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Moyen Orient et Monde - Yémen

Au vieux souk de Taëz, la kalachnikov a remplacé la poterie

À l’intérieur des échoppes, des armes sont accrochées au mur. Et sur les étagères, des rangées de balles et d’obus de mortier sont soigneusement alignées.

Dans le vieux souk de Taëz, à l’intérieur des échoppes, des armes sont accrochées au mur. Et sur les étagères, des rangées de balles et d’obus de mortier sont soigneusement alignées. Ahmad al-Basha/AFP

Avant la guerre, le vieux marché de Taëz était bondé et regorgeait de produits artisanaux. Aujourd’hui, plus de quatre ans après le début du siège de la troisième ville du Yémen par les rebelles houthis, on y négocie plutôt balles et fusils.

« Autrefois, quand on entrait dans le marché de la vieille ville, on trouvait des boutiques d’artisans, des tailleurs, des forgerons, des potiers », se souvient Abou Ali, un ancien tailleur. « Puis la guerre a éclaté, elle a forcé la plupart des commerçants à vendre des armes », poursuit cet homme reconverti lui aussi dans ce négoce plus lucratif.

Quelques marchands se sont, eux, mis à la vente du khat, plante locale dont les Yéménites mastiquent les feuilles pour leur effet euphorisant, mais aussi comme coupe-faim. D’autres sont partis.

« Les ateliers de forgerons et de potiers ont beaucoup souffert et le trafic d’armes a prospéré au détriment de ces métiers-là », renchérit Abid al-Rachdi, un autre boutiquier.

Située dans le sud-ouest du Yémen, dans une région de hauts plateaux, la ville de Taëz était autrefois un important centre de production agroalimentaire. Mais la cité également réputée pour le café moka s’est retrouvée sur la ligne de front dans la guerre qui ravage le Yémen.

Verrou névralgique sur la route du golfe d’Aden (Sud), cette cité de 600 000 âmes est assiégée depuis mars 2015 par les combattants houthis, venus du nord, mais reste contrôlée par les forces loyales au président yéménite Abd Rabbo Mansour Hadi.

Ces derniers mois, elle a été le théâtre de violents combats entre insurgés et troupes progouvernementales mais aussi entre factions loyalistes, qui ont fait des dizaines de morts, dont des enfants, selon des sources locales et médicales.


(Lire aussi : En s’éloignant du bourbier yéménite, Abou Dhabi veut redorer son blason)



« Un marché d’armes »

Dans le souk al-Shinayni, des hommes armés entrent et sortent à moto. À l’évidence, ils ne sont pas venus pour les pots et les cruches en terre cuite qui ont fait, avec les bijoux et les antiquités, la réputation de ce marché.

Il est vrai qu’au Yémen, les armes individuelles ont toujours pullulé – il y en a plus que d’habitants – et que leur négoce y est courant, comme en ont témoigné les auteurs français Rimbaud et Kessel.

À l’extérieur des échoppes pendent des pantalons et vestes en treillis ainsi que des sangles et casques militaires. À l’intérieur, accrochées au mur, les inusables kalachnikov AK47. Et sur les étagères, des rangées de balles et d’obus de mortier soigneusement alignés.

Certaines portes de boutiques sont closes, verrouillées. D’autres échoppes continuent d’afficher « Confection pour hommes » mais, à l’intérieur, des stocks de munitions ont remplacé tissus et matériaux.

Ici, une AK47 se vend 600 000 rials yéménites, soit 970 euros, une balle 270 rials (0,45 euros) et un pistolet 450 000 rials (725 euros). Une partie de l’arsenal est fabriquée localement. L’autre provient de la contrebande. Sa provenance ? Mystère. « Le souk est devenu un marché d’armes », commente laconiquement Abou Ali.

Comme pour ce dernier, la guerre civile a contraint Mohammad Tajer à se mettre au commerce des armes pour joindre les deux bouts. « Avant, on avait un bon travail », témoigne l’ex-marchand d’articles artisanaux, « mais depuis le début de la guerre, il a fallu vendre des munitions et des armes ». « Une fois la guerre finie, nous reprendrons notre vieux job », assure-t-il.

Le conflit au Yémen, qui dure depuis plus de quatre ans, a tué des dizaines de milliers de personnes, dont de nombreux civils, selon diverses organisations humanitaires.



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