Liban

Frontières maritimes, un dossier en suspens malgré la visite de Satterfield

Décryptage
11/06/2019

Le Liban attend la visite du secrétaire d’État adjoint pour le Proche-Orient David Satterfield prévue demain en principe, dans un climat d’optimisme concernant les négociations pour le tracé des frontières maritimes et terrestres. En effet, la dernière navette effectuée par l’émissaire US entre le Liban et Israël avait abouti à un début d’entente, selon les médias, sur deux points réclamés par le Liban : d’abord l’absence de délai aux négociations (les Israéliens voulaient qu’il soit de six mois) et, ensuite, la signature d’un seul accord en plusieurs étapes pour les frontières terrestres et maritimes, autrement dit, les deux volets resteront liés.

Mais en dépit de ces indices positifs, une source officielle qui suit de près le dossier estime qu’il ne faut pas s’attendre à des développements importants dans un proche avenir. Selon cette source qui est en totale contradiction avec la tendance générale véhiculée dans les médias, la visite attendue de David Satterfield devrait être la dernière, celui-ci ayant été nommé ambassadeur de son pays à Ankara et devrait prendre rapidement ses fonctions pour être sur place en vue de la visite du président américain en Turquie prévue (en principe) au début du mois de juillet. S’il est vrai que son remplaçant a été rapidement choisi et sa candidature acceptée par le Congrès américain, il a quand même besoin d’un peu de temps pour se familiariser avec le dossier.

Mais il semble que ce ne soit pas la seule raison qui pousse à ne pas croire à un progrès rapide dans ce dossier. Pour la source précitée, qui a suivi toutes les étapes du processus depuis la proposition de Frederic Hof en 2013, lequel avait tracé une ligne à l’avantage d’Israël, notamment au sujet du fameux bloc 9 en ne donnant au Liban que 350 km des 850 km conflictuels, les Américains ont depuis le début été un médiateur partial. Après maintes tentatives, ils avaient fini par inverser les proportions en reconnaissant au Liban 500 km des 850 litigieux. Mais Beyrouth avait pourtant continué de refuser, ne voulant pas céder, comme l’ont dit les responsables, le moindre mètre cube d’eau. Face à la position libanaise, les Américains avaient alors suggéré de commencer la prospection, puis l’exploitation des hydrocarbures contenus dans le bloc 9. Les recettes ainsi recueillies seraient déposées dans un fonds commun, auquel ni le Liban ni Israël ne devraient toucher avant d’aboutir à un accord. Mais au moins cela permettrait aux deux parties en conflit de commencer à exploiter les ressources pétrolières et gazières et à accumuler les bénéfices en attendant de pouvoir en profiter une fois l’accord conclu entre le Liban et l’État hébreu. Le Liban avait aussi refusé ce scénario, parce qu’il repose sur la conclusion d’un accord avec l’ennemi israélien ou en tout cas sur une normalisation des relations avec lui.


(Lire aussi : La mission Satterfield et la prudence libanaise, le décryptage de Scarlett Haddad)


David Satterfield est ensuite revenu avec une nouvelle idée, celle de tracer « une ligne blanche » à l’instar de la « ligne bleue », qui permettrait de commencer à exploiter les ressources pétrolières et gazières par les Libanais et les Israéliens, tout en laissant de côté les zones conflictuelles, exactement comme cela s’est passé en 2000, lorsque les Israéliens n’ont pas voulu se retirer jusqu’aux frontières internationalement reconnues et que l’ONU a préféré tracer la fameuse « ligne bleue » conçue comme une frontière provisoire. Les responsables libanais ont longuement discuté entre eux de cette proposition qui pourrait être une possibilité, sachant que depuis 2000, les Israéliens ont plus ou moins respecté la « ligne bleue », en évitant de s’approcher des 13 points conflictuels le long de la frontière terrestre longue de quelque 120 km. Mais il y avait chez les responsables libanais la crainte qu’une fois la « ligne blanche » tracée, les Israéliens oublient que la « ligne bleue » est provisoire et s’emparent ainsi des portions de territoire disputées, sachant que les fermes de Chebaa et les collines de Kfarchouba ne sont pas incluses dans la « ligne bleue ».

C’est pourquoi, d’une seule voix, les responsables libanais ont exigé que le volet des frontières terrestres et celui des frontières maritimes soient concomitants. Autrement dit, les négociations des deux volets devraient être menées simultanément et qu’un seul accord, en cas de résultats positifs, serait signé pour les frontières maritimes et terrestres. De plus, c’est désormais le président de la Chambre Nabih Berry qui est officiellement en charge du dossier. Donc, au cours de ces 5 dernières années, le Liban a marqué des points consistants dans l’acceptation par les Israéliens (et les Américains) de la participation de l’ONU à d’éventuelles négociations, et de l’absence de date pour la fin des négociations, ainsi que de la concomitance des volets maritime et terrestre.

Après des années de discussions menées par les Américains avec les deux parties, c’est un résultat positif pour le Liban. C’est d’ailleurs ce qui a poussé les médias à répandre ce climat d’optimisme. Mais aujourd’hui, même ces acquis sont menacés, car les Israéliens doivent de nouveau se diriger vers les urnes en septembre pour de nouvelles élections législatives et, entre-temps, le pouvoir en Israël n’est pas habilité à prendre des décisions aussi importantes que le tracé des frontières, qu’elles soient maritimes ou terrestres.



Lire aussi
Le Pentagone et la CIA ont désormais la haute main sur le dossier libanais


Pour mémoire

Frontières maritimes : le Liban devra attendre la réponse israélienne à ses propositions

Tracé des frontières : Aoun propose ses « idées » à Richard, Berry les endosse

Du nouveau dans le dossier des frontières maritimes...

À la une

Retour à la page "Liban"

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

MADAME NOUS A CHANTE PLUS TOT UN HYMNE DE VICTOIRE... DIVINE PARAIT-IL CAR IMAGINAIRE COMME A L,HABITUDE... DANS SES ENCENSEMENTS HABITUELS... POUR NOUS DIRE AUJOURD,HUI QUE LES CHOSES NE SONT PLUS COMME AVANT. LES ISRAELIENS QUI AVAIENT ACCEPTE TOUTES LES CONDITIONS DES NOTRES (?) ONT CHANGE D,AVIS ET REMIS LEUR DECISION A PLUS TARD, SURTOUT QU,ILS PARLENT DES FRONTIERES MARITIMES UNIQUEMENT ET D,UN ACCORD DE COMMENCER LES PROSPECTIONS TOUT EN REMETTANT LA NEGOCIATION A PLUS TARD.
COMME QUOI ENCENSER EST UN TORT.

LA VERITE

A force de toujours dire non aux propositions , les palestiniens ont perdu beacoup plus que si ils avaient dit oui en 1948 ou 1967
Le Liban pareil sur ce dossier
Ne crier pas victoire de si tot
Si Israel accepte un projet quelconque de limitation des frontieres cela incluera enfin une clause de desarmement de HB qui n'aura plus aucune raison de garder ses milices contre Israel qui n'occupera plus legalement aucun territoire Libanais

gaby sioufi

AH ZUT ALORS ! MAUVAISE NOUVELLE QUE CELA !

MOI QUI A CRU FERME AUX HURLUBERLUS QUI CRIERENT VICTOIRE & CHANTERENT LA GLOIRE DE AOUN BASSIL CPL HEZBOLLAH BAERRY HARIRI & CO
COMME QUOI LA REUSSITE DES POURPARLERS QUI AURAIENT FORCES BIBI A ACCEPTER LES CONDITIONS DU LIBAN GRACE A LEUR SAGESSE BLA BLA BLA....
AH MAIS ZUT ET ZUT ET ZUT !

PARTIE REMISE A LA ST GLIN GLIN DIT CE DECRYPTAGE !

Dernières infos

Les signatures du jour

Les + de l'OLJ

1/1

Le Journal en PDF

Les articles les plus

A WEEKLY EDITION CURATED AND
PERSONALIZED BY OUR EDITORIAL TEAM

SIGN UP TO OUR NEWSLETTER IN ENGLISH

More Info See Sample
x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.

L'Orient-Le Jour vous offre 5 articles

Nous sommes un journal indépendant, nous chérissons notre liberté qui découle de notre autonomie financière comme de nos principes éthiques. Votre soutien, cher lecteur, est plus que nécessaire pour pérenniser nos initiatives.

Je poursuis la lecture

4

articles restants