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Culture

« Al-Mamar », l’autre visage du cinéma égyptien

À l’affiche

« Al-Mamar », ou « Le Passage », signé Shérif Arafa et produit par Hicham Abdel el-Khaleq, traite, sous un angle humain, de la guerre des Six-Jours en 1967 qui opposa l’Égypte, la Syrie et la Jordanie à Israël. Un film de guerre jamais vu depuis plus de trente ans dans le 7e art égyptien.

11/07/2019

Depuis al-Osfour (Le Moineau), de Youssef Chahine, jamais production cinématographique égyptienne n’a parlé de la guerre des Six-Jours en 1967 en ces termes et de cette défaite cuisante du pays des Pharaons qui laissa pourtant un grand traumatisme au sein de la population sous le mandat de Gamal Abdel Nasser. Le cinéma égyptien renoue, donc, 46 ans après al-Osfour avec un film qui traite de la guerre de juin 1967, ayant opposé l’Égypte, la Syrie et la Jordanie à Israël à travers l’histoire d’un commando égyptien chargé de missions périlleuses après la défaite.

Les films de guerre nécessitent un grand budget. C’est pourquoi ils ne sont pas nombreux. La dernière production égyptienne en date et traitant de la guerre était celle signée Hossameddine Mustapha en 1974, The bullet is still in my pocket. Actuellement al-Mamar, reprenant le genre, a engrangé des moyens considérables, les plus coûteux jusqu’à présent dans le milieu du 7e art égyptien, à savoir 6 millions de dollars.


Si l’histoire était à refaire ? !
Ce qui est intéressant dans ce film qui s’apparente à une superproduction hollywoodienne (et pourquoi pas?), c’est qu’il traite de ce cauchemar qu’ont vécu les soldats égyptiens, cette blessure restée béante et cette défaite, d’une manière très humaine.

Se mélangent donc la petite et la grande histoire, certains documents d’archives avec la fiction, mais également de petits détails véridiques qui ont été narrés par les historiens à l’époque comme la scène d’ouverture, où le Conseil des ministres israélien prend la décision d’entrer en guerre (presque malgré lui), mais qui se termina par une victoire éclatante du jeune État hébreu. Les archives du Conseil des ministres révélées dans leur intégralité montrent d’ailleurs que le chef de la diplomatie, Abba Eban, était le plus lucide de tous. Le 15 juin 1967, il évoquait un « baril de poudre ». Une autre image véridique est celle des soldats touchant le Mur des lamentations, où aucun juif n’avait prié depuis 1948 et qui va devenir iconique. Six jours seulement ont suffi pour porter un coup fatal au nationalisme arabe et permettre à ce régime d’occupation de s’installer dans l’histoire.

Pour raconter tout cela, le cinéaste a choisi de mettre en action un groupe de commandos de l’armée, baptisé « Group 39 Fighting », qui vont se sacrifier en effectuant des missions suicidaires contre l’armée israélienne après la défaite de 1967. Au fil de l’action, on voit l’armée égyptienne enregistrer une série de petites victoires qui ont conduit de nouveau à la guerre d’octobre 1973. Il y a certes un grain de mélo et certains sentiments exacerbés surtout quand on voit chaque soldat au sein de sa famille, mais cela ne dérange en aucun cas le spectateur qui rentre illico dans l’histoire sans s’ennuyer. C’est cette revanche que le réalisateur offre à tout citoyen arabe et à travers l’écran, qui est jubilatoire. Se rappeler de Inglorious Basterds où Quentin Tarantino finit par tuer Hitler sur grand écran, défiant tous les acquis des faits historiques. Comme quoi, le 7e art est capable de tous les miracles.

En outre, la pléiade d’acteurs choisis, notamment Ahmad Ezz, Eyad Nasser (jouant le vilain soldat de Tsahal à merveille) Ahmad Rizk, Mohammad Farrag, Ahmad Flawkas, Hend Sabri, Asma Abul Yazeed, forment un casting très homogène qui séduit.

Si on déplore la bande-son qui aurait gagné à être moins présente et bruyante surtout dans les moments dramatiques, elle participe néanmoins dans ce projet quasi propagandiste, pourtant très trempé dans le réel – à noter l’autodérision des Égyptiens et leur façon de s’autocritiquer.

Al-Mamar est un retour en arrière sur la guerre, un éclairage sur tous ces événements qui expliquent les rapports Israël-Palestine, efficace pour les grands et les plus jeunes, et surtout une bonne dose d’adrénaline que provoquent ces scènes d’action très bien orchestrées et dignes des grandes productions hollywoodiennes.



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