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Politique - Focus

Loi d’amnistie générale : Berry tente de s'imposer

Le président de la Chambre a convoqué les commissions mixtes et le bureau de la Chambre à des réunions mardi. Mais à ce stade, rien ne permet de garantir l’adoption du texte.

Loi d’amnistie générale : Berry tente de s'imposer

Le président de la Chambre, Nabih Berry, et son adjoint, Élias Bou Saab, à Aïn el-Tiné, le 12 mai 2026. Photo Hassan Ibrahim/Parlement libanais

Nabih Berry a-t-il sonné la fin de la récréation ? Alors que le débat autour de la proposition de loi d’amnistie générale bat son plein, le président de la Chambre a convoqué les commissions mixtes à une séance conjointe mardi pour poursuivre l’étude de ce dossier. Le bureau de la Chambre devrait se réunir quelques heures plus tard pour préparer une séance plénière afin que les députés se prononcent sur le texte. Faut-il en déduire que le terrain est désormais défriché devant l’adoption de la proposition ? Rien n’est moins sûr, les divisions politiques autour de la question étant encore entières.

C’est ce qui ressort des deux réunions informelles tenues lundi au bureau du vice-président de la Chambre, Élias Bou Saab. De nombreux députés auteurs de la proposition de loi et des représentants du tandem Amal-Hezbollah ont fait acte de présence. En face, les protagonistes chrétiens, ainsi que le Parti socialiste progressiste (druze) et certains députés sunnites, pourtant fers de lance dans la demande de remise en liberté des détenus dits « islamistes » (dont certains sont accusés d’avoir tué des soldats de l’armée et d’autres appareils de sécurité) ont boudé la réunion. « Nous avons pris cette décision parce que nous estimons que la réunion avait pour but de mettre les sunnites en confrontation avec l’armée », commente pour L’Orient-Le Jour un député anti-Hezbollah qui a souhaité garder l’anonymat. De son côté, Ghada Ayoub (Forces libanaises) indique que son parti a décidé de boycotter la réunion, car la position de l’armée – déjà débattue à plusieurs reprises – ne doit pas retarder l’adoption de la loi.

Calculs politiques ?

Selon les informations de L’OLJ, la réunion a été exclusivement consacrée au débat autour des détenus « islamistes », selon le député beyrouthin Nabil Badre. Le ministre de la Défense, Michel Menassa, en a profité pour formuler (une nouvelle fois) ses remarques sur la loi en gestation. Un point évoqué dans une déclaration de l’adjoint de Nabih Berry à la presse. « Il est important que les craintes de l’institution militaire soient prises en considération. Il faut donc arrondir les angles », a souligné Élias Bou Saab, appelant ceux qui ont boudé la première réunion de lundi à « comprendre que les crises ne peuvent être résolues que par le dialogue ». Plusieurs parlementaires arguent, de leur côté, que la position de l’armée a été longuement débattue lors de la réunion tenue la semaine dernière à Baabda entre le président de la République, Joseph Aoun, et de nombreux députés.

« Je suis toujours convaincu que Nabih Berry a poussé Élias Bou Saab à organiser la réunion de lundi parce qu’il n’a pas avalé la pilule de la rencontre de Baabda », dit le parlementaire anti-Hezbollah cité plus haut. Ce serait donc dans une tentative de reprendre l’initiative qu’Élias Bou Saab (et avec lui, Nabih Berry) avait posé un ultimatum aux députés dimanche, affirmant que le Parlement sera convoqué avant la fête d’al-Adha (prévue le 27 mai). « Il vaut mieux trouver une formule de compromis d'ici là. Sinon, il pourrait y avoir des surprises », avait-il menacé. «Nous continuons à presser pour une entente générale sur l’amnistie. Mais pas n’importe laquelle. Celle-ci devrait être axée sur le compromis trouvé lors de la réunion de Baabda, ainsi que sur la consécration de ce qui avait été avalisé lors des précédentes réunions conjointes des commissions mixtes », dit le député anti-Hezbollah. C’est dans le même cadre que s’inscrit une publication postée sur X par le leader des FL, Samir Geagea, lundi. « Il est honteux de manipuler la loi de l’amnistie pour des calculs politiques, a-t-il écrit. Il faut mettre fin à l’injustice que certains ont subie par le passé. »

Il n'empêche que, à en croire le vice-président de la Chambre, une formule semble s'être dégagée à l'issue de la réunion nocturne de lundi. S'exprimant à l'issue des tractations, Élias Bou Saab a indiqué qu'une « entente » dont les contours demeuraient flous lundi soir a été atteinte au sujet de l'amnistie. Il a par ailleurs affirmé que les participants se sont fait une idée des remarques de l'armée et que celle-ci « n'est pas un obstacle à l'adoption du texte ». Parallèlement, et en attendant la séance des commissions mixtes mardi, des parents de certains détenus islamistes ont bloqué lundi après-midi l'autoroute de Naamé, plaidant pour la remise en liberté de leurs proches.

Dans ce cadre, tous les obstacles ne semblent pas être franchis. « Les réunions tenues aujourd'hui au Parlement ne nous représentent pas. Elles incarnent le point de vue du tandem chiite, en particulier le Hezbollah. D'autant plus qu'elles ont été complètement boycottées par les chrétiens et les druzes, et que la présence sunnite y était timide », a écrit Achraf Rifi, député sunnite de Tripoli, sur X. « Nous participons au débat pour mettre fin à l'injustice subie par des innocents, et si celle-ci presiste, elle aura des conséquences catastrophiques sur la paix civile et les comploteurs inféodés au projet iranien, et qui n'ont pas compris les grands changements régionaux », a encore dit Achraf Rifi, laissant planer le spectre d'une discorde sunnite-chiite à cause de l'amnistie.

Nabih Berry a-t-il sonné la fin de la récréation ? Alors que le débat autour de la proposition de loi d’amnistie générale bat son plein, le président de la Chambre a convoqué les commissions mixtes à une séance conjointe mardi pour poursuivre l’étude de ce dossier. Le bureau de la Chambre devrait se réunir quelques heures plus tard pour préparer une séance plénière afin que les députés se prononcent sur le texte. Faut-il en déduire que le terrain est désormais défriché devant l’adoption de la proposition ? Rien n’est moins sûr, les divisions politiques autour de la question étant encore entières.C’est ce qui ressort des deux réunions informelles tenues lundi au bureau du vice-président de la Chambre, Élias Bou Saab. De nombreux députés auteurs de la proposition de loi et des représentants du...
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