboration d'un autre avec du sang neuf.

2- Élaboration d'une loi électorale équitable et juste sur 128 circonscriptions et a base d'une personne un vote. Le projet est prêt il n'a besoin que d’être voté.

3- Démission du parlement et nouvelles élections parlementaires.

4- Nouveau gouvernement forme sur base du nouveau parlement

5- Démission du Président et élection présidentielle.

6- Travailler, en parallèle des sujets sociaux-économiques urgent, pour la remise des armes du Hezbollah a l’armée. Cette dernière étant a présent sous tutelles du nouveau gouvernement issu des urnes et donc de la volonté du peuple.

Qu'y a-t-il de si difficile a comprendre?

Atalante fugitive

Sans vergogne.

Chucri Abboud

On ne pourra jamais représenter un méli-mélo de substances inflammables et insoudables ... C'est une révolution sans cohérence apparente et dont il ne pourra sortir que le chaos . Il est temps que cette mascarade cesse , le pays est à bout de souffle . et la majorité silencieuse impatiente de vaquer à ses occupations .
Mais écoutera la voix de la raison et du dialogue pacifique ?!
Ça va déraper vers l'inconnu . Trop c'est trop !

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

C,EST UN MOUVEMENT SPONTANE ! LE PEUPLE DANS LA RUE. PAS D,ORGANISATION NI DE TETE. LE PEUPLE VEUT FAIRE PREVALOIR SA VOLONTE. IL FAUT LA RESPECTER. LE PLUS TOT POUR EVITER AU PAYS L,EFFONDREMENT ECONOMIQUE ET FINANCIER DONT LA CASTE ACTUELLE SERAIT LA SEULE RESPONSABLE.

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