Energie

Hydrocarbures : Russes et Européens intéressés par le Liban, selon Boustani

La ministre libanaise dit espérer que "les Libanais vont profiter prochainement de ce secteur, qui ouvre la voie à de nombreux investissements et opportunités d'emploi".

La ministre libanaise de l'Energie Nada Boustani lors d'un entretien avec l'AFP, le 12 juin 2019. AFP / ANWAR AMRO

Des entreprises russes et européennes manifestent de l'intérêt pour investir dans le secteur naissant du pétrole et du gaz au Liban, a affirmé la ministre de l'Energie Nada Boustani, alors que le pays se lance tout juste dans l'exploration d'hydrocarbures en Méditerranée.

Confrontées à des difficultés économiques, les autorités libanaises misent beaucoup sur ce dossier. Mme Boustani dit espérer que "les Libanais vont profiter prochainement de ce secteur, qui ouvre la voie à de nombreux investissements et opportunités d'emploi". "Nous avons de grands espoirs dans ce domaine", affirme Mme Boustani, dans un entretien mercredi avec l'AFP.

Le Liban a signé en 2018 son premier contrat d'exploration pour deux blocs avec un consortium alliant le français Total, l'italien ENI et le russe Novatek. Les travaux dans le bloc 4 doivent débuter en décembre. En avril, Beyrouth a lancé un deuxième appel d'offres pour l'exploration de cinq nouveaux blocs, avec comme date butoir janvier 2020.

"Plusieurs grandes compagnies ont visité le Liban", explique Mme Boustani, citant Gazprom (Russie) et Lukoil (Russie). Les compagnies russes sont "très intéressées", selon la ministre.

Différend avec Israël
Elle a par ailleurs indiqué jeudi sur Twitter qu'elle avait rencontré le chef régional de BP (Grande-Bretagne) qui a dit que sa société était aussi "intéressée" par l'appel d'offres.


Le Liban a en outre reçu des assurances des Etats-Unis selon lesquelles "il n'y a aucun inconvénient à la participation d'entreprises américaines", indique Mme Boustani. "C'est une avancée positive", ajoute-t-elle.

En début de semaine, le président Michel Aoun avait appelé les compagnies américaines à participer au nouveau round d’attribution des licences d’exploration et de production d’hydrocarbures offshore qui doit débuter dans près d'un mois.

Les rapports avec les Etats-Unis sont en effet parfois tendus, notamment en raison du Hezbollah, un poids lourd de la vie politique libanaise, classé "organisation terroriste" par Washington.


En attendant, le Liban doit notamment résoudre des différends sur la démarcation des frontières maritimes avec ses voisins. Une partie du bloc 9, où des travaux de forage doivent débuter en mai 2020, se trouve dans une zone maritime disputée avec Israël, pays avec lequel le Liban est techniquement en état de guerre. Total a cependant indiqué que la dispute frontalière concernait "moins de 8% de la surface du bloc".

Dans ce dossier, c'est Washington qui fait la navette entre les deux pays pour ouvrir la voie à des négociations et permettre une démarcation de leurs frontières. Pour le moment, aucune avancée n'a été rendue publique.

"Si on se met d'accord sur le début de négociations avec Israël, outre les pourparlers concernant la frontière maritime, il y aura la recherche d'un mécanisme pour partager les champs maritimes communs, sous supervision internationale", avance Mme Boustani.

Mardi, le secrétaire d’État adjoint américain David Satterfield s’est entretenu avec plusieurs responsables libanais au sujet de leur volonté de mener en concomitance un tracé des frontières maritimes et terrestres, ainsi qu’au sujet de la durée à prévoir pour les pourparlers entre les deux pays. Le diplomate US, qui effectue depuis quelques semaines des navettes entre les deux pays, devrait apporter une réponse israélienne aux propositions libanaises. Des sources proches du président du Parlement libanais ont déclaré à L’Orient-Le Jour que le Liban a pu obtenir que le tracé des frontières terrestres et maritimes avec Israël soit effectué en concomitance, mais que la question de la durée des pourparlers entre les deux pays restait à déterminer. Les Israéliens demandent que ces négociations soient établies sur six mois, alors que le Liban préfère ne pas se limiter à une date pour donner aux discussions le temps qu’elles méritent. Selon des informations à L'OLJ, les points aujourd’hui acquis sont : le principe de négociation entre les deux pays, la participation de l’ONU à ces pourparlers et la médiation US. Restent quelques détails à régler concernant le principe de non-séparation dans les discussions entre les frontières maritimes et terrestres.

Le Liban a aussi un problème à résoudre avec la Syrie. Les blocs 1 et 2, concernés par le dernier appel d'offres, se trouvent près d'une frontière maritime dont Damas a toujours refusé de discuter du tracé.
"Il y a certainement moyen (de négocier) avec la Syrie. Il est nécessaire de se pencher sur la question très prochainement", souligne Mme Boustani. "Le fait que le gouvernement a accepté de mettre les deux blocs (à la frontière) dans l'appel d'offres, signifie qu'il savait qu'un accord serait trouvé" avec Damas, précise la ministre.



(Lire aussi : Frontières maritimes, un dossier en suspens malgré la visite de Satterfieldle décryptage de Scarlett Haddad)



Alliances régionales
Mais les divisions au sein de la classe politique libanaise pourraient compliquer les choses. Le Premier ministre Saad Hariri refuse catégoriquement toute ouverture vers Damas, tandis que le Hezbollah, allié du président Bachar el-Assad, ou encore le Courant patriotique libre, le parti fondé par le président Michel Aoun et dirigé par le chef de la diplomatie Gebran Bassil, y sont favorables.

"Les Russes pourraient négocier entre les Libanais et les Syriens", estime Laury Haytayan, experte sur la gestion des hydrocarbures au Moyen-Orient, qui précise que Moscou s'intéresse au bloc 2.

Les récentes découvertes de gaz naturel en Méditerranée orientale ont conduit plusieurs pays de la région à multiplier les partenariats stratégiques. En début d'année, sept pays, dont l'Egypte, Israël et Chypre ont annoncé leur intention de lancer un forum de coopération régionale sur le gaz. Le Liban n'en fait pas partie, en raison de la présence de l'Etat hébreu.

"On a ouvert la voie aux négociations avec Chypre, et on fait la même chose avec l'Egypte", indique toutefois Mme Boustani. "Il est nécessaire de poursuivre les accords avec ces deux parties, a-t-elle ajouté.

Le Liban et Chypre ont déjà annoncé en avril œuvrer en vue "d'un accord bilatéral" concernant l'exploitation des ressources énergétiques. Un accord avec l'Egypte et Chypre permettrait au Liban de sécuriser sa place à l'échelle régionale dans ce domaine, selon Mme Haytayan.



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Des entreprises russes et européennes manifestent de l'intérêt pour investir dans le secteur naissant du pétrole et du gaz au Liban, a affirmé la ministre de l'Energie Nada Boustani, alors que le pays se lance tout juste dans l'exploration d'hydrocarbures en Méditerranée.

Confrontées à des difficultés économiques, les autorités libanaises misent beaucoup sur ce dossier....

commentaires (4)

Espérons cette fois de devenir riches et de ne pas rester dans le monde du virtuel dans un pays ou tout va lentement .

Antoine Sabbagha

20 h 29, le 14 juin 2019

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Commentaires (4)

  • Espérons cette fois de devenir riches et de ne pas rester dans le monde du virtuel dans un pays ou tout va lentement .

    Antoine Sabbagha

    20 h 29, le 14 juin 2019

  • On n’arrive pas à gérer nos déchets et on veut se lancer dans le forage offshore! De Charybde en Scylla.

    Bashir Karim

    18 h 34, le 14 juin 2019

  • “Les libanais vont profiter de ce secteur”: je n’y crois pas une seule seconde. Les politiciens nous ont toujours pris, nous citoyens, pour imbeciles et le font toujours. Tout (ou pour etre optimiste), la plus grande partie des revenus si ce chantier voit le jour ira dans les poches. Pauvres libanais..

    John

    17 h 29, le 14 juin 2019

  • IL EST PLUS FACILE DE DISDCUTER AVEC ISRAEL DES FRONTIERES QU,AVEC LA SYRIE QUI REFUSE DE LE FAIRE. ET POUR CAUSE...

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    16 h 26, le 14 juin 2019