Rechercher
Rechercher

Liban - Reportage

Le cœur de Tripoli bat pour Nabatiyé

Le discours du secrétaire général du Hezbollah a été rejeté par les manifestants dans la capitale du Liban-Nord.

Place el-Nour, la foule brandissant une énorme banderole sur laquelle on peut lire : « Hussein, intercédez pour nos frères à Nabatiyé. Tripoli s’exprimera en leur nom. » Photo Ornella Antar

Depuis que les manifestants à Nabatiyé ont été agressés par des partisans du Hezbollah et que le conseil municipal de cette localité chiite a essayé par la force de les disperser, Tripoli, la capitale à majorité sunnite du Liban-Nord, a les yeux braqués sur le Liban-Sud. Sur la place Abdel Hamid Karamé (el-Nour), investie par des milliers de protestataires depuis le début du soulèvement populaire, jeudi 17 octobre, la foule répète à l’unisson des slogans en solidarité avec les protestataires, chiites en majorité, dans les régions méridionales : « Tyr, nous nous révoltons pour toi. » « De Denniyé (au Liban-Nord), nous te saluons Nabatiyé », entend-on régulièrement.

Aux slogans qu’ils scandent pour exprimer ouvertement leur soutien à leurs compatriotes du Sud, les Tripolitains associent des prières et en appellent à l’imam Hussein. Jeudi, des manifestants au cœur de la place el-Nour ont brandi une banderole sur laquelle on pouvait lire : « Ya Hussein, intercédez pour nos frères à Nabatiyé. Nous parlerons en leur nom. » Cette solidarité entre les deux villes s’est accentuée après le discours du secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, qui a estimé que le mouvement de contestation « n’est plus aujourd’hui un mouvement populaire spontané ».


(Lire aussi : Le demi-jour des oracles, l'éditorial de Issa GORAIEB) 


« Le Hezbollah ne peut pas gouverner le Liban ! »

Sans surprise, les manifestants mobilisés à Tripoli ont rejeté ce discours. « Tous veut dire tous, y compris Hassan Nasrallah », criaient les manifestants après le discours. Un orateur, perché sur le balcon du fameux immeuble Ghandour longtemps déserté et transformé en une plateforme pour la « révolution », a appelé l’armée à protéger le peuple et notamment les manifestants à Riad el-Solh. Acclamé par la foule, il a crié : « Le Hezbollah ne peut pas gouverner le Liban ! Le Liban est au peuple ! »

Un des manifestants laisse éclater sa colère. « Le discours de Hassan Nasrallah est nul, nul, nul. » « On dirait qu’il parle au nom du président Michel Aoun et du Premier ministre Saad Hariri », affirme à L’OLJ Ghazwane Kharrat, un Tripolitain âgé de 50 ans. Pour lui, « Hassan Nasrallah ne représente pas le peuple libanais, même s’il est libanais lui-même ». Il fulmine contre les accusations du chef de la formation chiite, selon lesquelles « le peuple dans la rue est financé par des responsables et des parties étrangères ».

Donia Derbas abonde dans le même sens : « Il est inacceptable qu’un milicien à Riad el-Solh tente d’attaquer et de battre un agent des forces de sécurité de l’État. » Mme Derbas affirme que le soulèvement n’est pas mené contre le Hezbollah « comme le prétend son chef », mais par des gens qui réclament une vie décente pour l’ensemble du peuple. Nasrallah est-il lui aussi concerné par le slogan « Kellon Yaani Kellon » ? « Je suis sûre que Hassan Nasrallah fait partie des politiciens corrompus, et d’ailleurs son dernier discours est une preuve de plus qu’il n’est pas une exception », répond-elle.

Pour Mohammad Rifaï, un jeune de Tripoli, « le discours de Hassan Nasrallah n’a pas de sens ». « Le plan de réformes économiques présenté par Hariri et évoqué par Nasrallah aujourd’hui n’a qu’un seul objectif : calmer la colère », lance-t-il avant de poursuivre : « S’ils étaient sincères, ils auraient mis en place ces réformes il y a trente ans. » Lui aussi rejette les accusations d’instrumentalisation des manifestations et conclut en appelant le chef du Hezbollah à « retirer ses voyous des rues ».

Depuis le début du soulèvement, la ville de Tripoli n’a pas manqué d’exprimer son soutien à l’armée libanaise, que ce soit à travers des slogans, des graffitis ou encore en brandissant des emblèmes de l’armée. Hier, suite au discours du chef du Hezbollah, les manifestants n’ont pas arrêté de répéter : « L’armée libanaise est la seule garantie de la sécurité du Liban. »




Lire aussi 

Nasrallah : La contestation n'est plus "un mouvement populaire spontané"

Nasrallah définit les lignes rouges du mouvement de contestation

Aoun et Hariri s’offriront-ils le luxe de l’indécision ?

Dans le centre-ville de Beyrouth, la communion de tous les Liban

Les « chemises noires » attaquent les manifestants place Riad el-Solh

À Nabatiyé, on « ne fait plus confiance au sayyed »

Dimanche, de Tyr à Tripoli, une chaîne humaine unie contre la classe dirigeante



Depuis que les manifestants à Nabatiyé ont été agressés par des partisans du Hezbollah et que le conseil municipal de cette localité chiite a essayé par la force de les disperser, Tripoli, la capitale à majorité sunnite du Liban-Nord, a les yeux braqués sur le Liban-Sud. Sur la place Abdel Hamid Karamé (el-Nour), investie par des milliers de protestataires depuis le début du...

commentaires (3)

Si HN croit pouvoir casser le mouvement populaire par les armes il se met les deux doigts dans ses yeux. Un peuple qui n’a plus rien à perdre est plus dangereux que n’importe quelle arme. À sa place je prendrai la poudre d’escampette.

Sissi zayyat

12 h 26, le 26 octobre 2019

Tous les commentaires

Commentaires (3)

  • Si HN croit pouvoir casser le mouvement populaire par les armes il se met les deux doigts dans ses yeux. Un peuple qui n’a plus rien à perdre est plus dangereux que n’importe quelle arme. À sa place je prendrai la poudre d’escampette.

    Sissi zayyat

    12 h 26, le 26 octobre 2019

  • Le cœur de Nabatiyeh bat pour le Liban libéré .

    FRIK-A-FRAK

    12 h 16, le 26 octobre 2019

  • LES TRIPOLITAINS EMAMCIPES SONT AUX PREMIERES LIGNES DE LA CONTESTATION CONTRAIREMENT AUX PAUVRES SUDISTES QUI PLOIENT SOUS LE JOUG DE LEURS DEUX MILICES IRANIENNES.

    LA LIBRE EXPRESSION

    00 h 26, le 26 octobre 2019

Retour en haut