X

Liban

Après Akoura, le projet de carrières menace Tannourine...

Barrage de Balaa
14/06/2018

Le projet de carrières qui menaçait – et continue peut-être de menacer – le jurd de Akoura n’est pas encore totalement écarté. Il s’est uniquement déplacé d’une région à une autre avoisinante. Aujourd’hui, c’est au tour des habitants de Tannourine de mener leur bataille contre l’exploitation de leur montagne. En début de semaine, ils ont été surpris d’apprendre qu’un contrat a été conclu entre la municipalité et la compagnie Moawad-Eddé, les promoteurs qui réalisent le barrage de Balaa, pour l’extraction des pierres de la montagne au profit de la construction de ce même barrage. Les habitants du village doivent organiser ce matin, à 10h, un sit-in sur la place de Tannourine pour exprimer leur refus catégorique de la réalisation de ce projet.

Les carrières à Tannourine
 « Il est quand même un peu surprenant de voir un conseil municipal qui, de surcroît, brandit le slogan du “village écologique” voter pour un projet de carrières qui détruira son propre jurd », s’indigne Ziad Tarabey, un habitant de Balaa qui s’oppose à ce projet. « Les habitants de Balaa vivent un dilemme. Ils veulent, plus que tout le monde, que les travaux du barrage prennent fin après quatre longues et interminables années, mais ils ne sont pas prêts à payer le prix cher et à sacrifier leur montagne », ajoute-t-il.

 « Ces montagnes, on en a payé le prix du sang et nous ne les vendrons pas pour une somme d’argent », martèle Youssef Fadel, habitant de Tannourine et porte-parole du groupe d’opposition contre ce projet. « Ce n’est qu’après le tollé créé par le projet qui menaçait le jurd de Akoura que nous avons appris qu’un projet similaire a été concocté pour Tannourine. Nous savons dès maintenant que ceux qui soutiennent et défendent ce projet nous accuseront de mobilisation pour des raisons politiques. Ils suscitent toujours cette polémique pour nous distraire du but principal et faire passer leur projet entre-temps. Notre combat est purement environnemental et ce projet ne passera pas », affirme-t-il, catégorique. Et de conclure : « Le jurd de Akoura, Tannourine et Becharré est le seul espace de tout l’Anti-Liban qui n’est pas encore tombé victime des carrières. »


(Lire aussi : Projet de carrière ? La polémique s’envenime à Akoura...)


Interrogé par L’Orient-Le Jour, le président du conseil municipal de Tannourine, Bahaa Harb, assure tout d’abord qu’« il ne s’agit pas de carrières mais d’un projet d’extraction de pierres qui ne vise qu’une surface limitée du jurd, à savoir 300 000 mètres cubes ». Contrairement à ce que les activistes de la région assurent, M. Harb a démenti les informations selon lesquelles ce même projet a été rejeté, à deux reprises, par le conseil municipal avant qu’il ne finisse par l’approuver. « C’est la première fois qu’on nous propose ce projet, indique-t-il. Nous l’avons étudié en long et en large pendant un an avant d’accepter sa réalisation. Il ne s’agit aucunement de carrières, l’extraction des pierres n’atteindra pas les deux mètres de profondeur et n’affectera donc en rien les nappes souterraines qui s’y trouvent », insiste M. Harb.
Interrogé sur l’étude d’impact sur l’environnement, le président de la municipalité assure que celle-ci a été faite et que le projet est parfaitement légal et respecte toutes les lois sur l’environnement. M. Harb s’est montré particulièrement soucieux du devenir du jurd en s’interrogeant : « Il serait dommage de laisser un espace de 50 millions de mètres cubes du jurd de Tannourine non exploité. » Est-ce en extrayant ces pierres que la municipalité profite de cet espace sauvage ? « Pas uniquement. Selon une étude menée par l’Université de Balamand, nous avons découvert que cet espace pourrait également être cultivé par les agriculteurs », répond-il avec calme et sérénité.
 « Toute cette histoire d’opposition n’est en effet qu’un bras de fer entre l’ancien député Boutros Harb et le ministre des Affaires étrangères Gebran Bassil. Elle n’a rien à voir avec l’environnement et tous ceux qui manifesteront demain sont des sympathisants de M. Harb », conclut-il.

Après avoir tiré la sonnette d’alarme en ce qui concerne le jurd de Akoura, Paul Abi Rached, fondateur de l’association Terre-Liban et du Mouvement écologique libanais (LEM), se mobilise une nouvelle fois pour sauver le jurd de Tannourine. « Comment le président de la municipalité de Tannourine fait-il la différence entre une carrière et l’action d’extraire des pierres ? » s’indigne-t-il, avant de poursuivre : « Par définition, la carrière consiste, en soi, en l’extraction des pierres d’une montagne ou d’une colline ! »
Au sujet de la profondeur de l’extraction évoquée par M. Harb, M. Abi Rached donne l’exemple du torrent de boue qui s’est abattu hier sur Ras Baalbeck. « Le seul fait de toucher aux couches superficielles de la terre affecte la biodiversité, ce qui fait que la terre n’absorbe plus l’eau de pluie qui, par conséquent, sera charriée dans les villages avoisinants », met-il en garde. 





Le barrage de Balaa
Actuellement, les jurds de plusieurs régions libanaises se trouvent menacés par les projets de carrières rien que pour la construction du barrage de Balaa. Ce projet controversé vaut-il la peine de détruire le dernier espace vierge de l’Anti-Liban ? « Il est absolument illogique de détruire un ou plusieurs réservoirs d’eau naturels pour en construire un qui est artificiel, et qui, de plus, est voué à l’échec total », assure la géographe Jeannine Sawma. « Les jurds de Tannourine et de Laklouk sont très riches en eau et sont d’une beauté sans égal, de sorte qu’il est dommage qu’on n’en fasse pas une réserve naturelle », poursuit-elle.

De son côté, l’hydrogéologue Wilson Rizk met en garde contre deux crimes contre l’environnement : « Le premier se rapporte aux carrières qui massacrent la montagne libanaise jusqu’à transformer le Liban en un désert, et le second se rapporte aux barrages d’eau, plus particulièrement celui de Balaa. » « Le barrage de Balaa est une erreur géologique grave. Il ne pourra pas emmagasiner l’eau à cause des gouffres qui s’y trouvent et il sera impossible de résoudre les problèmes d’étanchéité. En pensant au barrage de Balaa, il faut imaginer une personne en train d’amasser de l’eau dans un tamis », conclut-il.

M. Abi Rached lance un dernier appel : « Non seulement il faut annuler le projet de carrières à Tannourine, mais il ne faut plus faire le moindre effort ou dépenser le moindre sou pour tenter de remédier à un projet qui porte, en lui-même, les germes de son propre échec. »


Voir aussi notre dossier spécial
Les carrières, ces plaies indélébiles dans le paysage libanais

Pour mémoire
La politique de l’autruche dans la tragédie des carrières sauvages

Khatib à « L’OLJ » : La réglementation des carrières ne fait pas de doute

Samir Zaatiti, hydrogéologue : Vendre le sable de mer ? Nous allons détruire notre façade maritime...

Journée de l’environnement : de l’action plutôt que du folklore !

À la une

Retour à la page "Liban"

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

Irene Said

Faut pas vous en faire, chers compatriotes libanais !
Le jour où le Liban sera devenu inhabitable de par la faute de certains de ses responsables, vous aurez la possibilité de déménager à Chypre !
Il vous suffit pour cela de vous informer auprès des agences qui s'occupent déjà de vous vendre terrains et biens immoblier sur cette île paradisiaque. Et en plus, elle ressemble pas mal à notre Liban...
Quant à ceux qui n'ont pas assez de sous pour cela, certains responsables du "Liban nouveau" se feront un devoir sacré de vous aider...car des sous, ils en ont plein les poches...remplies justement par leur dévouement à l'environnement !
Irène Saïd

Le Faucon Pèlerin

Depuis que j'ai appris que le ministre de l'Environnement, Tareq el-Khatib, est un partisan et membre du CPL, membre de la part attribuée (???) au Président au gouvernement, j'ai compris tout ce qui se passe dans la création des carrières dévastatrices à Tannourine, à Aqoura... le but est de détruire la nature des régions hostiles au CPL hégémonique. Tfeh !

gaby sioufi

MAIS OU EST DONC ORNICAR ?
desole je pensais a l'absence et silence radio de notre fier ministre de l'environnement, a qui le salaire est paye pour seulement qu'il s'attaque aux kataeb et les FL...(- intelligemment ou pas , peu importe - )

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

IL FAUT Y METTRE DE L'ORDRE !

Dernières infos

Les signatures du jour

Décryptage de Scarlett HADDAD

Janvier 2016-novembre 2018 : tourner les pages de la guerre...

Les + de l'OLJ

1/1

Les articles les plus

x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.

6

articles restants

Pour déchiffrer un Orient compliqué