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Liban

Le « cessez-le feu » entre le PSP et le Futur entre en vigueur

Crise

Les milieux joumblattistes expriment leur « appréhension face aux déséquilibres politiques, aux atteintes aux prérogatives, ainsi que le mécontentement suscité par la gestion de la vie publique ».

25/06/2019

Alors que la République était censée progresser à la cadence des réformes requises notamment par la conférence de Paris d’avril 2018, c’est au rythme des polémiques à la chaîne qu’elle semble désormais carburer. Après une série de controverses qui ont opposé tantôt le Parti socialiste progressiste (PSP) au Courant patriotique libre (CPL), tantôt ce dernier aux Forces libanaises (FL), puis au courant du Futur, c’est au tour du courant haririen de croiser le fer avec son allié du PSP dans une polémique considérée contre-nature, mais non moins grave.

La nouvelle empoignade qui a opposé ces derniers jours les deux formations, via les réseaux sociaux, et qui semble pour l’heure jugulée à la faveur d’une médiation entreprise par le président de la Chambre Nabih Berry, pourrait resurgir à tout moment si les deux parties ne parviennent pas entre-temps à régler leurs profondes divergences.

« M. Berry a réussi à parvenir à un cessez-le feu entre les deux camps et à arrêter l’escalade mais non à résoudre le problème de fond auquel les deux parties doivent elles-mêmes remédier », a indiqué à L’Orient-Le Jour le député du mouvement Amal, Yassine Jaber. Le député faisait notamment allusion à « la guerre des tweets » qui a opposé le PSP au courant haririen et à laquelle le chef du PSP a cherché à mettre un terme dimanche soir en invitant ses partisans à « ne pas tomber dans le piège des passes d’armes et des réactions publiques avec le courant du Futur ».

La réunion qui s’est tenue dimanche entre le conseiller de M. Hariri, Ghattas Khoury, et le ministre de l’Industrie, Waël Bou Faour, était justement destinée à transposer les débats houleux de la plate-forme publique vers les cercles fermés. De source proche du PSP, on apprenait hier que la réunion était destinée à parvenir à une accalmie sur le plan médiatique et à discuter à cœur ouvert d’un certain nombre de divergences, qui peuvent se résumer « à une appréhension du PSP face aux déséquilibres politiques, aux atteintes aux prérogatives prévues dans la Constitution et son mécontentement suscité par la gestion de la vie publique dans son ensemble ».

Le conflit entre M. Hariri et le leader druze, qui était latent depuis un certain temps, a fini par éclater au grand jour à la faveur notamment des prochaines nominations, qui seraient en quelque sorte la goutte qui aurait fait déborder un vase déjà trop plein, sans en être toutefois la cause principale.

Une source au sein du PSP cherche cependant à minimiser l’impact de la question des nominations sur la série de dysfonctionnements décriés, rappelant toutefois « le poids » que représente le parti de M. Joumblatt sur l’échiquier druze. « Il ne sera pas aisé de passer outre la volonté du chef du PSP », affirme-t-on de même source à L’OLJ, en laissant entendre que les nominations ne seront pas facilement avalisées sans son accord.


(Lire aussi : Le PSP exaspéré par la position jugée trop accommodante du Futur à l’égard de Bassil)


Mais, par-delà les « pertes présumées » en quotes-parts druzes que pourraient subir le PSP en terme de nominations administratives et qui devraient, selon l’ancien ministre Wi’am Wahhab, bénéficier aux adversaires politiques de Walid Joumblatt issus du camp du 8 Mars, c’est toute une politique d’encerclement politique de Walid Joumblatt que l’on dénonce implicitement dans les milieux du parti, qui pointent du doigt un chef d’orchestre : Gebran Bassil.

Dans les milieux du PSP, on critique notamment la position jugée trop conciliante du parti haririen à l’égard de Gebran Bassil, qualifié désormais de « dynamo » de la République, « celui qui se mêle de tout » et « divise les chrétiens », comme l’a rappelé le député Marwan Hamadé dimanche dans nos colonnes. Pour certains observateurs, M. Bassil chercherait également au passage à usurper des prérogatives qui devaient revenir de droit au Premier ministre.

C’est ainsi qu’il faudrait comprendre la mise en garde récemment formulée par le PSP, notamment par le ministre de l’Industrie Waël Bou Faour, contre une déviation possible de Taëf et des règles du partage du pouvoir prévu par la Constitution, le chef du CPL ayant à maintes reprises exprimé un souhait dans le sens d’un accroissement des prérogatives du chef de l’État et des chrétiens – comprendre les chrétiens du CPL – aux dépens du « sunnisme politique », qui selon M. Bassil se serait construit sur « le cadavre du maronitisme politique ».

Cette déclaration avait d’ailleurs poussé le Premier ministre à sortir de sa réserve pour dénoncer, lors d’une conférence de presse, la politique tentaculaire du ministre des Affaires étrangères, avant d’accepter de se réunir avec lui pour une franche explication. Le tête-à-tête de cinq heures entre les deux hommes, il y a deux semaines, devait servir à remettre les pendules à l’heure et, pour M. Hariri, à restaurer un tant soit peu son image écornée de Premier ministre. Qualifiée de positive de part et d’autre, cette rencontre n’était pas pour rassurer le PSP, encore moins les FL qui s’inquiètent eux aussi de la réhabilitation de ce puissant binôme qui viendrait se substituer aux équilibres politiques jadis mieux dosés. En définitive, le PSP n’a jamais véritablement digéré les effets du compromis présidentiel conclu entre Saad Hariri et Michel Aoun, avec M. Bassil en coulisses, et qui s’est soldée par une redistribution des cartes et un déséquilibre des alliances traditionnelles dont le camp souverainiste craint de payer le prix.


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