Mike Pompeo s’entretenant avec Joseph Aoun, en présence d’Elizabeth Richard, de David Hale et de David Satterfield. Photo tirée du site web de l’armée libanaise
Il est vrai que la visite du secrétaire d’État américain, Mike Pompeo, a été marquée par une tonalité d’une virulence sans précédent à l’égard du Hezbollah, et dont a témoigné le communiqué dont il a donné lecture à l’issue de son entretien avec son homologue libanais Gebran Bassil, vendredi dernier. Mais cela ne signifie pas que le Liban fait désormais face à des menaces concrètes, aussi bien économiques que militaires, qu’engendrerait le maintien de la politique américaine dans la région, principalement axée sur la confrontation directe avec l’Iran et ses alliés.
C’est cette impression qui se dégage des entretiens du chef de la diplomatie américaine avec les responsables libanais. Fidèle à la politique de l’administration Trump dans la région, M. Pompeo a réitéré la détermination de Washington à affronter l’hégémonie de Téhéran et de ses alliés dans la région. Il a donc exhorté ses interlocuteurs à ne pas céder aux desiderata du Hezbollah au Liban, sans pour autant menacer le pays du Cèdre. C’est d’ailleurs dans ce cadre qu’il conviendrait d’inscrire les propos de M. Pompeo lors d’une interview accordée à la chaîne Sky News. « Les États-Unis sont prêts à aider le Liban. Les Libanais ne doivent pas succomber aux efforts du Hezbollah, de l’Iran et de Hassan Nasrallah », a-t-il lancé, soulignant que le modèle libanais fait face à des risques « parce que (le guide suprême iranien) l’ayatollah Khamenei et (le chef de la brigade al-Qods des gardiens de la révolution), Kassem Soleimani veulent contrôler ce pays, et cherchent à accéder à la Méditerranée ». En face, les responsables libanais sont revenus à la charge, ressortant la langue de bois habituelle pour insister sur le fait que le Hezbollah, visé par des sanctions sévères, fait partie intégrante du tissu politique libanais, ainsi que des institutions de l’État. Or le secrétaire d’État américain semble s’être montré plus ou moins compréhensif à l’égard de ce positionnement lors de son entretien avec Sky News. Ainsi, M. Pompeo a qualifié de « fausse » l’idée reçue selon laquelle le chef de l’État, Michel Aoun, et le Premier ministre, Saad Hariri, ne sont pas sur la même longueur d’onde avec Washington en matière de politique étrangère. « Ils sont aussi déterminés que moi. Et j’apprécie cela (…) », a-t-il dit, estimant que MM. Aoun, Hariri et Bassil sont attachés à la démocratie, l’indépendance et la souveraineté du pays.
Quoi qu’il en soit, Mike Pompeo a clôturé, samedi, sa visite au Liban, par des entretiens avec le métropolite grec-orthodoxe de Beyrouth, Élias Audi, et le commandant en chef de l’armée, Joseph Aoun. Étaient présents les sous-secrétaires d’État David Hale et David Satterfield, ainsi que l’ambassadrice des États-Unis à Beyrouth, Elizabeth Richard. L’occasion pour le responsable américain de réitérer l’appui de Washington à l’institution militaire libanaise, en sa qualité de « partenaire stratégique dans la lutte contre le terrorisme », selon l’Agence nationale d’information (ANI, officielle).
De son côté, le général Aoun a remercié les États-Unis « pour leur confiance en l’armée libanaise et le soutien qu’ils lui apportent en matière de lutte contre le terrorisme et le maintien de la stabilité ».
(Lire aussi : Pompeo et les nuances entre le fond et la forme, le décryptage de Scarlett Haddad)
La distanciation
L’appui de M. Pompeo à l’armée s’inscrit dans la continuité de la traditionnelle politique américaine au Liban axée sur le soutien aux institutions. Mais cet appui reflète aussi la détermination de Washington à affronter le Hezbollah, qu’elle considère comme un concurrent à l’armée, et rappelle l’importance pour le Liban de respecter la politique de distanciation par rapport aux conflits des axes.
C’est en tout cas sous cet angle que le ministre des Affaires sociales, Richard Kouyoumjian (Forces libanaises), perçoit le séjour de M. Pompeo au Liban. Interrogé par L’Orient-Le Jour, M. Kouyoumjian (qui a participé à la rencontre du secrétaire d’État avec le chef des FL, Samir Geagea, vendredi dernier à l’ambassade américaine) confie que Mike Pompeo a exposé la position américaine traditionnelle à l’égard du Hezbollah, tout en insistant sur l’importance de lancer le chantier des réformes économiques exigées par la communauté internationale dans le cadre de la conférence de Paris dite CEDRE. « Tout comme les États-Unis, nous sommes contre le maintien de l’arsenal du Hezbollah en dehors du giron de l’État. Nous avons donc réitéré notre attachement à la distanciation », souligne le ministre des Affaires sociales, mettant l’accent sur « le ton musclé » du message US adressé au parti de Hassan Nasrallah. « La balle est désormais dans le camp du Hezbollah. Il devrait s’acquitter de ses responsabilités et garder le Liban loin des retombées négatives de son ingérence dans les crises de la région et penser à remettre ses armes aux autorités et prendre activement part au processus d’édification de l’État », ajoute M. Kouyoumjian.
De même, un analyste politique estime que la première conclusion à tirer de la visite de Mike Pompeo à Beyrouth réside dans la nécessité de mettre sérieusement en application la distanciation. Détaillant son constat à L’OLJ, il explique : « L’administration Trump a rompu avec la logique qui a prévalu sous le mandat de l’ex-président américain Barack Obama qui prônait l’ouverture à l’Iran, afin de justifier la signature de l’accord portant sur le nucléaire avec Téhéran. » Et d’ajouter : « Il est temps que les Libanais comprennent que la spécificité libanaise n’est plus de mise. Il vaut mieux donc appliquer la distanciation et montrer patte blanche en matière de réformes économiques. »
(Lire aussi : Entretien Aoun-Pompeo : aucune entorse au protocole, se défend la présidence libanaise)
Le clin d’œil de Frangié à Aoun et Bassil
Du côté du Hezbollah, le ministre de la Santé, Jamil Jabak, a souligné, à l’issue d’un entretien avec le leader des Marada, Sleiman Frangié, à Bnechii, que « toute sanction (internationale) à l’encontre de son ministère léserait tous les Libanais », assurant qu’il ne s’agit pas du « ministère du Hezbollah ».
Quant à M. Frangié, il a profité de la visite du responsable américain pour lancer un clin d’œil particulièrement significatif aux chefs de l’État, du gouvernement et, surtout, de la diplomatie, en dépit de ses rapports froids depuis 2016 avec le courant aouniste. Se félicitant de leur « sens des responsabilités nationales » face aux propos de M. Pompeo concernant le parti chiite, il a lancé : « C’est ça le Liban ! »
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17 h 51, le 25 mars 2019