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Liban

Mariage civil : un nouveau coup d’épée dans l’eau ?

Société

Selon des milieux du Futur, Saad Hariri et Raya el-Hassan ne mèneront pas une bataille pour légaliser cette forme d’union, même si tous les deux sont d’accord sur le principe.

Nada MERHI | OLJ
20/02/2019

Il semblerait que le débat sur le mariage civil facultatif au Liban n’ira pas plus loin que les réactions suscitées – sur les réseaux sociaux et dans les déclarations officielles – par la réponse donnée la semaine dernière par la ministre de l’Intérieur, Raya el-Hassan, à la chaîne télévisée Euronews. En réponse à une question, Mme Hassan s’était dit en faveur « d’un cadre régulant le mariage civil » au Liban, affirmant qu’elle essaiera « d’ouvrir une porte pour un dialogue sérieux et profond ». Elle a également souligné, dans le cadre de l’interview, qu’elle voudrait « lancer le dialogue avec toutes les instances religieuses et autres, en commençant par la présidence du Conseil » sur le sujet du mariage civil au Liban.

En effet, les réactions hostiles au mariage civil sont nombreuses au Liban. Si Dar el-Fatwa, la plus haute instance sunnite du pays, se positionne en première ligne des détracteurs de cette initiative, il n’en demeure pas moins que les autres instances religieuses toutes communautés confondues – même si elles ne se sont pas encore prononcées – sont traditionnellement tout aussi opposées à une telle forme de mariage.

Les déclarations de la ministre Hassan « n’ont aucun motif politique », affirment des milieux proches du Premier ministre, Saad Hariri, et de la ministre de l’Intérieur. Selon ces sources, Mme Hassan « n’a fait que répondre à une question posée par la journaliste d’Euronews sur le mariage civil ». « Raya el-Hassan n’est pas du genre à atermoyer », affirme ainsi Moustapha Allouche, membre du bureau politique de la formation haririenne. « Elle va droit au but », insiste-t-il.

Même son de cloche selon une source proche de Raya el-Hassan, qui affirme que la ministre « n’ira pas plus loin que la réponse donnée dans le cadre de l’interview ». Selon cette source, Mme Hassan « est consciente de l’importance qu’accordent au mariage civil les jeunes, mais, à l’heure actuelle, celui-ci ne constitue pas une priorité ».

C’est ce qu’affirme d’ailleurs M. Allouche qui rappelle que le Premier ministre « avait déjà déclaré ne pas s’opposer au mariage civil facultatif ». « Cela ne veut pas pour autant dire qu’à l’heure actuelle, il livrera une bataille pour instaurer cette forme de mariage » au Liban, ajoute-t-il.


(Lire aussi : Mariage civil au Liban : le « niet » du clergé sunnite à Raya el-Hassan)


« Ce n’est pas un blasphème »
Le président de la Chambre, Nabih Berry, a pris lui aussi la défense de Raya el-Hassan. Devant une délégation de l’ordre de la presse, il s’est dit étonné de la campagne menée contre la ministre, notant qu’« elle a dit qu’elle allait essayer de lancer le dialogue sur le mariage civil facultatif ». « Ce n’est pas un blasphème », a-t-il insisté, soulignant qu’« en politique, il faut savoir ce qu’on peut obtenir ». Il a signalé que « le mariage civil n’a jamais été une matière à débat au Liban », puisque « ni les chrétiens ni les musulmans » ne l’accepteront. Le débat sur le mariage civil facultatif avait déjà été posé « lors du mandat du président Élias Hraoui », en 1998, a-t-il rappelé, soulignant qu’« il n’avait pas abouti ». Et de conclure en notant que cette campagne contre Raya el-Hassan « n’est pas nécessaire », puisqu’« à l’heure actuelle, le mariage civil n’est pas notre souci majeur ».


(Lire aussi : Divorce au Liban : ce qu'il faut savoir sur ces lois discriminatoires à l'égard des femmes)


Pour un dialogue sérieux
Par ailleurs, des voix soutenant la position de Mme Hassan se sont élevées hier encore. Michel Moawad, député de Zghorta, a ainsi déclaré sur son compte Twitter qu’il « respectait et comprenait la position des autorités religieuses à l’égard du mariage civil si celui-ci était obligatoire ». Il a néanmoins appelé Mme Hassan à « lancer un dialogue sérieux sur le mariage civil facultatif conformément aux dispositions de la Constitution et ce, par respect pour la liberté de croyance et pour le droit de l’homme au libre choix et pour que l’État civil auquel appellent de nombreuses parties ne reste pas un slogan creux ».

De son côté, la présidente du Bloc populaire, Myriam Skaff, a affirmé que « le mariage civil est un droit qui doit être libéré de la mainmise des religions ». Dans une déclaration, elle a souligné que cette forme de mariage doit « entrer légalement dans le cadre du code de statut personnel ».


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gaby sioufi

Maalech, Ca va bien !
ne jetons pas la pierre au seul clerge sunnite, plus rapide a reagir,
les autres plus malins a leur faire porter le chapeau.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

QU,ATTENDIEZ-VOUS D,AUTRE ?

Gros Gnon

Il a signalé que « le mariage civil n’a jamais été une matière à débat au Liban », puisque « ni les chrétiens ni les musulmans » ne l’accepteront.

"Les"?

Vraiment? Ya3ni tous? Ce n’est pas un peu exagéré ça?

Si c’est facultatif, qu’est-ce que ça peut bien leur faire? Au moins ils sauront si les gens qui se marient religieusement le font parcequ’ils ont la foi, ou parceque c’est obligatoire.

A moins que... ah oui, ils ne veulent pas le savoir. C’est ça. La vérité leur fait peur. Donc on applique la loi dite de l’Autruche. Je vois, je vois...

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