Spécial Orientation professionnelle / Édition 4

Principale mission de l’AUF : renforcer le lien entre le monde universitaire et celui des entreprises

Favoriser l’entrepreneuriat, notamment parmi les femmes. Photo DR

« Près de 40 % des étudiants fraîchement diplômés se retrouvent au chômage... » Hervé Sabourin, directeur régional de l’Agence universitaire de la francophonie au Moyen-Orient, déplore le manque d’opportunités données aux étudiants sur le marché du travail local.

02/04/2019

C’est un enjeu fondamental que définit le directeur régional de l’Agence universitaire de la francophonie (AUF) au Moyen-Orient, Hervé Sabourin, pour clarifier la mission de l’agence : accroître les opportunités qui s’offrent à un jeune de suivre des formations en phase avec le métier qu’il envisage d’exercer. La pédagogie mise en place depuis de nombreuses années au Liban est en effet un apprentissage théorique qui se base uniquement sur les connaissances et bien trop peu sur les compétences. L’AUF, créée il y a 50 ans, souhaite faire prendre conscience aux universités que l’enseignement doit être organisé autour des compétences attendues sur le marché de l’emploi et non pas uniquement sur base de ce qu’elles souhaitent réaliser ou des aptitudes de leurs professeurs.

Dans ce cadre, il faudrait adapter les différents programmes universitaires aux débouchés qu’offrent les divers métiers. Un problème se pose toutefois : les universités doivent désormais former des étudiants à des métiers… encore inconnus. Près de 70 pour cent des métiers qui seront exercés dans dix ans ne sont pas connus actuellement. « Tout l’enjeu actuel des universités est de pouvoir réformer la pédagogie universitaire en axant beaucoup leurs cours sur une approche basée sur les compétences plutôt que sur les connaissances uniquement », souligne M. Sabourin. Il est donc nécessaire d’apporter aux jeunes étudiants la possibilité de réaliser des stages d’observation ou encore d’insertion dans le monde du travail.

Un grave problème se pose au Liban : l’orientation des étudiants. Entre 2011 et 2015, l’AUF, en partenariat avec six universités libanaises, a mis à la disposition des élèves le site web Bokrajobs qui a recensé les métiers exercés au Liban. Des améliorations restent certes à effectuer, mais il s’agit là d’un « premier pas ».

Rapprocher le monde académique du monde socio-professionnel 

Présente dans 111 pays avec 845 établissements, l’AUF est une association mondiale qui regroupe les grandes écoles, les réseaux universitaires et les centres de recherche scientifique francophones.

L’objectif principal de l’organisation est de renforcer le lien entre le monde universitaire et le monde des entreprises. « Les universités libanaises n’ont pas le réflexe d’essayer d’entretenir une relation approfondie avec le monde professionnel », souligne M. Sabourin. Cette relation est pourtant fondamentale dans l’approche pédagogique pour former les étudiants de la meilleure façon possible. Parallèlement, le milieu professionnel est très peu informé des cours suivis par les étudiants et n’a aucune indication sur les qualifications que les étudiants obtiennent dans les différentes universités.

Il existe un vrai cloisonnement entre les deux mondes, qui empêche toute démarche commune. Pour y remédier, l’Agence universitaire de la francophonie organise des rencontres, des conférences, des tables rondes afin d’établir le dialogue entre les étudiants et le monde du travail, dans le but d’abolir ce clivage entre le milieu académique et le milieu professionnel. Des ateliers organisés à cette fin dans des locaux spécialement aménagés permettent à l’étudiant de s’informer des possibilités de débouchés, ou encore des activités de mise en pratique de certaines démarches. À titre d’exemple, les étudiants apprennent à élaborer un CV, à répondre aux interviews, etc. Ces locaux sont disponibles à l’heure actuelle dans 10 universités partenaires de l’AUF.

Développer la créativité et l’invention

Toujours dans l’optique de répondre aux besoins du marché en constante mutation, l’AUF veut à travers ses actions « développer chez les jeunes leurs talents ». « C’est-à-dire développer leur capacité à faire preuve de créativité», explique Hervé Sabourin.

Selon lui, « il s’agit d’un développement personnel » et non pas une rupture avec l’enseignement théorique que proposent les universités libanaises. À travers la créativité, l’AUF veut offrir l’opportunité aux étudiants d’être plus inventifs et plus ingénieux. L’agence propose ainsi des formations entrepreneuriales pour des étudiants venant de toutes les disciplines, aussi bien scientifiques que littéraires et économiques. L’objectif n’est pas de faire de ces étudiants de futurs entrepreneurs, mais plutôt de leur permettre d’acquérir des compétences entrepreneuriales pour faciliter leur insertion dans une entreprise. Cela permet aux employeurs et aux entrepreneurs qui veulent recruter des jeunes de pouvoir choisir des profils plus créatifs et compétents car préparés aux tenants et aboutissants du marché du travail.

À cette fin, l’AUF a lancé en 2017 un programme de Développement de l’entrepreneuriat étudiant au Liban (DEEL) dans 16 universités du pays. Ce programme se compose d’événements et d’activités, comme des compétitions ou des hackathons (processus créatif fréquemment utilisé dans le domaine de l’innovation numérique où un groupe de développeurs se réunit pour faire de la programmation informatique sur plusieurs jours). L’objectif est de confronter les étudiants entre eux à travers la création d’idées et de projets d’entreprises innovantes.

La prochaine étape de la formation DEEL prévue par l’AUF, en partenariat avec le ministère de l’Éducation, est la reconnaissance du statut d’« étudiant entrepreneur ». Hervé Sabourin explique : « Si un étudiant ayant ce statut passe par exemple 6 mois ou moins dans un incubateur ou au sein d’une entreprise, il se verra alors attribuer sur toute la durée de cette période les crédits de son cursus universitaire. »

Il deviendra ainsi possible à l’étudiant de remplacer une partie de ses cours ou de sa période de stage par ce passage par l’incubateur, sans sacrifier les crédits de validation de son année. Enfin, cette période débouchera sur un certificat de compétences entrepreneuriales, une valeur ajoutée sur le CV de l’étudiant. Le directeur régional de l’AUF espère à travers le DEEL « aller chercher les étudiants dans les facultés et universités pour les former et développer chez eux une créativité qui leur sera plus que bénéfique pour s’intégrer au marché du travail ».

Se former à l’étranger

L’AUF ne cantonne pas son aide aux frontières libanaises. Elle assure un programme de soutien aux étudiants libanais qui souhaitent réussir professionnellement à l’étranger. Son dispositif d’aide à la mobilité comprend des bourses et se divise en trois programmes qui permettent aux étudiants et même aux enseignants d’effectuer des séjours de 4 à 6 mois à l’étranger. Le programme d’aide au niveau doctoral est le plus courant. Il permet d’envoyer chaque année une cinquantaine d’étudiants dans des établissements francophones à travers le monde. L’autre programme est un soutien dont bénéficient les étudiants en master pour effectuer des mobilités dans des pays francophones. Et enfin l’AUF propose un programme de perfectionnement pour les professeurs et les chercheurs.

Pour pouvoir aspirer à ces bourses qui s’élèvent à hauteur de 7 000 euros, chaque étudiant doit soumettre un projet solide de qualité à un jury qui déterminera s’il est prioritaire ou non.

Tous ces programmes et formations que propose l’AUF sont autant de solutions alternatives pour faire face au chômage élevé auquel sont confrontés les jeunes à la fin de leurs études. Mais il y a aujourd’hui un domaine qui reste faible au Liban et au sujet duquel des efforts doivent être entrepris. Un domaine prometteur qui, selon Hervé Sabourin, « permettra la création de milliers d’emplois dans le futur » pour exercer des professions qui n’existent pas encore aujourd’hui. Entre autres domaines sur ce plan, celui de l’intelligence artificielle, très développée au USA et au Japon avec pour exemple les voitures autonomes, mais qui ouvre bien plus de perspectives. Sans compter le domaine du big data, le traitement d’informations et de données numériques ultravolumineuses. Autant de métiers que les universités libanaises devront inclure dans leurs formations.


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