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Liban

« Les sanctions US frapperont aussi les alliés du Hezbollah »

Interview

Patrick Clawson, directeur du Washington Institute, estime que le projet du parti chiite de fabriquer des missiles de précision « est une manière de jouer avec le feu ».

23/09/2019

Les sanctions américaines visant l’Iran et ses alliés, dont le Hezbollah, vont se poursuivre à un rythme soutenu pour maintenir le niveau de pression maximale choisi par l’administration américaine. Maniant la politique de la carotte et du bâton, l’administration de Donald Trump envisagerait de nouvelles sanctions qui cette fois-ci n’épargneraient aucune personnalité soutenant le Hezbollah, notamment parmi ses alliés politiques.

C’est ce qu’affirme le directeur du Washington Institute et spécialiste de l’Iran, Patrick Clawson, lors d’une récente visite au Liban qui coïncidait avec celle du secrétaire d’État adjoint pour le Proche-Orient, David Schenker. Dans un entretien accordé à L’Orient-Le Jour, M. Clawson fait le point sur les effets de la politique américaine au Liban et évoque les différents scénarios qui se profilent à l’horizon, dont l’éventualité d’un « statu quo de tension » qui risque de perdurer faute de pouvoir parvenir à un accord entre Washington et Téhéran, pourtant souhaité par les deux parties.

De nombreuses rumeurs circulent au sujet des prochaines sanctions qui, semble-t-il, devraient cibler cette fois-ci non seulement les milieux du Hezbollah mais également ses alliés politiques, dont des personnalités non chiites. Qu’en est-il réellement ?

David Schenker souhaite encourager le Liban à trouver un modus vivendi l’habilitant à s’adapter à la politique de pression maximale sur l’Iran adoptée par les États-Unis et aux sanctions qui en découlent (ciblant notamment le Hezbollah). Bien que le Liban soit en désaccord avec l’administration US sur cette politique, il est appelé à trouver un moyen pour faire preuve de compréhension et s’y adapter.

Au sujet des sanctions, force est de constater que le gouvernement des États-Unis n’a absolument pris aucune mesure à l’encontre des hôpitaux qui sont contrôlés par le Hezbollah. Ce qui signifie qu’ils sont disposés à vivre avec certains aspects du pouvoir que détient le Hezbollah au Liban. Le message adressé par les États-Unis au gouvernement libanais et aux banques est qu’ils doivent s’adapter aux restrictions imposées en matière de transactions en dollars notamment.


(Lire aussi : Mutisme officiel face à Nasrallah : le compromis d’abord)


Les alliés politiques du Hezbollah sont-ils également dans le viseur ?

Tant que les Libanais continuent à utiliser le dollar US, ils doivent s’abstenir de cracher à la face des Américains. Les sanctions vont se poursuivre de manière constante et se multiplier pour maintenir le niveau de pression tel quel. Il n’y a qu’à voir comment les États-Unis sont en train de sanctionner de manière active des individus qui soutiennent l’Iran de plusieurs manières. Regardez ce qui s’est passé avec les pétroliers et les compagnies maritimes. Je dois dire à ce propos que je me réjouis du fait que le pétrolier iranien Adrian Darya 1 a fini par décharger sa cargaison à Tartous, et non au port de Tripoli comme annoncé. C’est une bonne chose.

Regardez également ce qui s’est passé avec Kassem Tajeddine (l’homme d’affaires libanais considéré comme un « important contributeur financier du Hezbollah et condamné à cinq ans de prison aux États-Unis), il y a un an…

La peine prononcée contre Kassem Tajeddine a pourtant été considérée comme assez légère…

C’est tout simplement parce qu’il a coopéré. Il a déversé une tonne d’informations. Nous avons une expression aux USA qui dit qu’il a « chanté comme un canari ». C’est pour cela qu’il s’en est tiré avec une peine allégée.


(Lire aussi : Feu vert pour la liquidation de Jammal Trust Bank)


David Schenker se trouvait au Liban notamment pour relancer la question de la médiation américaine au sujet de la délimitation des frontières entre le Liban et Israël. Sa mission n’est-elle pas, selon vous, rendue encore plus difficile après les récentes tensions entre Israël et le Hezbollah ?

David Schenker devait notamment faire comprendre au gouvernement libanais qu’il devra trouver un moyen d’expliquer au Hezbollah que son projet de fabriquer des missiles de précision est une manière de jouer avec le feu.

Israël ne permettra pas que ce projet se poursuive. On l’a d’ailleurs vu avec les frappes israéliennes en Irak, et l’État hébreu est disposé à aller à l’extrême pour faire front à ce projet. Israël est en train de dire au Hezbollah : nous sommes prêts à vivre avec vos roquettes, mais n’essayez pas de les transformer en missiles de précision. Nous ne l’accepterons pas.

Où en sommes-nous avec la délimitation des frontières maritimes ? Ce dossier est-il lié d’une manière ou d’une autre au développement de l’arsenal du Hezbollah ?

Non, la délimitation est une question à part. Je crois que le Hezbollah n’est pas intéressé à trouver une issue à ce litige. Les États-Unis vont essayer de soumettre une proposition raisonnable en vue d’une solution. Ils vont presser les parties à trouver une solution. À défaut, ils vont leur signifier qu’ils ne souhaitent plus s’impliquer et se retirer de l’affaire. Bien entendu, personne ne s’attend à ce qu’il y ait un accord écrit entre le Liban et Israël. La question est de savoir s’il va y avoir un accord d’entente dont les deux parties peuvent s’accommoder à l’avenir. Toute entente qui sera acceptée par les sociétés pétrolières sera suffisante.

Qu’en est-il de la médiation des Nations unies réclamée par le Liban ?

Ce qui importe, c’est l’acquiescement des sociétés d’exploration d’hydrocarbures concernées et des investisseurs. Ce serait magnifique si les Nations unies pouvaient également s’impliquer.

Le Hezbollah affirme qu’Israël continue de refuser la médiation de l’ONU…

Ce n’est certainement pas la perception d’Israël à ma connaissance. Je crois qu’il serait disposé à accepter. Je pense qu’un accord entre le Liban et Israël est réalisable. Malheureusement, les récentes tensions à la frontière sont en ce sens défavorables.


(Lire aussi : Les sanctions US contre le Hezbollah « touchent tout le Liban », déplore Berry)



En tant que spécialiste des affaires iraniennes, comment voyez-vous évoluer le bras de fer entre Washington et Téhéran, notamment à la lumière de la politique de la carotte et du bâton que manie l’administration Trump à l’égard de la République islamique ?

Les États-Unis et l’Iran essayent, chacun de son côté, d’obtenir un effet de levier l’un contre l’autre. Le guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, l’avait explicitement dit. Il avait estimé que la politique de l’administration consistait à créer un effet de levier contre l’Iran pour améliorer sa position dans les négociations. Il a également dit que la réponse de l’Iran était de faire de même. Ce qui laisse espérer que les deux parties ont hâte d’aller aux négociations.

Le danger réside toutefois dans le fait que chacun essaye de recourir à divers moyens pour faire pression sur l’autre. Cela pourrait mener à de mauvais calculs et risque de conduire à une situation similaire à 1914 avec l’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand, qui avait déclenché la Première Guerre mondiale, alors que personne ne souhaitait une guerre générale en Europe. Elle a quand même eu lieu.

Les risques sont quand même élevés, même si les deux adversaires affirment être conscients qu’une guerre globale ne peut qu’être dévastatrice pour l’ensemble de la région.

Aussi bien l’Iran que les États-Unis ont démontré à ce jour une capacité à trouver des moyens pour parvenir à la désescalade. Il n’empêche que nous nous trouvons dans une situation qui peut mener à des négociations pouvant se conclure par un accord. Le problème, c’est qu’aucune partie n’a confiance dans l’autre, d’où la difficulté.

Par conséquent, je ne pense pas qu’un accord prochain soit un scénario plausible. Je crois plutôt que les deux parties vont faire perdurer le statu quo dans la tension. Le problème ne sera pas résolu, mais n’ira pas pour autant jusqu’au conflit. Nous sommes actuellement dans une phase de transformation profonde du paysage international.

Quels sont les intérêts respectifs des deux pays à conclure un accord en ce moment ?

J’espère que les Iraniens comprennent qu’ils seraient en train de commettre une grosse erreur en attendant les élections américaines de 2020. Car si Donald Trump est réélu sans accord, il n’aura plus d’intérêt particulier à négocier avec l’Iran. Il est dans son intérêt de parvenir à un accord aujourd’hui. D’autant que si l’accord est conclu, les démocrates seront contraints de vivre avec.

Par contre, si un président démocrate réussit à l’avenir à décrocher un accord avec Téhéran, les républicains l’abandonneront en cours de route une fois qu’ils reviendront à la Maison-Blanche. Par conséquent, un accord avec Trump perdurera à vie. Aussi les deux protagonistes ont-ils plus à gagner en concluant l’accord avant l’élection présidentielle.


Pour mémoire
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Wlek Sanferlou

Du calme, du calme du calme les amis... on sait bien que la raison du plus fort est toujours la meilleure ...pour le moment Patrick parle au nom du plus fort, jusqu'à nouvel ordre...
Entre temps, et pour parler techniquement : celui qui n'aime pas qu'il aille carreler la mer...

Allah yissaedna de ce qui aiment et ceux qui n'aiment pas...

Eleni Caridopoulou

Les USA sont gouvernés par les sionistes et Trump fait ce qu'ils veulent , pas seulement les USÂ mais le monde entier est gouverné par les sionistes même la Chine

Chady

Sanctionner tout le Liban reviendrait à donner le Liban en cadeau aux Chinois, Russes et Iraniens iront tout à y gagner.

Remy Martin

Ce n'est pas a travers sa resistance que le pays a besoin de se defendre mais plutot DE sa resistance.

BOSS QUI BOSSE

Il faudra expliquer à Patrick qu'empêcher le liban de se défendre à travers sa résistance c'est jouer avec le feu, pardon la foudre .

HABIBI FRANCAIS

Ce n est que lorsque TOUT le Liban sera sanctionne que se produira une reaction afin de se debarrasser de ce boulet qu est le Hezbollah pour le pays du cedre.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LE PROBLEME C,EST QUE POUR PUNIR UNE FRACTION ET SES ALLIES CA VA AFFECTER TOUT LES CITOYENS DU PAYS.

BOSS QUI BOSSE

Lui au moins c'est un Patrick et pas un David.

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