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Soudan : les implications régionales d'une crise à l'issue incertaine

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 "Si le Soudan sombrait dans le chaos, l'instabilité pourrait déborder ses frontières", prévient International Crisis Group.

OLJ/AFP
16/04/2019

Déchiré par des décennies de conflits, entouré de voisins instables, le Soudan est au cœur d'un écheveau régional et international inflammable, aussi l'issue encore incertaine de la transition en cours est-elle scrutée avec attention.

Le Soudan d'Omar el-Bachir a joué un rôle actif et venimeux dans les conflits qui secouent cette région du nord-est de l'Afrique, où prolifèrent les groupes armés. "Si le Soudan sombrait dans le chaos, l'instabilité pourrait déborder ses frontières", prévient International Crisis Group dans un rapport vendredi.


(Lire aussi : Au Soudan, les militaires pressés de toutes parts d'instaurer un gouvernement civil)


CONFLITS SOUDANAIS

"Les guerres civiles au Soudan ont commencé il y a trois décennies et ne sont pas vraiment terminées", rappelle le chercheur Edward Thomas sur le blog Diwan du Carnegie Middle east Center.
Notamment au Darfour (ouest), où un sanglant conflit entre rebelles de minorités ethniques et forces soudanaises et milices à la solde de Khartoum a fait plus de 300.000 morts depuis 2003.

Le gros des rebelles darfouris est actuellement en Libye, aux côtés du maréchal Haftar, mais "ils pourraient être tentés par un retour au Soudan pour rappeler que le Darfour, dont la question n'a pas été réglée et où la répression continue, doit être pris en compte", selon le chercheur Jérôme Tubiana, spécialiste du Soudan.

Le Soudan du Sud, indépendant depuis 2011 mais qui a déjà connu des années de sanglante guerre civile, pourrait aussi subir le contrecoup de l'incertitude à Khartoum, garant du fragile accord de paix signé en septembre dernier.

Khartoum "nous a aidés à conclure cet accord de paix et nous espérons que le nouveau système fera aussi en sorte qu'il soit mis en œuvre", a alerté la semaine dernière le chef rebelle sud-soudanais Riek Machar.




 TCHAD

Pendant près d'une décennie, Soudan et Tchad se sont menés une guerre par procuration, en accueillant, armant et soutenant leurs groupes rebelles respectifs. Khartoum et N'Djamena ont signé un accord en 2010 mais "il peut y avoir des craintes sur une déstabilisation du Tchad", selon M. Tubiana.

Mohammad Hamdan Daglo, dit "Himeidti", nommé au conseil militaire transitoire qui tient désormais les rênes du pays, est aussi le patron de la force paramilitaire Rapid Support Forces (RSF) - des dizaines de milliers d'hommes tristement connus pour leurs exactions au Darfour.

Or, "les RSF ont intégré plusieurs centaines de jeunes arabes tchadiens au chômage ou d'anciens rebelles tchadiens. Si Himeidti, lui même d'origine tchadienne, renforce suffisamment son pouvoir, il pourra être tenté d'organiser une déstabilisation du Tchad. Ca peut être très violent, compte tenu des méthodes extrêmement brutales des RSF. Il y a déjà des tensions dans l'est du Tchad et dans les zones d'orpaillage", explique M. Tubiana.

"Les RSF sont surarmés et extrêmement dangereux. Ils pourraient aussi exporter leur violence en Libye, en Centrafrique", ajoute-t-il.



(Lire aussi : Riyad et Abou Dhabi craignent le chaos au Soudan et une contagion)


EGYPTE, ARABIE SAOUDITE, EMIRATS

Voisine du Soudan, l'Egypte, qui a connu son "printemps arabe" en 2011 et a été violemment reprise en main en 2013 par les militaires, regarde avec attention les événements à Khartoum.

"Le Caire a peur d'une insécurité qui durerait longtemps au Soudan", estime un autre spécialiste de la région, Roland Marchal, mais "n'est pas fâché dès lors que l'artillerie lourde est sortie contre l'islam politique". "Pour Le Caire, l'ennemi c'est les Frères musulmans. Si on leur propose un pouvoir militaire et pro-arabe, ça leur va. Que ce pouvoir soit milicien, violent, n'est pas leur problème, du moment que Khartoum ne soutient pas les frères musulmans égyptiens", renchérit M. Tubiana.

Quant à l'Arabie Saoudite et aux Emirats, leurs rapports sont bien meilleurs avec le Soudan depuis que ce dernier a envoyé des forces militaires au Yémen pour appuyer la coalition de Riyad en guerre depuis 2015 contre les rebelles houthis. Ils ont à cette occasion été en contact avec le général Abdel Fattah al-Burhane et Himeidti, les deux nouveaux hommes forts du Soudan.



(Lire aussi : Militaire respecté mais inconnu du public, Abdel Fattah al-Burhane nouveau dirigeant du Soudan)


USA ET UE

Les Etats-Unis ont coopéré avec le Soudan de Bachir au nom de la lutte contre le terrorisme, l'Union européenne pour lutter contre l'immigration.

Samedi, le chargé d'affaires américain a rencontré Himeidti. "Les Etats-Unis vont-ils aller jusqu'à pactiser avec lui ?" se demande M. Tubiana. "L'UE est carrément silencieuse. Elle s'était engagée très loin dans la coopération avec Khartoum pour lutter contre l'immigration", rappelle-t-il.

"Les pays européens qui avaient fait campagne pour que Bachir soit jugé (il a été inculpé par la Cour pénale internationale en 2009 pour les crimes commis au Darfour) ne sont plus très intéressés par les droits de l'Homme au Soudan", déplore Edward Thomas. "C'est le moment de faire pression. Il y a une fenêtre pour la démocratisation et la justice", estime M. Tubiana.



Repère
Trente ans sous le régime d'Omar el-Bachir


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