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Politique - Décryptage

« Le jour d’après » : pourquoi l’armée craint l'amnistie


Cela fait des mois, voire des années, que le projet d’amnistie générale s’enlise dans de lassants pourparlers. On avait pourtant cru que l’arrivée au pouvoir en Syrie du président Ahmad el-Chareh et son insistance pour la remise aux autorités syriennes des détenus syriens dans les prisons libanaises allaient donner un sérieux coup de pouce à ce dossier, sachant que les détenus islamistes, libanais et syriens, constituent la plus importante partie des prisonniers susceptibles de bénéficier de cette loi.

Mais dès qu’on entre dans le vif du sujet, les conflits refont surface. Si, comme c’est souvent le cas au Liban, les discussions et les enjeux prennent rapidement une coloration confessionnelle, dans ce cas précis, il y a un autre enjeu, qui concerne l’armée. C’est d’ailleurs à cause des réserves de la troupe que le ministre de la Défense avait été contraint de se retirer de l’hémicycle lors de la précédente réunion des commissions parlementaires chargées d’étudier ce dossier.

C'est « le jour d’après » la libération des prisonniers qui inquiète la troupe. Cette question concerne essentiellement les détenus islamistes et leur comportement une fois libérés. Des sources proches de l’armée estiment que la crédibilité de celle-ci est ainsi en jeu, au moment où on lui demande d’accomplir une mission à la fois délicate et essentielle pour l’avenir du pays, celle de monopoliser les armes et d’imposer l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire.

Dans de telles circonstances et si les détenus accusés d’avoir tué des soldats, ou de s’en être pris à l’armée, sont libérés dans le cadre de la loi d’amnistie, certaines parties pourraient s’empresser d’en faire des héros auprès de leurs coreligionnaires et cela ne ferait que porter un coup à la crédibilité de l’armée et à sa motivation. Justement, dans la situation actuelle et dans le climat de tension qui règne entre les différentes communautés et en particulier dans l’état de bouillonnement dans lequel se trouve la communauté sunnite, la remise en liberté de certaines figures de proue pourrait être considérée comme un grand triomphe pour celles-ci. De quoi réveiller les réflexes communautaires et mobiliser les foules autour de slogans destructeurs pour l’armée et pour les institutions de l’État. Comment éviter un tel comportement, surtout à une période aussi délicate et alors que les partisans de ces détenus préparent déjà « les festivités » qui devraient célébrer leur remise en liberté ?

Certes, ce n’est pas la première fois qu’une loi d’amnistie est adoptée au Liban. Il y en a eu une en 2005, qui a d’ailleurs permis la remise en liberté du chef des Forces libanaises Samir Geagea, mais à l’époque, la situation était différente. Il y a eu ainsi une entente locale avec une couverture régionale (saoudienne en particulier) et internationale pour adopter la loi d’amnistie. De plus, pendant ses années de détention et après sa remise en liberté, le chef des FL n’a jamais cessé d’être l’une des plus importantes figures chrétiennes, et son conflit n’était pas directement avec l’armée. Ce n’est pas le cas aujourd’hui pour certaines figures islamistes qui pourraient être englobées dans le projet de loi d’amnistie. Ces dernières sont directement impliquées dans la mort de soldats et elles étaient proches des parties islamistes qui avaient combattu l’armée dans les hauteurs de l'Anti-Liban en 2016 et 2017. C’est pourquoi il serait très délicat de procéder à leur libération actuellement. Parmi ces figures, il y a bien sûr le cheikh Ahmad el-Assir qui a de nombreux partisans dans la région de Saïda, mais aussi d’autres figures islamistes à Tripoli. Les libérer constituerait en tout cas un précédent qui serait mal vu par les soldats et serait de nature à les décourager. Mais en même temps, si on commence à faire des exceptions, cela ne peut qu’ouvrir les appétits des différentes parties politiques et cela aboutirait à vider la loi d’amnistie de son sens et de son contenu. C’est un peu ce qui se passe aujourd’hui. Les députés se trouvent face à cet imbroglio et chaque groupe cherche désormais à poser ses conditions, alors qu’au départ, il s’agissait de réparer une injustice faite à de nombreux détenus, maintenus en prison, pour différentes raisons, et souvent sans avoir bénéficié de procès. Le président de la Chambre a toutefois promis que la loi serait adoptée avant la fête de l’Adha et c’est sur lui que repose désormais la possibilité de trouver un compromis qui soit juste, tout en préservant l’État et ses institutions.

Cela fait des mois, voire des années, que le projet d’amnistie générale s’enlise dans de lassants pourparlers. On avait pourtant cru que l’arrivée au pouvoir en Syrie du président Ahmad el-Chareh et son insistance pour la remise aux autorités syriennes des détenus syriens dans les prisons libanaises allaient donner un sérieux coup de pouce à ce dossier, sachant que les détenus islamistes, libanais et syriens, constituent la plus importante partie des prisonniers susceptibles de bénéficier de cette loi. Mais dès qu’on entre dans le vif du sujet, les conflits refont surface. Si, comme c’est souvent le cas au Liban, les discussions et les enjeux prennent rapidement une coloration confessionnelle, dans ce cas précis, il y a un autre enjeu, qui concerne l’armée. C’est d’ailleurs à cause des réserves de la...
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