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La croisière Christian Dior 2020 au Maroc

La Mode

Le 29 avril, Christian Dior entraînait le ban et l’arrière-ban des people, acheteurs et médias à Marrakech où, dans la cour immense du palais de la Bahia transformée par des myriades de flammes en mirage nocturne, défilait, sur les rythmes d’un ensemble traditionnel, la collection croisière 2020 qui célébrait l’Afrique, ses talents, ses légendes et ses femmes.

01/05/2019

Une pointe de féminisme et de solidarité féminine, une touche de mondialisme, une main tendue au savoir-faire africain, des collaborations avec de grands artistes locaux et de prodigieux Millenials et même une anthropologue, des évocations littéraires, une célébration du wax, technique d’impression textile iconique de l’Afrique, et un événement au Maroc qui ramène Yves Saint Laurent « à la maison », lui qui y a fait ses débuts. Sous la direction artistique de Maria Grazzia Chiuri, la croisière Dior 2020 est une belle et brillante réponse aux préoccupations de notre temps ainsi qu’une généreuse ouverture aux jeunes et aux talentueux artisans d’un continent défavorisé. « Avec la culture, on apprend à vivre ensemble ; on apprend surtout que nous ne sommes pas seuls au monde, qu’il existe d’autres peuples avec d’autres traditions, d’autres façons de vivre, et qu’elles sont aussi valables que les nôtres. » C’est entre autres sous cette citation de Tahar Ben Jelloun que s’inscrit l’inspiration de la collection croisière 2020 de Christian Dior. Maria Grazia Chiuri a toujours eu à cœur de nouer des échanges créatifs avec les cultures africaines. Elle souhaitait dialoguer notamment avec le territoire et l’imaginaire du Maroc, point de rencontre entre la Méditerranée, l’Europe et l’Afrique, et destination rêvée des artistes, poètes, écrivains et éternels aventuriers. Présenter la collection croisière 2020 à Marrakech est pour elle une manière de se laisser guider par la mémoire de la maison et du premier successeur de Christian Dior, Yves Saint Laurent, natif d’Oran, fasciné par le Maroc.


Le « wax », projection d’une mémoire collective

Cette collection est une mappemonde reliant les images et les ambiances qui, sur cette rive de la Méditerranée, ont façonné notre culture visuelle. Son inspiration initiale, véritable étendard, est le wax. L’anthropologue Anne Grosfilley explore son origine plurielle et son évolution. L’histoire incroyable de ce tissu se déploie tel un arbre généalogique, un voyage entre l’Europe et l’Asie se prolongeant en Afrique. Le wax célèbre et fédère la diversité ; il est le tissu de la rencontre des cultures. Maria Grazia Chiuri a ainsi collaboré avec l’usine et le studio d’Uniwax (en Côte d’Ivoire) pour réinterpréter les codes Dior en les intégrant à la trame du tissu, dans une édition spéciale. C’est ainsi que de nouvelles toiles de Jouy revisitées par le wax voient le jour, déclinant différents paysages ou réinventant les motifs des tarots. Le tailleur Bar, comme l’ensemble des pièces, exalte la puissance de la mode, langage inclusif et transnational.

Les archives Dior témoignent de la fascination de la maison pour l’Afrique, à l’image de la silhouette Jungle de Marc Bohan ou d’un foulard imprimé d’un lion africain qui a donné vie à tout un bestiaire de la savane. Les impressions sur chaîne, les jacquards et les fils coupés déploient des paysages qui ont inspiré des auteurs comme Albert Camus, Paul Bowles, Alberto Moravia ou encore Bernardo Bertolucci. À la croisée des chemins entre culture et sentiments, Maria Grazia Chiuri souligne la puissance de la nature. Cette évocation se ponctue de soie écrue, de gaze de soie et de shantung qui, dans des teintes sablées, bleu indigo ou ocre rouge brûlé, viennent rehausser des manteaux et des tailleurs, des jupes plissées ou des pantalons.

Par ses dialogues culturels, cette collection croisière condense différentes réalités et temporalités. La mode est un maillage unique, inspiré d’innombrables lieux et époques, qui donne naissance à une nouvelle vision. Par cet acte magique, Maria Grazia Chiuri projette une mémoire collective, territoire commun ouvert à tous les possibles.


Un dialogue artistique polyphonique

Maria Grazia Chiuri a pensé cette collection comme une cartographie des imaginaires et des sentiments. Elle révèle, à travers les traditions, lieux, cultures et savoir-faire, combien les techniques, les gestes et les images appartiennent à un patrimoine collectif. Cette carte s’enrichit et s’anime au fil des différentes collaborations créatives qui alimentent le projet de Maria Grazia Chiuri et subliment les codes Dior, tel un dialogue artistique polyphonique.

La collaboration avec Uniwax a été essentielle pour donner vie aux tissus empreints des imaginaires de Dior et de l’Afrique. Fondée à Abidjan, elle est l’une des dernières usines à fabriquer des tissus wax de façon traditionnelle, en mécanisant des techniques artisanales. Uniwax défend la créativité africaine et son patrimoine culturel. C’est aujourd’hui l’une des rares entreprises à soutenir et à produire des articles de mode africaine. Comme le veut la tradition, les lisérés des tissus créés pour Dior portent l’inscription de leur origine : Édition Spéciale Christian Dior – Uniwax.

Pathé Ouédraogo – dit Pathé’O – est l’un des plus grands stylistes africains. Il défend par son travail une mode entièrement made in Africa. Sa fierté identitaire, conjuguée à la volonté de Nelson Mandela d’incarner une identité africaine forte et progressiste, a donné lieu à une union entre sa marque et le président sud-africain. Ses chemises aux imprimés de couleurs vives, emblématiques, sont devenues des symboles du continent africain et de sa diversité culturelle. C’est à ce créateur que Maria Grazia Chiuri a confié la confection d’une chemise, une pièce exclusive à travers laquelle Pathé’O rend hommage à Nelson Mandela.


Le regard neuf des Millenials et l’œil averti de l’anthropologue

Maria Grazia Chiuri a également souhaité collaborer avec Grace Wales Bonner et Mickalene Thomas, pour réinterpréter, à travers leur regard créatif, l’icône du New Look, composée de la veste Bar et d’une jupe. Stephen Jones, le chapelier de Dior, a, quant à lui, imaginé plusieurs coiffes.

Grace Wales Bonner est une styliste née à Londres, de mère britannique et de père jamaïcain, diplômée de la Central Saint Martins. Elle a remporté le prix LVMH en 2016. Son travail explore sa propre identité à travers sa conception du tailoring et ses références, entre masculinité et féminité. Les cultures africaines sont souvent explorées dans ses créations : sa collection de fin d’études s’intitulait Afrique. En 2019, elle signe l’exposition Grace Wales Bonner : A Time for New Dreams à la Serpentine Gallery, à Londres, autour du rituel, de la spiritualité et de la magie de l’Atlantique noir.

Mickalene Thomas est une artiste afro-américaine. Son travail rend hommage à la féminité plurielle et à la diversité en s’inspirant principalement de sa mère, mannequin dans les années 1970. Mickalene Thomas fait référence aux grands peintres européens, d’Ingres à Manet, et crée des collages colorés qui questionnent les normes sociales et les définitions préconçues de la beauté féminine. Mickalene Thomas a également collaboré avec la maison Dior pour l’édition Dior Lady Art 2018. Stephen Jones, le chapelier de Dior, a travaillé, pour cette collection, avec deux créatrices, Martine Henry et Daniella Osemadewa, pour confectionner des turbans et des coiffes. Ils se concentrent en particulier sur l’art spectaculaire du drapé.

La chercheuse et anthropologue (spécialisée dans le textile et la mode en Afrique) Anne Grosfilley est la spécialiste mondiale des tissus wax. Son livre, Wax & Co, se présente comme un arbre généalogique. Ses recherches révèlent l’origine plurielle et l’évolution perpétuelle du wax, fruit d’une longue histoire entre l’Europe, l’Asie et l’Afrique, le wax étant avant tout le tissu de la rencontre des cultures.


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