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Moyen Orient et Monde

Au Yémen, les failles de l’alliance stratégique entre Saoudiens et Émiratis

Conflit

Des combats meurtriers ont eu lieu la semaine dernière à Aden entre séparatistes et combattants progouvernement.

OLJ/Anuj CHOPRA/AFP
14/08/2019

La prise de la ville yéménite d’Aden par des séparatistes soutenus par les Émirats arabes unis au détriment du gouvernement appuyé par l’Arabie saoudite témoigne des failles dans la relation entre alliés saoudiens et émiratis, selon des experts.

Riyad et Abou Dhabi ont cherché à faire preuve d’unité face à la crise, mais les combats meurtriers de la semaine dernière entre leurs protégés à Aden (Sud) minent le front commun dans la guerre contre les rebelles houthis, appuyés par l’Iran.

La prise samedi par des séparatistes du palais présidentiel à Aden porte en particulier un nouveau coup à l’Arabie saoudite, qui mène depuis 2015 la coûteuse intervention armée au Yémen, sans réussir à défaire les houthis.

Cette bataille d’Aden a opposé des unités loyales au président Abd Rabbo Mansour Hadi, soutenu à bout de bras par Riyad, à la force appelée « Cordon de sécurité », formée par Abou Dhabi. Tous sont pourtant théoriquement alliés contre les houthis, qui contrôlent la capitale Sanaa, au nord.

Mohammad ben Zayed, l’homme fort d’Abou Dhabi, dont le pays est un membre important de la coalition intervenant au Yémen, s’est rendu lundi en Arabie saoudite, près de La Mecque, pour s’entretenir avec les dirigeants saoudiens.

Les deux pays ont appelé les parties en conflit à Aden au « dialogue » et à « la raison », selon un communiqué émirati. Ce texte a aussi souligné que l’Arabie saoudite était « un pilier essentiel à la sécurité et à la stabilité régionales ». Mais, derrière cette cohésion affichée, il y a avant tout de la realpolitik, soulignent des experts.

Dans sa guerre contre les houthis, « l’Arabie saoudite a besoin de la force de combat du Sud » entraînée par les Émirats, dit à l’AFP Fatima Abo Alasrar, analyste yéménite basée à Washington. Si les Saoudiens veulent remporter ce conflit contre les houthis, « ils devront encourager un cessez-le-feu et la réconciliation entre le gouvernement et les séparatistes », ajoute-t-il.



(Lire aussi : Au Yémen, les séparatistes du sud adoptent un ton conciliant après des combats meurtriers)



Objectifs divergents
Les divisions dans le sud du Yémen résultent en partie d’objectifs divergents entre Saoudiens et Émiratis. Les Émirats considèrent depuis longtemps le Sud comme une base vitale pour étendre leur influence en mer Rouge et dans la Corne de l’Afrique. Ils ont financé et formé divers groupes qui leur sont aujourd’hui favorables.

Leur grand voisin saoudien considère de leur côté les houthis comme une menace existentielle à sa frontière sud, comparant ces rebelles yéménites au Hezbollah.

Le Yémen est devenu, au fil des ans, le champ de bataille par procuration entre Riyad et Téhéran, alors que les houthis ont intensifié leurs attaques de drones et de missiles sur des villes saoudiennes.

Dans ce contexte, l’annonce en juillet par les Émirats d’une réduction de leurs troupes au Yémen a constitué un premier revers pour Riyad, malgré les assurances d’Abou Dhabi qu’il ne s’agissait pas d’un retrait complet.

« C’est un coup dur (...). Il sera difficile pour Riyad de remplacer les Émirats », dit Olivier Guitta, directeur général de GlobalStrat, société de conseil en risque géopolitique.



(Lire aussi : Le processus de paix au Yémen : cinq ans d’erreurs à répétition)



Détournements d’armes ?
À présent, Riyad a plus que jamais besoin du soutien émirati pour amener les séparatistes du sud du Yémen à la table des négociations. Le ministère saoudien des Affaires étrangères a déclaré qu’il avait invité les parties en conflit à Aden à des pourparlers dans le royaume. Mais aucune date n’a été annoncée.

Le vice-ministre saoudien de la Défense, le prince Khaled ben Salmane, a averti que les luttes intestines pourraient être exploitées non seulement par les houthis, mais aussi par d’autres groupes actifs au Yémen comme el-Qaëda et le groupe État islamique.

Les violences à Aden ont à ce titre augmenté le risque que des armes occidentales tombent entre les mains de milices locales, surtout après que le Sénat américain n’a pas réussi le mois dernier à empêcher la vente controversée de 8,1 milliards de dollars en armement à Riyad.

« La surveillance de l’utilisation finale a soulevé des préoccupations sur le transfert d’armes américaines par l’Arabie saoudite et les Émirats à diverses factions au Yémen, en particulier les séparatistes du Sud », note Becca Wasser, analyste à la RAND Corporation basée aux États-Unis.

Les États du Golfe rejettent ce type d’affirmations, mais le retrait précipité d’Aden des forces gouvernementales, armées par Riyad, ravive la crainte que leurs équipements ne tombent entre les mains des séparatistes.



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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LES ARABES COMME LES PALESTINIENS SONT LES ENNEMIS D,EUX-MEMES.

Irene Said

Le malheur des uns fait toujours le bonheur des autres...surtout quand ils ne sont pas directement concernés, mais assis confortablement dans leurs fauteuils de spectateurs...

Quant à ceux qui aiment la paix, le bonheur et la vie...on les moque, car ils sont naïfs, donc n'y comprennent rien...et donc inutiles à la bonne marche de notre monde et surtout de notre région du Proche Orient !
Irène Saïd





MIROIR ET ALOUETTE

Enfin ! On en parle, il n'est jamais trop tard pour instruire.

Les bensaouds n'ont plus d'autre solution que de toquer à la porte de l'Iran et les supplier pour ne pas les voir s'écrouler comme château de cartes.

Surtout que ben zayed a conclu avec l'Iran des accords furtifs.

Pour celles et ceux qui devraient perdre le sommeil, plus dure sera la chute.

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