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Incidents de Aley : l'Etat annonce "des mesures fermes" pour rétablir la sécurité

Liban

"Ce qui s’est passé est le résultat d’une discorde planifiée il y a deux jours, et son auteur est le député de la discorde", lance Arslane.

M.K. | OLJ
01/07/2019

L’État libanais, qui a réuni lundi son Conseil supérieur de Défense, a annoncé "des décisions fermes" pour rétablir la sécurité dans la région de Aley, dans la Montagne druzo-chrétienne, au lendemain d'une vive tension provoquée par le décès de deux membres du Parti démocrate libanais (PDL) du leader druze Talal Arslane, dans des tirs contre le convoi du ministre d’État pour les Affaires des réfugiés, Saleh Gharib, entre les villages de Chemlane et Kfar Matta.

Les incidents de dimanche ont fait deux morts, Samer Abou Faraj et Rami Salmane, gardes du corps de Saleh Gharib, et trois blessés. Ils sont survenus au moment où le chef du Courant patriotique libre et chef de la diplomatie, Gebran Bassil, effectuait une tournée dans la région. Celle-ci intervenait après des semaines de tensions nourries entre M. Bassil et ses alliés druzes d'une part, et le Parti socialiste progressiste du leader druze Walid Joumblatt de l'autre. La colère des joumblattistes s’est manifestée par des blocages de route à Kfarmatta et a culminé avec des tirs mortels contre le convoi du ministre Saleh Gharib, à Qabr Chmoun, au milieu d’une divergence de vues sur ce qui a déclenché les tirs entre le PSP et le Parti démocrate, auquel Saleh Gharib appartient.



(Lire aussi : Affrontements dans la Montagne : la crise politique atteint un stade critique, s'inquiète la presse locale)



Des décisions "fermes"
"Le président de la République, Michel Aoun, a demandé à ce que les instances judiciaires et sécuritaires poursuivent les mesures nécessaires mises en place, que les arrestations requises soient menées, et que la vérité concernant ce qui s'est passé hier dans la Montagne soit dévoilée. Il a également demandé à ce que les services de sécurité ne soient pas entraînées dans les divergences politiques, appelant toutes les parties à la retenue", a affirmé le général Wajdi Chamseddine, en sa qualité de secrétaire général par intérim du Conseil supérieur de Défense.

"Le Conseil a pris des décisions fermes pour rétablir la sécurité dans la région qui a connu des incidents sanglants et arrêter tous les prévenus pour les traduire en justice, de sorte à ce que l'enquête se fasse sans délais, afin d'éviter la discorde et de préserver le prestige de l’État", a ajouté le général Chamseddine, qui s'est abstenu de donner plus de détails, sachant que les décisions du Conseil supérieur de Défense restent secrètes en vertu de la loi.

A sa sortie de la réunion du Conseil, la ministre de l'Intérieur, Raya el-Hassan, s'est voulue rassurante. Elle a affirmé aux micros des journalistes que la situation dans la Montagne était en cours de traitement. Interrogée sur une éventuelle accalmie, la ministre s'est contentée de répondre : "Si Dieu le veut".

Dans l'après-midi, des agents des Forces de sécurité intérieure (FSI) se sont rendus sur les lieux de l'incident où l'armée et les forces de sécurité se sont massivement déployées pour entamer leur enquête, sous la supervision du procureur général près la Cour de cassation, Imad Kabalan.



(Lire aussi : Arslane vs Joumblatt : des siècles de lutte d'influence pour le leadership druze)



"Suceur de sang"
A peine la réunion du Conseil supérieur de Défense terminée, Talal Arslane a tenu une conférence de presse durant laquelle il a violemment critiqué le PSP, sans le nommer, et appelé l'Etat à assumer ses responsabilités dans cette affaire.

Lors de cette conférence de presse à laquelle ont assisté des dignitaires druzes, ainsi que le ministre Saleh Gharib, Talal Arslane a traité sans le nommer de "suceur de sang" le député Akram Chehayeb, ministre de l’Éducation, affilié à la formation politique de Walid Joumblatt. Ce dernier se trouvait à l'étranger lorsque les incidents se sont produits, alors que M. Chehayeb était présent sur les lieux.

"Sachez que vous ne pourrez pas nous dévorer facilement. Cette tendance féodale négative n’est pas signe de virilité. Ce qui s’est passé n’est pas digne d’un grand leadership", a lancé M. Arslane. "Ce qui s’est passé est le résultat d’une discorde planifiée il y a deux jours, et son auteur est le député de la discorde", a-t-il ajouté toujours en allusion à M. Chehayeb. "Est-ce que la politique, c’est jouer avec le sang des gens ?", s'est encore demandé Talal Arslane. "La question que je pose est la suivante : la Montagne obéit-elle à l’autorité de l’État ou non ? Si les gens ont désormais besoin d’un visa pour se rendre dans la Montagne et que les habitants ont besoin de permis pour se déplacer en sécurité, l’État est donc appelé à assumer ses responsabilités", a en outre estimé le chef du PDL. "Cet incident ne passera pas. Que l’État assume ses responsabilités afin de restituer les droits de tout le monde, sinon, cet État fera l’objet de doutes", a-t-il insisté.

Talal Arslane a toutefois remercié le président Aoun et le Conseil supérieur de Défense, estimant que ce dernier a pris "des décisions cruciales". Il enfin demandé à ce que le dossier de cette affaire soit transféré à la Cour de Justice. "Je vais m’entretenir avec le président Aoun d’ici peu pour lui transmettre cette demande", a-t-il fait savoir.

Dans l'après-midi, M. Arslane et M. Gharib se sont rendus au palais présidentiel de Baabda pour un entretien avec Michel Aoun, en présence du ministre d'Etat pour les Affaires présidentielles, Salim Jreissati. Réitérant sa demande de voir le dossier de la "tentative d'assassinat" du ministre d’État pour les Affaires des réfugiés transféré à la Cour de Justice, l'émir druze a également transmis des informations sur l'incident de la veille.



(Pour mémoire : À Deir el-Qamar, une énième consolidation de la réconciliation de la Montagne)



Routes coupées
Sur le terrain, les partisans du chef du PDL ne décoléraient toujours pas lundi. Ils ont ainsi brièvement bloqué en matinée la route de Bhamdoun, entre Baalechmay et Sofar, à l'aide de pneus enflammés, et des rafales de tirs en l'air ont été entendues, selon l'Agence nationale d'information (Ani, officielle). Des équipes de la Défense civile ont ensuite rouvert la route de Baalechmay avec l'aide de l'armée qui s'est déployée sur les lieux. Les partisans de M. Arslane se sont ensuite dirigés vers la permanence du PDL dans le secteur.  En début de soirée, des partisans du PDL ont à nouveau empêché temporairement la circulation sur cette route, en enflammant des pneus au même endroit que dans la matinée, au niveau de la localité de Baalechmay, avant d'être dispersés par l'armée.


Sur le plan politique, les appels au calme se multipliaient. Le député joumblattiste Marwan Hamadé a affirmé que "la réconciliation restera imprégnée dans la Montagne libanaise et vaincra tous ceux qui tentent de la saper (...)", en allusion à la réconciliation scellée en 2001 entre chrétiens et druzes, sous les auspices de l'ancien patriarche maronite Nasrallah Sfeir, après les massacres de 1983 durant la guerre civile.

Dans la soirée, le PSP a affirmé aussi dans un communiqué que "ce qu'il s'est passé hier n'est pas sorti de nulle part mais est le résultat d'une accumulation, depuis les incidents de Choueifate (juste après les élections législatives de mai 2018)". Le texte souligne que le PSP "a toujours respecté la loi", appelant les autres parties à en faire de même. "Toutes les régions du Liban sont ouvertes, et notamment la Montagne", a affirmé le PSP à l'intention de Gebran Bassil, l'invitant à faire preuve d'objectivité dans ses discours, "qu'il les prononce dans la Montagne ou dans n'importe quelle région".


Le Mouvement Amal du président du Parlement, Nabih Berry, a mis en garde contre les tensions sectaires  La formation chiite a ainsi dénoncé dans un communiqué "les discours confessionnels tenus par certaines forces politiques et qui prévalaient durant la guerre civile" et mis en garde contre "une atteinte à la sécurité et la stabilité de la Montagne". Amal a enfin appelé les formations politiques à "s'éloigner des discours politiques tendus et de faire preuve de conscience nationale (...)" et à "laisser la justice prendre son cours dans le cadre de cette enquête".
"Le temps est à la sagesse et aux efforts visant à préserver l'union et la stabilité générale, et nous faisons entièrement confiance aux sages de la Montagne", a également réagi Nabih Berry en début d'après-midi. "Que la justice prenne son cours afin que l'enquête soit menée jusqu'au bout", a-t-il souligné.

Pour sa part, le patriarche maronite, Mgr Béchara Raï, a regretté "les incidents sanglants" de la Montagne et condamné dans un communiqué "l'attaque armée qui a fait deux victimes et a failli coûter la vie à un ministre, attisant le feu de la discorde et créant la panique dans les esprits". Le dignitaire a appelé les autorités à "faire prévaloir un langage raisonnable", soulignant que c'est aux forces de sécurité de poursuivre les responsables de cet incident. Il a encore invité les dirigeants politiques "à contrôler leurs discours et à mettre un terme à leurs campagnes de provocation". "Les grands hommes mettent l'intérêt de la nation avant leurs intérêts personnels", a-t-il souligné.



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QUI REMUE PARTOUT LES INSTINCTS COMMUNAUTAIRES ?
- ABOUL 3ABAD... BASS ILOU !

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L,AFFAIRE SERA CLOSE A L,AMIABLE. C,EST LA JUSTICE EN COURS LORSQU,IL S,AGIT DES ZAIMS ET DE LEURS TROUPEAUX.

Remy Martin

Il faudrait que TOUS les bandits pseudo-politiciens de ce bled, présents et à venir, aillent faire un stage, longue durée et non payé, de formation en art de vivre chez les Aborigènes. Ils apprendront ainsi tout ce qui leur manque depuis leur conception pré-natale. Super bénéfique pour eux et leur progénitures.

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