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La Dernière

Deux pays, deux mesures

Positive Lebanese
07/06/2019

Hagop Jabrayan est aveugle depuis un accident de chasse alors qu’il n’avait que 14 ans. Hagop Jabrayan est aveugle et a élevé tout seul ses deux filles qui ont fait de hautes études. Hagop Jabrayan est aveugle et il est courageux. Il ne se plaint jamais. Il remercie Dieu de lui avoir donné un métier et les moyens de vivre de ses propres moyens. Rempailleur de son état, il a continué à travailler dans son atelier à Bourj Hammoud avec son associé, même quand on leur a coupé les aides.

Cet article devait raconter son histoire. L’histoire d’un handicapé extraordinaire dans un pays qui ne respecte rien. Ni ses citoyens, ni leur courage, ni leurs initiatives, ni leur résilience.

Après toutes ces années à côtoyer des ONG, à admirer leur travail, à essayer avec mes mots de raconter leur formidable volonté, à me nourrir de ces femmes et hommes extraordinaires qui essayent tous les jours d’aider, d’avancer et de se battre, à me sentir pousser des ailes après chaque rencontre, je ne peux en ces temps sombres que dénoncer cette décision criminelle d’allouer pour cette année un budget insuffisant pour les associations. Toutes ces associations sans lesquelles le Liban aurait sombré depuis longtemps. Sans elles, la dignité, l’honneur et la pudeur n’auront plus qu’à aller se noyer sous la mer de déchets. Sans elles, les centaines de milliers de handicapés n’auront plus aucune lumière pour les sortir de leur isolement. Sans elles, les vallées seront des poubelles, les côtes des dépotoirs, les forêts des décharges. Sans elles, les malades vont mourir et les mendiants envahir les rues. Sans elles, les femmes vont enterrer leurs droits et leurs espoirs ; sans elles, le Liban va devenir ce que beaucoup souhaitent qu’il devienne : une terre brûlée, pillée, et surtout silencieuse et docile.

Oui, on préfère museler les voix dissonantes. Celle du père Majdi qui aide tous ceux que l’État ne veut même pas voir. Iffat qui nettoie inlassablement les plages souillées par l’incompétence. Mayaline qui se bat pour éclairer les vies d’adultes que la vie n’a pas épargnés. Mona qui protège les tortues, espèces protégées partout sauf au Liban. Mohammad qui demande des espaces publics juste pour respirer. Paola et Maya qui redonnent leur dignité aux personnes âgées. Robert qui soigne les enfants en détresse. Et tant d’autres qui aident tant d’autres.

Alors oui, pourquoi aider les ONG à aider ? L’argent a vraiment d’autres urgences. Vraiment. Celles de détruire les montagnes, de construire des barrages partout, d’ajouter des voitures aux convois, d’installer des câbles de haute tension, d’implanter des incinérateurs meurtriers, de construire encore et encore des tours et des tours, de piller le sable des côtes, de grappiller les espaces publics, d’effacer l’histoire.

Le peuple ? Quel peuple ? Mais il a supporté les bombardements, les enlèvements, les pannes en tous genres, les vols licites, les invasions, les exils, les abris, les blessures, les morts, les humiliations, les blocages, les guerres, les barricades, les barrages, les taxes, les destructions. Il peut bien se débrouiller tout seul, le peuple. Il n’est pas exigeant le peuple. Il n’a pas besoin de toutes ces aides. Il faut surtout l’occuper à ramer pour qu’il oublie de se révolter. Dont acte. Hommes et femmes formidables de l’ombre, qui tentent d’adoucir, d’aider, de réparer, de ramasser, de nettoyer, de nourrir, de soigner, ne baissez pas les bras. C’est vous le Liban. C’est vous kelkon lil watan. Et si les enfants sourds de l’IRAP ont chanté l’hymne national en langage des signes, c’est parce que dans le cœur même du pays, et en silence, la vérité gronde.


*Positive Lebanon est un concept basé sur les initiatives concrètes de la société civile libanaise. Ces initiatives qui font que le pays tient encore debout. Mais derrière chaque initiative se tient un Libanais ou une Libanaise courageux, innovant, optimiste et plein d’amour pour son pays.



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UNE HISTOIRE PARMI DES MILLIERS D,AUTRES. SUR L,ATOLL LIBAN L,ESPOIR MEME S,EVAPORE.

Eddy

Bravo monsieur, mes respects.

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