Le compromis s'est dessiné peu avant le Conseil des ministres de jeudi. L'affaire des explosifs du Hezbollah saisis à Dahr el-Baïdar ne sera pas – pour le moment – envoyée devant la Cour de justice, comme le souhaitent les protagonistes opposés au parti. En échange, ce dernier renoncera à ses menaces « d'explosion » interne. Mais jusqu’à la dernière minute, avant l’ouverture de la réunion gouvernementale, le président Joseph Aoun semblait inquiet. Il avait abouti à ce compromis provisoire avec le Hezbollah, mais il craignait que la formule trouvée ne tienne pas face aux pressions internationales et internes.
Selon nos informations, le président de la Chambre, Nabih Berry, s’était chargé de parler avec le Premier ministre dans ce but et il avait assuré à Joseph Aoun que Nawaf Salam était d’accord sur la nécessité d’éviter une confrontation interne au Liban. Le président avait, de son côté, mobilisé ses propres canaux indirects pour convaincre le Hezbollah. Finalement, le compromis a été adopté, malgré l’opposition claire des ministres des Forces libanaises, mais les transactions qui l’ont précédé n’avaient pas été faciles.
D'autant que l'affaire est survenue dans un climat bouillonnant, à l'heure où les responsables libanais avaient reçu des menaces concrètes et très claires de la part des Israéliens au cas où le Hezbollah déclencherait une nouvelle guerre de soutien à l’Iran.
À ce sujet, selon les informations parvenues aux responsables libanais, lors de sa dernière visite à Beyrouth, l’adjoint du ministre iranien des Affaires étrangères, Saïd Khatibzadeh, avait conseillé au Hezbollah de ne pas intervenir en cas de nouvelles attaques contre l'Iran. Selon lui, celle-ci n’a pas besoin du soutien du Hezbollah et le prix à payer pour ce soutien risquerait d’être trop élevé. Malgré ces conseils, un important courant au sein du Hezbollah affirme que si une nouvelle attaque est menée contre l’Iran, celui-ci ne pourra pas rester les bras croisés. C’est pour lui un engagement fondé sur l’idéologie.
Le Hezbollah a revendiqué la propriété des explosifs saisis, pour, selon les sources proches du parti, démontrer qu’ils étaient destinés à lutter contre l’occupation israélienne. Mais cela n’a fait qu’aiguiser les tensions internes, certaines parties ayant assuré qu’il comptait les utiliser pour commettre des assassinats. Or, dans la demande de déférer le dossier devant la Cour de justice, il y avait une mention qui a attiré l'attention du parti. Celle-ci disait qu’il faudrait engager des poursuites contre ceux qui sont directement impliqués dans le transport de ces explosifs, ainsi que contre ceux qui le sont indirectement. Le Hezbollah a donc vu dans cette mention une volonté de convoquer devant la justice ses responsables, en prélude probable à une décision de le dissoudre totalement.
À ceux qui l’ont contacté pour sonder ses intentions, le parti aurait clairement déclaré : « Je ne tomberai pas seul », ce qui aurait constitué une menace claire d’entraîner le pays dans un conflit interne ouvert. Or le Liban, dans la situation actuelle, avec les pressions à la fois politiques, militaires et économiques, ainsi qu’avec le mécontentement populaire dû aux conditions sociales, ne peut pas supporter des conflits internes de cette nature. Surtout au moment où le monde entier est préoccupé par les échéances électorales aux États-Unis et en Israël. Les canaux présidentiels avec le Hezbollah ont aussitôt repris leurs activités, tandis que, de son côté, le président de la Chambre multipliait les contacts pour tenter de calmer le jeu.
Il ne s’agissait pas de trouver une solution radicale au problème posé par la découverte des explosifs, mais plutôt de gagner un peu de temps, pour permettre aux tensions de se calmer un peu et de dépasser cette période incertaine, en attendant de voir ce qui va se passer dans la région.
Des experts juridiques se sont ainsi penchés sur la question et ont proposé de reporter l’envoi du dossier devant la Cour de justice en attendant les développements de l’enquête. Celle-ci pourrait se poursuivre devant le tribunal militaire et l’idée du recours à la Cour de justice, l’instance judiciaire la plus élevée du pays, ne serait pas écartée. Les différents protagonistes ont accepté ce compromis.
Cela ne signifie pas pour autant que la question est réglée. Les contacts devraient se poursuivre afin de permettre la poursuite de la procédure judiciaire. Les milieux proches de Baabda espèrent, en tout cas, que ce compromis ouvrira la voie à la reprise du dialogue direct avec les représentants du Hezbollah. Selon ces milieux, des solutions sont possibles si les sujets conflictuels sont abordés de manière rationnelle et dans l’intérêt du pays. Par exemple, on pourrait revenir à la proposition égyptienne qui avait suggéré que puisque le Hezbollah, selon les propres termes de son secrétaire général Naïm Kassem, se considère en position défensive et non offensive, il pourrait remettre ses armes offensives à l’État, dans une démarche concrète de bonne volonté. Il existe aussi d’autres possibilités qui permettraient à l’État de donner des signes de son engagement à rétablir son autorité sur l’ensemble du territoire et de gagner ainsi la confiance de ceux qui voudraient l’aider. Pour les milieux de Baabda, la situation actuelle oscille entre un grand accord et une grande guerre. Dans les deux cas, le Liban a intérêt à être présent avec un bilan positif, sinon il sera entraîné dans la tourmente ou les accords se feront à ses dépens.
Le BORDEL des COMPROMIS !
09 h 22, le 24 octobre 2026