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Liban

A Beyrouth, les journalistes manifestent pour crier leur colère

Médias

Ils étaient plus d’une centaine hier, place des Martyrs, à avoir répondu à l’invitation au sit-in de l’ordre des rédacteurs.


21/08/2019

Médias qui ferment leurs portes, journalistes licenciés, salaires impayés… Les doléances du monde des médias, au Liban, sont désormais légion. C’est dans ce contexte que plusieurs dizaines de journalistes se sont rassemblés hier en matinée sous la statue des Martyrs (qui est entre autres celle des martyrs de la presse), à l’invitation de l’ordre des rédacteurs, afin de dénoncer le piètre état du secteur aujourd’hui. Les manifestants provenaient des médias traditionnels et nouveaux (presse écrite, radios, télévision, sites d’information en ligne), qu’ils soient journalistes, cameramen, producteurs… Même si l’ambiance était plutôt détendue, tous avaient conscience de la gravité de la situation, alors même qu’une chaîne de télévision, la Future TV, est menacée de fermeture (sachant que le staff de cette institution n’était pas présent hier).

Sont venus se solidariser avec les journalistes le directeur général du ministère de l’Information, Hassan Falha, et des représentants de plusieurs partis, le Hezbollah, le Parti socialiste progressiste, le parti Kataëb ou encore les Forces libanaises. La Confédération générale des travailleurs du Liban a également exprimé son soutien au sit-in des journalistes, appelant, dans un communiqué, « à régler cette crise avec la célérité qui s’impose ».

« Nous sommes réunis aujourd’hui pour hausser la voix contre la négligence dont fait preuve l’État à l’égard de la presse et du secteur de l’information, ainsi que contre son indifférence face aux centaines de collègues qui ont perdu leur emploi, sous prétexte de crise économique et de manque de moyens, alors que les vraies causes sont à chercher ailleurs », a lancé Joseph Kosseifi, président du syndicat des rédacteurs.

« Que sont devenues les lois censées régir le métier, sachant que les lois en vigueur sont dépassées ? » s’est encore demandé M. Kosseifi, avant de réclamer le vote d’une loi « moderne pour la presse qui réponde aux défis actuels et qui soutienne le secteur à travers un projet dont le financement serait prévu dans le budget de l’État ». Le président de l’ordre a ensuite appelé le gouvernement à envoyer au Parlement le projet de loi préparé par l’ancien ministre de l’Information, Melhem Riachi, qui a été examiné en Conseil des ministres mais attend toujours sa version finale. D’autres propositions de loi présentées par des députés n’ont toujours pas été examinées.

Les revendications présentées par M. Kosseifi incluent l’appui au secteur de la presse et des médias par un projet financé par le budget national, la création d’une caisse mutuelle et d’une caisse de retraite à l’intention des journalistes également financée par le Trésor (jusqu’à une situation d’autonomie), et, d’ici là, leur inclusion dans la Caisse nationale de Sécurité sociale. Il a également évoqué la nécessité de trouver une solution aux dettes accumulées envers les municipalités, une restitution des privilèges autrefois accordés aux journalistes, l’adoption d’un projet de loi amendant la loi sur les imprimés, ainsi que l’accélération des jugements dans les procès intentés contre des journalistes.


(Lire aussi : "Réveillez-vous avant qu'il ne soit trop tard" : une édition spéciale du Daily Star tire la sonnette d'alarme)



« Qu’en est-il de la liberté de presse ? »

Interrogé par L’OLJ sur le résultat du sit-in, le journaliste Georges Chahine, membre du conseil de l’ordre, s’est dit satisfait « de la réponse positive des journalistes à la sollicitation de l’ordre ». « Le plus grave, c’est l’incompréhension envers nos revendications dont font preuve les responsables, affirme-t-il. Il est temps que nous œuvrions dans l’intérêt de notre métier. » Il insiste particulièrement sur l’importance d’une loi moderne qui fusionne une fois pour toutes les différents syndicats en relation avec les métiers des médias aujourd’hui. « Quand nous parlons de caisse mutuelle ou de sécurité sociale, il est évident qu’il vaut mieux rassembler le plus grand nombre, explique M. Chahine. Si ces syndicats fusionnent, nous pourrions compter de 2 000 à 2 500 membres au bas mot, pour commencer. »

Également présent au sit-in, le journaliste Bassam Abou Zeid, président du Club de la presse, exprime certaines réserves concernant la forme qu’a prise ce mouvement de protestation, ainsi qu’à l’encontre de certaines revendications. « Le problème essentiel, selon moi, est celui de la liberté d’expression du journaliste dans l’exercice de sa fonction, affirme-t-il. Qu’en restera-t-il si le gouvernement va verser des fonds pour sauver ce secteur ? De plus, à qui ces fonds seront-ils versés et suivant quelles modalités? Pour une solution durable, il faut réfléchir aux moyens de redresser les institutions médiatiques dans le respect des valeurs qui ont toujours été les leurs. »

Pour sa part, le journaliste Habib Chlouk, également membre du conseil de l’ordre, fait remarquer qu’il est normal, dans tous les pays du monde, que l’État apporte un soutien aux médias. « Comment assurer une mutuelle et une caisse de retraite à tous ces journalistes avec des moyens si limités ? souligne-t-il à L’OLJ. Il faut une aide avant que ces structures puissent être autonomes. » Interrogé sur le suivi de ces revendications, M. Chlouk assure que des réunions se tiendront à l’ordre et auprès des responsables concernés.

Représentant le PSP, Rami Rayess estime, quant à lui, que le danger qui pèse sur les médias indépendants aujourd’hui est un danger pour la démocratie. « La présence d’un représentant du gouvernement montre qu’il y a du sérieux dans le traitement des questions relatives aux médias », estime-t-il, avant ajouter : « Espérons que des solutions rapides seront mises en place. »


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