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Idées

Le processus de paix au Yémen : cinq ans d’erreurs à répétition

Commentaire
10/08/2019

Après cinq ans de combats, le conflit au Yémen est désormais entré en phase de stabilisation, avec des mouvements réduits sur les lignes de front depuis 2016, à l’exception de Hodeidah et de victoires ou défaites secondaires de part et d’autre. La communauté internationale croit encore en l’accord de Stockholm, signé il y a huit mois et qui semble entraver toute évolution positive sur le terrain, plus qu’il n’y contribue. L’absence de visibilité sur les prochaines étapes du processus de paix et les hésitations qu’elle révèle sont préoccupantes. Le bureau de l’envoyé spécial de l’ONU a peu communiqué à ce sujet, et rien n’indique que les parties prenantes au conflit soient prêtes à engager des négociations.

Diplomatie prise en otage

Le dernier envoyé spécial de l’ONU au Yémen, Martin Griffiths, a donné un nouveau souffle au processus de paix, mais n’a enclenché aucune démarche novatrice ou pragmatique pour mettre fin au conflit. Sous sa supervision, la mise en œuvre des termes flous de l’accord de Stockholm a progressé à la marge. Les belligérants se sont adaptés au statu quo, et aucune des parties n’est suffisamment motivée ou sous pression pour mettre un terme au conflit. Au lieu d’inspirer confiance, l’accord de Stockholm a pris en otage la diplomatie sur ce sujet.

Pour de nombreux Yéménites sur le terrain, comme au sein du gouvernement, cet accord n’est rien de plus qu’une tentative de la communauté internationale de se montrer active sur le sujet. L’accord sur Hodeidah et l’arrêt des hostilités sont des avancées certaines, mais le conflit au Yémen et la crise humanitaire dépassent largement les frontières de ce gouvernorat. Les houthis ont utilisé l’accord de Stockholm pour noyer le processus de paix dans les détails. Les belligérants ont passé l’année 2019 à débattre autour du retrait de Hodeidah, tout en se redéployant sur d’autres terrains de bataille. La ville portuaire, dernier bastion houthi sur la côte, est une source majeure de revenus : ils n’y renonceront pas facilement. Ces contraintes étaient connues dès le départ.

Depuis le soulèvement de 2011, les trois envoyés successifs de l’ONU ont échoué, chacun à sa manière. Jalal Benomar, en poste de 2011 à 2015, était peut-être le plus à même de connaître les dynamiques yéménites. Pourtant, sa propension à outrepasser son mandat a pu le faire passer pour un chef de parti zélé plus que pour un médiateur, même s’il était difficile de dire quel parti il défendait. Son soutien au fédéralisme controversé, défendu par le président Abd Rabbo Mansour Hadi, était animé par le désir de « gagner rapidement ». Au contraire, cela a servi de prétexte à certains pour se révolter, jusqu’à contribuer au déclenchement de la guerre au Yémen.

Son successeur, Ismail Ould Cheikh Ahmed, a réuni les belligérants à trois reprises, mais ces réunions, à cause de son manque de sens politique et des doutes quant à sa neutralité, ont contribué à augmenter la défiance entre parties plutôt qu’à établir la paix. C’est une lettre envoyée par les houthis au secrétaire général de l’ONU, et l’accusant d’être pro-Riyad, qui a mis fin à son mandat.

Contrairement à son prédécesseur, le Britannique Griffiths, nommé en février 2018, est doté du sens politique nécessaire pour la mission, mais subit le poids des intérêts et de l’agenda de la communauté internationale. Ne semblant pas en mesure de se tenir à égale distance des deux parties, il cherche aussi des gains rapides, passant d’un dossier à l’autre en échouant à chaque fois, ce qui a probablement contribué à prolonger le conflit. L’absence de conseiller yéménite expérimenté dans son équipe explique sa faible compréhension de la complexité des sensibilités et réalités locales. Tout comme ses prédécesseurs, il n’a pas su utiliser les leviers locaux pour faire pression sur les belligérants.

Élaborer la paix de l’intérieur

Ces derniers sont bien sûr responsables de la guerre, mais les échecs de l’ONU permettent aux différentes parties de continuer à tirer profit du conflit, sans aucune pression pour l’arrêter. Ce n’est un secret pour personne que l’économie de guerre n’incite pas les participants au conflit à tendre vers la paix, et pourtant, la communauté internationale n’a pas cherché à tarir les sources de revenus et de financements des belligérants.

À Hodeidah, l’envoyé de l’ONU et la communauté internationale ont montré qu’ils pouvaient pousser les belligérants à signer un accord. Pourquoi n’utilisent-ils pas leur influence pour les pousser à s’entendre autour d’enjeux majeurs, comme la réouverture de l’aéroport international de Sanaa ou la réunification de la Banque centrale du Yémen ? Ces questions sensibles, prioritaires pour les Yéménites, étaient initialement à l’agenda des négociations menées en Suède ; malgré cela, ce sont les intérêts de la communauté internationale qui ont défini les priorités des négociations.

Les Yéménites ont payé le prix fort de l’échec de ces tentatives de paix. Pendant ces cinq années, de nouveaux conflits ont vu le jour. Le camp du gouvernement reconnu par la communauté internationale s’est divisé autour de ses maigres résultats, de la corruption rampante et de l’intervention irresponsable de la coalition militaire menée par Riyad. Les membres de la coalition ont cherché à sécuriser leurs intérêts au Yémen à travers des intermédiaires locaux, accentuant ainsi les divisions.

Parvenir à la paix dans un pays complexe, dans un conflit qualifié par l’ONU de « pire crise humanitaire créée par l’homme », demande du courage, de l’innovation et de la vigilance. Pour progresser au Yémen, l’envoyé spécial de l’ONU et la communauté internationale doivent élaborer la paix de l’intérieur. Ils doivent faire pression sur les belligérants, comme cela a été fait en Suède, mais dans le cadre d’un accord valable sur le terrain. Plutôt que de s’adresser uniquement aux houthis et au gouvernement yéménite, et afin de renforcer la pression, d’autres acteurs yéménites peuvent être associés à un processus parallèle : chefs locaux et tribaux, pouvoirs politiques non représentés, femmes et jeunes, parmi d’autres. Plus important encore, l’ONU et la communauté internationale doivent être à l’écoute des Yéménites, pas seulement pour les impliquer dans ce processus, mais pour comprendre les subtilités du conflit et les résoudre.

Traduction depuis l’anglais : iReMMO

Osamah al-Rawhani est chercheur et directeur adjoint du Sana’a Center for Strategic Studies

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Amère Ri(s)que et péril.

L'heure des grandes concessions a sonné pour Riyad.

Après plus de 5 ans de crimes contre une population yéménite sans défense qui a fait preuve d'une résistance hérorïque et exemplaire, bensaouds des Salmane a perdu Aden.

Les Zaidites dont sont issus des Houthis constituent 45% des 30 millions d'habitants du Yémen et ils composent le gros de l'une des deux principales tribus yéménites, des Hached.

Un démembrement du Yémen revient pour bensaoud à abandonner le Nord aux houtis tandis que les Émirats renforceraient leur emprise sur l'Est et le Sud.

C'est une perspective foncièrement fatale pour bensalman, propre à le placer dans une position de faiblesse inouïe sur son propre territoire.

Pour éviter un démembrement il est temps que bensaoudi frappe à la porte de son ennemi juré, Ansarallah.

VOICI LA SITUATION CLAIREMENT ETABLIE DU YEMEN .

Amère Ri(s)que et péril.

C'est tout ce quil ya à dire sur le Yémen ?

Le Yémen, nous disait on depuis l'intervention bendaoud, était un conflit sunnite/chiite, depuis 2011, malgré l'invasion du Yémen par les bensaouds et consorts , supportée par les usa, la France, la grande bretagne et israel n'arrive pas à finir le job, les houtis soutenus par l'Iran NPR leur donnent du fil à retordre, le Yémen se trouve dans un axe qui pourrait servir de fenêtre de tir de missiles balistiques sur israel.

Voilà où se situe l'angoisse des envahisseurs puisqu'ils voient de leur propres yeux ce que les houtis ont été capables de faire aux bensaouds qui decident de partir comme gros jean par devant.

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