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Liban

Pompeo à Beyrouth : de la virulence, mais pas de menaces

Diplomatie

Le secrétaire d’État américain a clôturé son séjour au Liban par un entretien avec le commandant en chef de l’armée.

Yara ABI AKL | OLJ
25/03/2019

Il est vrai que la visite du secrétaire d’État américain, Mike Pompeo, a été marquée par une tonalité d’une virulence sans précédent à l’égard du Hezbollah, et dont a témoigné le communiqué dont il a donné lecture à l’issue de son entretien avec son homologue libanais Gebran Bassil, vendredi dernier. Mais cela ne signifie pas que le Liban fait désormais face à des menaces concrètes, aussi bien économiques que militaires, qu’engendrerait le maintien de la politique américaine dans la région, principalement axée sur la confrontation directe avec l’Iran et ses alliés.

C’est cette impression qui se dégage des entretiens du chef de la diplomatie américaine avec les responsables libanais. Fidèle à la politique de l’administration Trump dans la région, M. Pompeo a réitéré la détermination de Washington à affronter l’hégémonie de Téhéran et de ses alliés dans la région. Il a donc exhorté ses interlocuteurs à ne pas céder aux desiderata du Hezbollah au Liban, sans pour autant menacer le pays du Cèdre. C’est d’ailleurs dans ce cadre qu’il conviendrait d’inscrire les propos de M. Pompeo lors d’une interview accordée à la chaîne Sky News. « Les États-Unis sont prêts à aider le Liban. Les Libanais ne doivent pas succomber aux efforts du Hezbollah, de l’Iran et de Hassan Nasrallah », a-t-il lancé, soulignant que le modèle libanais fait face à des risques « parce que (le guide suprême iranien) l’ayatollah Khamenei et (le chef de la brigade al-Qods des gardiens de la révolution), Kassem Soleimani veulent contrôler ce pays, et cherchent à accéder à la Méditerranée ». En face, les responsables libanais sont revenus à la charge, ressortant la langue de bois habituelle pour insister sur le fait que le Hezbollah, visé par des sanctions sévères, fait partie intégrante du tissu politique libanais, ainsi que des institutions de l’État. Or le secrétaire d’État américain semble s’être montré plus ou moins compréhensif à l’égard de ce positionnement lors de son entretien avec Sky News. Ainsi, M. Pompeo a qualifié de « fausse » l’idée reçue selon laquelle le chef de l’État, Michel Aoun, et le Premier ministre, Saad Hariri, ne sont pas sur la même longueur d’onde avec Washington en matière de politique étrangère. « Ils sont aussi déterminés que moi. Et j’apprécie cela (…) », a-t-il dit, estimant que MM. Aoun, Hariri et Bassil sont attachés à la démocratie, l’indépendance et la souveraineté du pays.

Quoi qu’il en soit, Mike Pompeo a clôturé, samedi, sa visite au Liban, par des entretiens avec le métropolite grec-orthodoxe de Beyrouth, Élias Audi, et le commandant en chef de l’armée, Joseph Aoun. Étaient présents les sous-secrétaires d’État David Hale et David Satterfield, ainsi que l’ambassadrice des États-Unis à Beyrouth, Elizabeth Richard. L’occasion pour le responsable américain de réitérer l’appui de Washington à l’institution militaire libanaise, en sa qualité de « partenaire stratégique dans la lutte contre le terrorisme », selon l’Agence nationale d’information (ANI, officielle).

De son côté, le général Aoun a remercié les États-Unis « pour leur confiance en l’armée libanaise et le soutien qu’ils lui apportent en matière de lutte contre le terrorisme et le maintien de la stabilité ».


(Lire aussi : Pompeo et les nuances entre le fond et la forme, le décryptage de Scarlett Haddad)


La distanciation

L’appui de M. Pompeo à l’armée s’inscrit dans la continuité de la traditionnelle politique américaine au Liban axée sur le soutien aux institutions. Mais cet appui reflète aussi la détermination de Washington à affronter le Hezbollah, qu’elle considère comme un concurrent à l’armée, et rappelle l’importance pour le Liban de respecter la politique de distanciation par rapport aux conflits des axes.

C’est en tout cas sous cet angle que le ministre des Affaires sociales, Richard Kouyoumjian (Forces libanaises), perçoit le séjour de M. Pompeo au Liban. Interrogé par L’Orient-Le Jour, M. Kouyoumjian (qui a participé à la rencontre du secrétaire d’État avec le chef des FL, Samir Geagea, vendredi dernier à l’ambassade américaine) confie que Mike Pompeo a exposé la position américaine traditionnelle à l’égard du Hezbollah, tout en insistant sur l’importance de lancer le chantier des réformes économiques exigées par la communauté internationale dans le cadre de la conférence de Paris dite CEDRE. « Tout comme les États-Unis, nous sommes contre le maintien de l’arsenal du Hezbollah en dehors du giron de l’État. Nous avons donc réitéré notre attachement à la distanciation », souligne le ministre des Affaires sociales, mettant l’accent sur « le ton musclé » du message US adressé au parti de Hassan Nasrallah. « La balle est désormais dans le camp du Hezbollah. Il devrait s’acquitter de ses responsabilités et garder le Liban loin des retombées négatives de son ingérence dans les crises de la région et penser à remettre ses armes aux autorités et prendre activement part au processus d’édification de l’État », ajoute M. Kouyoumjian.

De même, un analyste politique estime que la première conclusion à tirer de la visite de Mike Pompeo à Beyrouth réside dans la nécessité de mettre sérieusement en application la distanciation. Détaillant son constat à L’OLJ, il explique : « L’administration Trump a rompu avec la logique qui a prévalu sous le mandat de l’ex-président américain Barack Obama qui prônait l’ouverture à l’Iran, afin de justifier la signature de l’accord portant sur le nucléaire avec Téhéran. » Et d’ajouter : « Il est temps que les Libanais comprennent que la spécificité libanaise n’est plus de mise. Il vaut mieux donc appliquer la distanciation et montrer patte blanche en matière de réformes économiques. »


(Lire aussi : Entretien Aoun-Pompeo : aucune entorse au protocole, se défend la présidence libanaise)


Le clin d’œil de Frangié à Aoun et Bassil

Du côté du Hezbollah, le ministre de la Santé, Jamil Jabak, a souligné, à l’issue d’un entretien avec le leader des Marada, Sleiman Frangié, à Bnechii, que « toute sanction (internationale) à l’encontre de son ministère léserait tous les Libanais », assurant qu’il ne s’agit pas du « ministère du Hezbollah ».

Quant à M. Frangié, il a profité de la visite du responsable américain pour lancer un clin d’œil particulièrement significatif aux chefs de l’État, du gouvernement et, surtout, de la diplomatie, en dépit de ses rapports froids depuis 2016 avec le courant aouniste. Se félicitant de leur « sens des responsabilités nationales » face aux propos de M. Pompeo concernant le parti chiite, il a lancé : « C’est ça le Liban ! »



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FAKHOURI

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John Lennon

gaby sioufi

a tous ceux qui critiquent cet article, et a ceux qui sont pour cet article,
Hezb=tissu libanais, hezb fait partie integrante de la Ste libanaise, hezb ne represente pas ts les libanais etc.....
tout ce que cet article repete sans le dire ouvertement, la seule vraie synthese a en tirer, on n'a de cesse de le repeter- est la suivante:
LE PEUPLE LIBANAIS est divise quant a la vision du Liban, ceci depuis presque sa naissance :
---Liban "arabe"(NOUVELLEMENT PERSAN AUSSI) dans le sens qu'il se veut de tout coeur fer de lance dans la liberation de Jerusalem,quoiqu'il en couterait a la nation Libanaise,avec ce que cela implique par ailleurs..
---Liban Libanais, multiculturel,d'accord pour la liberation de Jerusalem MAIS a la condition qu'il SUIVE les arabes ds cette guerre pas qu'il en soit seul a payer le prix, avec ce que cela implique par ailleurs..
PS.cette synthese ainsi exprimee laisse deviner la pronfondeur des divisions de notre societe,portant sur un ensemble de CONTRADICTIONS bcp plus vaste encore.

Tina Chamoun

Dire la vérité serait donc utiliser la langue de bois?! Pour édulcorer la réalité, quelle expression devrait-on utiliser dorénavant ? Je donne ma langue au chat!

AIGLEPERçANT

Il faudrait que Mme Yara A.A se remette aux sens des mots , la langue de bois vis à vis du hezb serait de dire autre chose que de déclarer (ouvertement), comme le fait le PHARE AOUN, que le hezb libanais de la résistance fait partie intégrante du tissu social libanais .

Ensuite je ne sais pas si je devrai continuer à commenter vu que des erreurs de sens pareils mettent un doute sur la compréhension réelle que nous a fait Mme Yara A.A dans cet article, qui lui, est fait sous une langue de bois évidente.

Attendons Scarlett pour mieux nous expliquer les retombées de cette visite du triple menton bombeo.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

DIRE QUE LE HEZBOLLAH FAIT PARTIE DU TISSU LIBANAIS C,EST RENDRE TOUS LES LIBANAIS RESPONSABLES DE SES ACTES A L,INTERIEUR ET A L,EXTERIEUR DES FRONTIERES. DIRE QU,IL EST UNE RESISTANCE CONTRE ISRAEL QUAND SON ALLEGEANCE VA A L,IRAN ET S,AVENTURE EN SYRIE, EN IRAQ, AU YEMEN ET AILLEURS C,EST SE RIRE DE SOI-MEME ET NON DES AUTRES QUI NE GOBENT PAS CES INEPTIES.
MAIS LE HEZBOLLAH RESTE UN PARTI LIBANAIS QU,IL FAUT GAGNER PAR LA DISCUSSION ET L,ENTENTE ET RAMENER AU BERCEAU. LE PAYS AYANT BESOIN DE TOUS SES FILS.

HIJAZI ABDULRAHIM

Lorsque le président de la république explique aux Amerloques que le Hezb fait partie de la communauté nationale Mme Yara considère cela comme une langue de bois.
Vous nous expliquez aussi que ces Amerloques nous conseillent d'appliquer la distanciation. Vous nous expliquez que cela veut dire s'aligner sur la position américaine contre l'Iran. drôle de conception de la distanciation....
Il y a des jours où nous avions des doutes sur l'impartialité de l'OLJ. Votre article enlève ce doute.

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