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Liban

À Tannourine, le projet menaçant le jurd à nouveau programmé

Barrage de Balaa

Pour le président de la municipalité, une extraction de pierres de la surface de la montagne « ne diffère en rien d’une cueillette d’escargots rampant sur l’herbe ».

08/05/2019

La recherche d’un site d’extraction de pierres pour la construction du très controversé barrage de Balaa se poursuit comme une vieille ritournelle. L’année dernière, les habitants de Tannourine – et, avant eux, ceux de Aqoura – ont réussi à écarter le projet de carrière qui menaçait leur montagne. S’ils ont gagné la bataille il y a un an, il n’en demeure pas moins que la guerre contre la défiguration de leur nature n’est pas encore gagnée.

En juin 2018, les habitants de Tannourine ont été surpris d’apprendre qu’un contrat a été conclu entre la municipalité et la compagnie Moawad-Eddé, les promoteurs qui réalisent le barrage de Balaa, pour l’extraction des pierres de la montagne au profit de la construction de ce même barrage. Grâce à l’opposition des habitants à ce projet et à leur mobilisation contre sa réalisation, le conseil municipal était revenu sur sa décision et le projet de carrière dans le village avait été définitivement clos quelques jours après.

Après que les habitants de Aqoura et de Tannourine ont réussi à sauver in extremis leurs jurds de la défiguration, les promoteurs qui réalisent le barrage ont dû recourir à l’extraction de pierres de Aïn Dara (Aley) et de Bechtoudar, une localité du caza de Batroun. Selon le Comité écologique de Tannourine, la quantité et la nature géologique des pierres extraites de ces deux sites ne suffisent pas à la construction du barrage, et c’est pour cela que les jurds de Tannourine et des villages voisins sont à nouveau visés.

Selon une source bien informée, les présidents des conseils municipaux de Tannourine, Chatine, Douma et Aqoura ont été convoqués à une réunion au ministère de l’Énergie dans l’objectif de discuter des moyens de convaincre les habitants d’autoriser l’extraction des pierres de leurs montagnes. Toujours selon la même source, le chef du Courant patriotique libre, Gebran Bassil, serait déterminé à mener jusqu’au bout la construction de ce barrage.


(Pour mémoire : Paul Abi Rached à « L’OLJ » : Les décisions sur les carrières constituent une violation flagrante de la loi)


Un édifice controversé

Contacté par L’OLJ, Fadi Saad, député de Batroun et membre du bloc parlementaire des Forces libanaises, remet en question l’utilité et l’efficacité du barrage de Balaa et des autres barrages dont le coût de construction et l’impact néfaste sur l’environnement sont très élevés. Pour M. Saad, il est illogique de détruire un ou plusieurs réservoirs d’eau naturels pour produire de l’eau sur les surfaces nécessitant un filtrage. « Le site du barrage de Balaa est en particulier très controversé, affirme-t-il. Alors que plusieurs experts ont confirmé l’impossibilité de résoudre les problèmes d’étanchéité résultant des gouffres qui s’y trouvent, l’on s’entête à vouloir construire le barrage sur ce site. » « Ce n’est qu’après avoir entamé les travaux de construction du barrage que ses initiateurs ont été “surpris” de découvrir les gouffres qu’ils essayent aujourd’hui de boucher en les remplissant de béton », déplore M. Saad, qualifiant cette procédure de crime écologique.

Réagissant sur Twitter, l’ancien ministre et député Boutros Harb a critiqué, sans le nommer, le CPL : « Je ne comprends pas pourquoi ils insistent pour défigurer notre environnement après que les habitants de Tannourine et son conseil municipal ont refusé qu’on touche à leurs montagnes et à leurs pierres. Comment certaines parties arrivent-elles à concilier entre les slogans qu’elles lancent en faveur de la protection de l’environnement au sein du gouvernement d’une part et leur pression exercée dans le but de défigurer la nature de Tannourine d’autre part ? La décision revient aux habitants de Tannourine et à eux seuls, personne ne les mandate, parce que nos pierres et notre volonté sont plus solides que leurs intérêts. »

Joint au téléphone par L’OLJ, M. Harb assure que la majorité écrasante des habitants et des membres du conseil municipal de Tannourine s’opposent à ce projet. Il met en garde contre un recours à des prérogatives exceptionnelles que détiennent certaines parties du fait de leur pouvoir politique et étatique, telles que l’expropriation des terrains visés par le projet de sorte que l’aval du conseil municipal ne serait plus requis pour l’ouverture de la carrière.


(Pour mémoire : À Tannourine, les opposants plus que jamais déterminés à faire face au projet de carrières)



Un projet de carrière camouflé ?

« Nous n’avons pas envisagé un projet de carrière dans le village de Tannourine dans le passé et nous ne permettrons jamais la réalisation d’un tel projet », assure le président de la municipalité de Tannourine, Bahaa Harb, dont le mandat de trois ans arrivera à son terme le 29 mai courant, conformément à un accord conclu lors des dernières élections municipales. Selon lui, il a toujours été question d’« extraction de pierres de la surface », et non pas de carrière. « Il n’y aura jamais de carrière à Tannourine, mais uniquement une extraction superficielle de pierres au cas où les habitants seraient d’accord », martèle-t-il, ajoutant : « Pour comprendre ce que représente l’extraction superficielle de pierres, il faut imaginer une cueillette d’escargots rampant sur la surface de l’herbe. » Le directeur des ressources hydrauliques au ministère de l’Énergie et de l’Eau, Fadi Comair, donnera bientôt une conférence à Tannourine pour expliquer la procédure aux habitants. Pourquoi rediscuter avec les habitants du village d’un projet qu’ils ont déjà refusé ? « L’année dernière, le projet était envisagé sans aucune étude d’impact environnemental et sans rien expliquer aux habitants », avoue le président de la municipalité, avant de poursuivre : « Cette année, ce sera différent. » « Si l’on s’en tient à la définition de la carrière, qui est un lieu d’extraction de matériaux de construction tels que la pierre ou le sable, cette extraction se fait souvent sous divers titres, tels que la “bonification de terrains”, le “déplacement de stocks” ou l’“ouverture d’une route” », rétorque M. Saad, avant de poursuivre : « S’il leur faut des pierres pour boucher les gouffres qui se trouvent sur le site et pour mener à son terme la construction du barrage, qu’ils aillent les récupérer d’une carrière déjà ouverte. »

Bien qu’il insiste sur la nécessité de clore ce projet puisque sa construction est déjà entamée, le député FL rejette catégoriquement la décision de remédier à une grave erreur géologique qu’est le barrage de Balaa par une autre erreur, encore plus grave selon lui, qui est celle de la défiguration de la nature des régions avoisinantes. « Nous n’autoriserons jamais la défiguration des jurds de Tannourine, de Aqoura, de Douma, de Bchatine ou de n’importe quel autre village », insiste-t-il.

« La construction du barrage de Balaa est la mère de tous les vices », martèle un membre du Comité écologique de Tannourine ayant requis l’anonymat. Et de poursuivre : « Nous n’avons jamais voulu ce barrage, en premier lieu parce qu’il est voué à l’échec total puisqu’il ne pourra pas emmagasiner l’eau à cause des gouffres qui s’y trouvent. » Répondant aux propos tenus par le président de la municipalité, il souligne que l’extraction « superficielle » des pierres ne servira pas à la construction du barrage. « C’est à partir de deux mètres de profondeur que se trouvent les rochers qui correspondent aux travaux de construction. C’est un projet de carrière camouflé », affirme-t-il. « De toute façon, nous ne faisons pas confiance à ceux qui sont impliqués dans la construction de ce barrage parce que si ce projet avait été bien étudié, il aurait été réalisé depuis pas mal de temps, ajoute-t-il. Nous nous sommes opposés à ce projet l’année dernière et nous avons réussi à l’écarter. Cette année, nous sommes beaucoup plus fermes. Nous tenons à rappeler à tous ceux qui tiennent à ce projet que nous sommes prêts à verser un seau de sang contre chaque pierre extraite de nos montagnes. »


Pour mémoire

À Tannourine, un rassemblement pour dire non aux carrières

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Irene Said

Nous avons la chance d'avoir des fleuves et des rivières...que nos chers voisins du Sud aimeraient bien posséder...et on peut être certains qu'ils sauraient en exploiter chaque goutte d'eau avec intelligence et efficacité et sans détruire ces beaux paysages !

Mais chez nous, on y jette ses déchets, tout simplement, sans être inquiété !

Nous avons des montagnes et valées superbes que tous nos voisins proches ou plus lointains nous envient !

Mais certains de nos responsables corrompus, insatiables et irresponsables décident d'y construire...des barrages, sans se préoccuper qu'ils vont défigurer notre beau pays, uniquement pour pouvoir, encore, se remplir leurs poches qui semblent sans fond...

Dites, ces responsables, sont-ils libanais ?
Irène Saïd

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

DES BARGES TURQUES AUX PROJETS DU JURD ET AUTRES !

Irene Said

"...le chef du CPL Gebran Bassil serait déterminé à mener jusqu'au bout la construction du barrage..."

Pourquoi...combien de dollars va-t-il pouvoir se mettre dans ses poches ?

N'est-il pas parmi ceux qui se vantent le plus bruyament de vouloir lutter contre la corruption ?

Irène Saïd

LA VERITE

la seule question qu'on doit se poser

QUI TOUCHENT ET COMBIEN ILS TOUCHENT POUR FAIRE PARVENIR A BON FIN CE PROJET

Apres tout nous sommes au Liban dans un gouvernement fort ou tous les jours on denonce les escroqueries et les malvertions et ou AUCUNE PERSONNE DE HAUT RANG N'A ENCORE ETE ARRETTE OU MEME MIS EN EXAMEN

SI LE SCANDALE DE L'UNIVERSITE LIBANAISE EST VRAI TEL QUE DENONCE PAR MTV
JE CROIRAI QUE LE LIBAN SERA DEVENU FORT LE JOUR OU TOUS LES EX PRESIDENTS DE L'UNIVERSITE ET DE LA SECURITE SOCIALE DEPUIS 2005 AURONT ETE ARRETTE , JUGES COUPABLES ET MIS EN PRISON
AVANT CELA GARDER VOS SLOGANS A VOUS MEME SI IL Y AURA ENCORE DES ABRUTIS POUR VOUS ELIRENT ENCORE UNE FOIS

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