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Moyen Orient et Monde

Une nouvelle alliance en Israël menace le pouvoir de Netanyahu

Éclairage

La campagne électorale pour les élections d’avril prochain a officiellement débuté hier soir avec la fermeture du bureau des dépôts des dossiers de candidature.

David NASSAR | OLJ
22/02/2019

Coup de tonnerre juste avant le lancement de la campagne électorale en Israël. Présentés comme les plus sérieux rivaux du Premier ministre Benjamin Netanyahu pour les élections du 9 avril prochain, Yaïr Lapid et Benny Gantz ont annoncé hier matin l’union de leurs partis. L’annonce est survenue avant la fermeture hier soir des dépôts de candidature auprès du Comité central des élections, organisme chargé d’organiser les législatives. Motivée par un souci de « responsabilité nationale », cette fusion advient moins de vingt-quatre heures après l’annonce polémique d’une alliance électorale des partis d’extrême droite, voulue par M. Netanyahu et qui inclut le parti raciste Otzma Yehudit (Force juive).

« Le nouveau parti au pouvoir offrira au pays une nouvelle équipe dirigeante qui garantira la sécurité d’Israël et réunira les éléments divisés de la société israélienne », a déclaré M. Lapid dans un communiqué. Issue de l’alliance entre son parti Yesh Atid (Il y a un futur, 11 sièges sur 120 au Parlement) et le tout jeune parti de M. Gantz, Hosen L’Yisrael (Résilience d’Israël), la nouvelle formation politique baptisée Bleu et blanc, en allusion aux couleurs nationales israéliennes, se revendique du centre-droit. Outre M. Gantz, deux anciens chefs d’état-major des armées font partie du top 5 sur la liste de Bleu et blanc : Moshe Ya’alon, également ex-ministre de la Défense de M. Netanyahu, et Gaby Ashkenazi, nouveau venu en politique. Avi Nissenkorn, désormais ex-président de la puissante Histadrout, la « Fédération générale des travailleurs de la terre d’Israël », vient compléter la cinquième place.


(Lire aussi : En Israël, la droite, rien que la droite)


Avant-goût de la campagne

Bleu et blanc remporterait 36 sièges à la Knesset, le Parlement israélien, selon les derniers sondages publiés hier, qui prédisent 30 sièges pour le Likoud de M. Netanyahu. Ce dernier a qualifié la nouvelle alliance de « dangereuse ». Dans un pays dont le centre de gravité politique est plus à droite que jamais, il a annoncé que la prochaine élection se joue entre « un gouvernement de gauche qui sera dépendant des partis arabes, ou un gouvernement de droite dirigé par moi-même ». Le Premier ministre semble compter sur l’idée que le public israélien de droite ne le sanctionne pas pour son alliance avec Yaïr Lapid en 2013-2014. Et qu’il ait oublié le fait que Benny Gantz, qui s’est vanté d’avoir « renvoyé Gaza à l’âge de pierre » lorsqu’il commandait l’armée israélienne en 2014, a affirmé que « dans notre gouvernement, il n’y aura pas de Balad », en référence à l’un des quatre principaux partis arabes, qui détient 3 sièges à la Knesset. Se présentant en rempart de la sécurité d’Israël, M. Netanyahu a joué sur la peur hier soir. Affirmant qu’ « (il) n’est pas du tout certain » que son parti reste au pouvoir, il a appelé les électeurs de droite à se rendre aux urnes et à voter pour le Likoud. « Un gouvernement comme celui » que présente Bleu et blanc « détruira notre économie. Tôt ou tard, probablement plus tôt que tard, ils créeront un État palestinien (...) qui mettra en danger notre existence ».

Le parti Yisrael Beitenu, dirigé par un autre ancien ministre de la Défense de M. Netanyahu, Avigdor Lieberman, a fustigé la nouvelle formation, qui « n’a aucun agenda, aucune idéologie et aucun souci pour le citoyen ». « Gantz, qui soutient le mariage civil et le droit d’utiliser les transports publics le jour du Shabbat, s’est allié avec Lapid, qui a fait de sa haine pour le judaïsme et les gens religieux son travail à plein temps », a pour sa part déclaré le parti Shass, dirigé par l’actuel ministre de l’Intérieur, Aryeh Makhlouf Deri. Autre point à venir de critique : l’alliance Lapid-Gantz stipule que s’ils arrivent à obtenir le plus grand bloc au Parlement et que, par conséquent, le président Reuven Rivlin charge l’un d’eux de former le nouveau gouvernement, le poste de Premier ministre sera partagé par un principe de rotation pendant le mandat prévu du parti. Gantz assumerait les fonctions de chef de l’exécutif jusqu’en novembre 2021 alors que Lapid assumerait le rôle de ministre de la Défense. Les rôles seraient ensuite inversés. Cela est susceptible de pousser les partis de droite à mettre en avant le risque d’instabilité politique.


À droite toute

Malgré les derniers sondages, le Likoud et son chef ne sont pas enterrés. M. Netanyahu, qui est en passe de dépasser le record de longévité au poste de Premier ministre s’il remporte les élections à venir, est un animal politique. Il est d’autant plus dangereux qu’il se retrouve coincé, alors qu’il est sous la menace d’une inculpation pour corruption par la justice israélienne et que son poste de Premier ministre lui assure une immunité judiciaire, ayant la majorité au Parlement. Le top 5 de la liste de Bleu et blanc est très populaire, mais l’inexpérience politique de Benny Gantz pourrait être fatale si elle n’était pas contrebalancée adéquatement par ses partenaires.

La campagne électorale est lancée en Israël et s’annonce violente. M. Netanyahu a déjà accepté de réhabiliter le parti Otzma Yehudit, dirigé par des disciples du rabin Meir Kahane, assassiné à New York en 1990. Baruch Goldstein, un disciple du rabin Kahane, a commis le massacre d’Hébron en 1994, tuant 29 fidèles musulmans et en blessant 125 autres en pleine prière. Un simple calcul politique aurait poussé M. Netanyahu à vouloir cette réhabilitation. Ensemble, les partis d’extrême droite ont plus de chances d’atteindre le seuil des 3,25 % requis pour rentrer à la Knesset. Il compterait sur eux pour former une coalition si le Likoud remportait la majorité des sièges ou si un autre gagnant ne parvient pas à rassembler assez de députés (au moins 61 sur 120) pour former le prochain gouvernement. Sans surprise, celui-ci sera de droite ou de centre-droit. Le Parti travailliste a refusé l’offre du parti de gauche Meretz pour concourir ensemble. De leur côté, les quatre partis arabes ont formé deux alliances distinctes, Balad-Liste arabe unifiée, et Ta’al-Hadash, contrairement à l’élection de 2015, lorsqu’ils s’étaient unis sous la houlette de la Liste commune, troisième force actuelle à la Knesset.


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AIGLEPERçANT

J'ai bien lu tous ces détails d'alliance entre parti hétéroclites de droite, d'extrême droite de gauche etc... mais vous savez quoi ? Celui qui pourra l'emporter sera celui qui dans la mentalité et l'esprit profond des israéliens , celui qui aura ou pourra tuer le plus d'arabes, palestiniens ou autres non soumis à cet état voyou et criminel .

Jusqu'au jour où. .... INSHALLAH ! ...

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