Liban

Accompagner plutôt que surveiller (2)

La psychanalyse, ni ange ni démon
13/06/2019

Nous avons vu, la dernière fois, l’importance d’accompagner un adolescent plutôt que de le surveiller. Nous pouvons considérer que c’est la fonction de tout adulte auprès d’un plus jeune dont il a la charge : enfant, élève, étudiant. Accompagner, c’est faire preuve de patience et attendre que l’apprentissage donne ses fruits. Le savoir est présent chez l’enfant, l’élève ou l’étudiant, l’adulte peut aider le jeune à en accoucher. Comme le faisait Socrate.

Pour nous faire une meilleure idée, imaginons un moniteur de marche en montagne qui a une dizaine d’élèves et qui vient de recevoir un débutant. Il laisse les autres se débrouiller seuls et s’occupe du nouveau qui est forcément à la traîne. Par crainte, il peut garder le débutant derrière lui et le regarder tout le temps. Le nouveau, par crainte de décevoir le moniteur, va essayer de ne pas faire d’erreurs. Or, à force d’être regardé, surveillé, il finira pas faire un mauvais pas. Pour ne plus être surveillé.

Le moniteur peut adopter une autre attitude : au lieu de regarder le débutant tout le temps, il marche devant lui et, de temps en temps, lui jette un coup d’œil par-dessus l’épaule. Si le débutant est en difficulté, il marche moins vite. S’il tombe, le moniteur s’arrête et lui donne la main pour se relever. Ainsi, le nouveau n’aura pas à agir en fonction de l’anxiété du moniteur, il agira en fonction de ce qu’il apprend.

Donald Woods Winnicott (1896-1971), pédiatre anglais puis psychanalyste célèbre, auteur d’une œuvre très riche, a observé chez l’enfant ce qu’il va appeler « la capacité à rester seul en présence de sa mère ». Il s’agit bien de présence et non de l’absence de la mère. L’enfant joue tranquillement à côté de sa mère qui est occupée par un travail quelconque. Sans qu’elle en comprenne la cause, la mère est envahie par l’angoisse. Elle va chercher un dérivatif en allant voir si son enfant va bien. L’enfant, qui ressent l’angoisse de sa mère, va fabriquer un symptôme plus ou moins grave afin de concrétiser cette dérivation. Il va tomber malade afin de « guérir » sa mère de son angoisse et empêcher sa propre angoisse d’apparaître.


« Otite de l’enfant, angoisse de la maman »
Depuis des dizaines d’années, cet adage clinique est bien connu du monde de la pédiatrie. Les pédiatres ont observé que dans beaucoup de cas, les otites des enfants étaient liées à l’angoisse de la mère, sans nécessairement comprendre pourquoi. Cela est rendu possible par le fait que longtemps, comme nous l’avons vu lors des derniers articles, l’enfant fait partie de l’espace psychique de sa mère. Il n’a aucune quelconque ébauche d’idée qu’il constitue une personne séparée de la mère. Il est sa mère. De ce fait, tout ce qui arrive à sa mère, il l’éprouve lui-même. Lorsque Winnicott parle de « capacité de l’enfant à rester seul en présence de sa mère », il parle de la maturation de l’enfant qui a fini par se séparer de sa mère, sans angoisse ni culpabilité. Dans le cas contraire, le lien fusionnel persiste entre eux et l’enfant ressent l’angoisse de la mère et fabrique une maladie pour donner à la mère une raison de s’inquiéter, et ne pas avoir à subir son angoisse.

Carlo Akatchérian, pédiatre, professeur de pédiatrie, longtemps chef de service de pédiatrie à l’Hôtel-Dieu de France, raconte que suite à l’assassinat de Rafic Hariri, et pendant quelques mois, il ne reçut aucun appel d’urgence. L’explication vint d’elle-même : les mères étaient scotchées à la télé, à l’affût des informations. Elles avaient trouvé une autre dérivation à leur angoisse, dont les enfants étaient auparavant la boîte de résonance.



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