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Le Met Gala célèbre l’esthétique « camp »

La Mode

Le gala du Met, célébration annuelle qui annonce le thème de l’exposition de mode de l’Institut du costume au Metropolitan Museum of Art de New York, était placé cette année sous le signe de la culture et de l’esthétique « camp ». Qu’on ne s’y méprenne pas, il ne s’agissait ni d’uniformes scouts, ni de feu de camp, ni de guitares, ni de veillées sous les étoiles, encore que les étoiles n’aient pas manqué de briller ce 6 mai autour du tapis rouge le plus photographié de la saison.

08/05/2019

Depuis sa création en 1948 par la journaliste de mode Eleanor Lambert dans le but de collecter des fonds pour le tout débutant Institut du costume, le Met Gala, relancé par la rédactrice en chef de Vogue Diana Vreeland en 1972 puis par Anna Wintour en 1995, rivalise en glamour et en extravagance avec les plus grands événements hollywoodiens. Chaque année, les personnalités les plus prestigieuses du monde de l’art et de la mode s’offrent une montée des marches des plus spectaculaires, chacune ayant préparé dans la plus grande confidentialité un costume en cohérence avec le thème de la nouvelle exposition du Costume Institute. En 2011, ce fut « Savage Beauty », autour de l’œuvre d’Alexander McQueen. En 2012, une « Impossible Conversation » entre Prada et Schiaparelli. En 2013, une ré-exploration de la culture punk. En 2014, un hommage à Charles James. En 2015, « China: through the Looking Glass » mettait en avant l’influence de la Chine sur la mode moderne et contemporaine. En 2016, « Manus x Machina » soulignait l’apport de la technologie au vêtement. En 2017, l’exposition était consacrée à Rei Kawakubo. En 2018, « Heavenly Bodies » explorait l’effet de l’imaginaire et de l’apparat catholique sur la mode… Et nous voici en 2019 pour une célébration de l’esthétique « camp » telle que décrite par la sociologue et activiste Susan Sontag dans son article « Camp: fashion notes » (1964).


Plutôt Cocteau que Gide

Il ne s’agit donc pas de camper, mais de « camper ». En clair : prendre la pose ou habiter un autre personnage. La culture camp, éminemment propre à la communauté gay masculine, est faite de guillemets. Mettez des guillemets à n’importe quoi, et vous obtenez une autre lecture, une vision alternative, un autre regard sur la chose, fût-elle votre propre nom. Un « chien » n’est pas un chien. Un « père » n’est pas un père. Ainsi de suite. Ce sens de la dérision, de la légèreté joyeuse, de l’excentricité dans l’excès s’est développé dès le XIXe siècle jusqu’à devenir une sous-culture dont l’influence se ramifie tant dans la mode que dans l’art contemporain. Dans l’étude qu’en livre Susan Sontag en 58 notes on peut notamment lire :

- « Camp » est un certain modèle d’esthétisme. C’est une façon de voir le monde comme un phénomène esthétique. Dans ce sens – celui du « camp » –, l’idéal ne sera pas la beauté ; mais un certain degré d’artifice, de stylisation.

– (…) ainsi sera « camp » la personnalité et la plupart des ouvrages de Jean Cocteau, mais pas ceux d’André Gide ; les opéras de Richard Strauss, mais pas ceux de Wagner ; les mélanges conçus à Liverpool et Tin Pan Alley, mais pas le jazz. D’un point de vue sérieux, de nombreux exemples de « camp » sont soit des œuvres ratées, soit des fumisteries. Pas tous néanmoins. Ce qui est « camp » n’est pas nécessairement l’œuvre ratée, l’art à son niveau inférieur, mais certaines formes d’art gagnent à être vues sous l’angle du « camp » – les meilleurs films de Louis Feuillade, par exemple, qui méritent très sérieusement admirés.

– La marque distinctive du « camp », c’est l’esprit d’extravagance. (…) Le « camp », c’est souvent la marque du démesuré dans l’ambition de l’artiste, et pas simplement dans le style même de l’œuvre.

– La première forme de sensibilité, celle de la grande culture, se fonde solidement sur la morale. La deuxième, sensibilité de l’excès, qui inspire souvent l’art « d’avant-garde » contemporain, tire avantage d’une perpétuelle tension entre l’esthétique et la morale. La troisième, le « camp », n’a que des préoccupations esthétiques.

Enfin, dans l’une de ses dernières notes, Sontag souligne qu’« il y a de l’amour dans le goût “camp”, de l’amour de la nature humaine ».


Les plus « camp »

Amour et extravagance étaient donc les maîtres mots de cette soirée délirante dont les hôtes étaient la pop star Lady Gaga, le directeur artistique de Gucci Alessandro Michele, le chanteur Harry Styles et la championne de tennis Serena Williams. Pour l’occasion, Lady Gaga avait gravi l’escalier rouge entourée de murs en plumes roses et de milliers de roses roses en s’effeuillant littéralement, Brandon Maxwell ayant conçu pour elle à cette occasion quatre tenues superposées dont la dernière est un superbe ensemble de lingerie qui la montrait « élégamment » (au sens « camp » donc) dévêtue sur la dernière marche. Parmi les tenues les plus remarquées, la robe moulante de Kim Kardashian imitant une contemporaine Vénus sortant des eaux avec des gouttelettes de cristal imitant les embruns, la robe fleurie en 3D de Serena Williams par Versace, la robe chandelier de Katy Perry par Moschino, l’inspiration paon blanc de la tenue de Céline Dion par Oscar de la Renta, la combinaison plumes et le maquillage d’oiseau de Gigi Hadid par Michael Kors. La médaille de l’étrange revenait à l’acteur et musicien Ezra Miller habillé par Burberry, plusieurs yeux dessinés sur le visage, ainsi qu’à Jared Leto, en Gucci, portant sous le bras une réplique de sa propre tête, en référence au dernier défilé d’Alessandro Michele.


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