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Économie

Nouveau gouvernement : le cahier de doléances des représentants du secteur privé

Réformes

L’économie du pays a été lourdement impactée par l’enlisement des tractations politiques pour la formation du nouveau gouvernement qui a finalement vu le jour la semaine dernière. Quelles devront être ses mesures prioritaires à destination du secteur privé ? Tour d’horizon.

05/02/2019

Nicolas Chammas, secrétaire des Organismes économiques et président de l’Association des commerçants de Beyrouth : Concernant les mesures macroéconomiques, le gouvernement devra mettre en place une vision globale pour le développement de l’économie. Le plan McKinsey constitue un bon document de départ, même si le secteur commercial, qui demeure l’un des principaux créateurs d’emplois et de richesses, en est écarté. C’est en relançant l’investissement public (qui est en panne depuis 12 ans) et en améliorant l’environnement des affaires pour stimuler l’investissement privé (qui fait face actuellement à des taux d’intérêt prohibitifs) que l’on pourra relancer la croissance. Le gouvernement doit aussi miser davantage sur la consommation, en adoptant des mesures permettant de la stimuler. Pour cela, il faudrait que le ministère de l’Économie lance une campagne nationale encourageant les Libanais à consommer dans leur pays plutôt qu’à l’étranger, comme c’est le cas de plus en plus. En parallèle, il faut pouvoir optimiser les importations d’un point de vue qualitatif et quantitatif en fluidifiant les procédures de contrôle sanitaire et en réduisant les tracasseries administratives aux douanes. Il est important aussi que la tendance baissière des tarifs douaniers se poursuive cette année.

Fouad Zmokhol, président du Rassemblement des dirigeants et chefs d’entreprise libanais dans le monde (RDCL World) : Il était temps de voir la naissance de ce nouveau gouvernement, car nous avons perdu une année entière : cinq mois pour préparer les élections législatives et sept pour la formation de ce gouvernement. Et cela a coûté très cher à l’économie du pays. On a aussi trahi la confiance de la communauté internationale qui a souhaité nous aider en organisant trois conférences internationales pour le Liban en 2018, dont la CEDRE. Le nouveau gouvernement doit donc en priorité honorer les promesses du Liban en mettant en œuvre les réformes convenues lors de la CEDRE et en lançant les projets prévus. Hormis les trois projets de partenariat public-privé (PPP) préparés par le Haut-Conseil pour la privatisation et les partenariats, aucun projet n’est prêt selon les normes convenues : appel d’offres, audit, financement par étapes... De plus, les décrets d’application de la loi PPP (votée en août 2017) doivent être approuvés pour assurer une protection à l’investissement privé. À court terme, le gouvernement doit se concentrer sur la réalisation d’une seule des réformes prévues depuis quinze ans, à savoir celle de l’énergie qui aura un impact direct à la fois sur les finances publiques, le pouvoir d’achat des ménages et la production. La réforme de l’e-gouvernement est aussi impérative pour réduire la corruption et améliorer l’efficacité de la gestion des affaires publiques.

Fouad Rahmé, président du Rassemblement des dirigeants et chefs d’entreprise libanais (RDCL) : Le nouveau gouvernement sait parfaitement quelles sont les réformes à mener, il doit simplement travailler. Sur le plan législatif, trois lois prévues depuis les accords de Taëf doivent être votées : la décentralisation administrative, l’indépendance de la justice et l’organisation du travail du Conseil des ministres. Les réformes convenues lors de la

CEDRE doivent également être mises en œuvre. Elles prévoient notamment une réduction de la taille de l’État afin de le rendre plus efficace et moins coûteux, à travers une optimisation de ses ressources humaines et matérielles. À court terme, le gouvernement devrait commencer par geler le recrutement dans la fonction publique. Et pour augmenter les recettes de l’État, une réforme des douanes à travers une informatisation des contrôles améliorera la traçabilité des produits et limitera les fraudes. Ce type de réforme permettra progressivement de retrouver un climat de confiance, qui mènera à une baisse des taux d’intérêt et donc à une reprise des crédits à la consommation et de l’investissement privé, qui à son tour conduira à la création de nouveaux emplois et de nouvelles richesses.

L’Association des banques du Liban (ABL) : Dans un communiqué publié au lendemain de la formation du nouveau gouvernement, l’ABL a fait état d’un impact immédiat sur les marchés financiers et a espéré que le dénouement de cette crise politique se répercutera sur la notation souveraine du Liban (voir par ailleurs). L’association a également appelé le gouvernement à mentionner dans sa déclaration ministérielle son aptitude à honorer ses engagements financiers vis-à-vis de ses créanciers et à protéger les dépôts des agents ainsi que le secteur bancaire. L’ABL a ensuite demandé au gouvernement de lancer les réformes structurelles convenues dans le cadre de la CEDRE.


(Lire aussi : Situation financière au Liban : quelques clés pour comprendre la fébrilité actuelle)


Walid Moussa, président du syndicat des agents et consultants immobiliers (REAL) : Le gouvernement devra approuver l’instauration d’une haute autorité, composée de hauts responsables et de représentants du secteur immobilier, chargée d’élaborer et de piloter la mise en œuvre d’une véritable politique de logement au Liban. L’État doit aussi prendre le relais de la Banque centrale en matière de soutien de la demande du secteur immobilier, soit en soutenant la demande (subvention aux prêts au logement), soit en allégeant la fiscalité pour les promoteurs immobiliers, entre autres pistes.

Ziad Bekdache, vice-président de l’Association des industriels : Le gouvernement doit commencer par approuver le plan McKinsey afin d’aider les secteurs productifs. Il faut moderniser le cadre législatif et octroyer des mesures incitatives à l’industrie. Les accords commerciaux qui ne sont pas avantageux pour le Liban devront être réétudiés. La réforme du secteur de l’électricité sera cruciale pour réduire le coût de production des industriels. Nous avons d’ailleurs envoyé une demande au Conseil des ministres suggérant la création d’une caisse destinée à aider les industriels spécialisés dans le recyclage.

Antoine Hoyek, président de l’Association des agriculteurs : Nous avons élaboré en 2002 un plan pour le secteur agricole, qui a été signé par tous les partis politiques en 2009. Mais rien n’a été fait à ce jour, et nous n’avons pas espoir que cela évolue avec le nouveau gouvernement. Ce plan prévoit la création de plusieurs structures qui permettraient le développement de ce secteur : une caisse de sécurité sociale pour les agriculteurs qui assurera une couverture sociale, mais aussi une assurance en cas d’intempéries ; un registre agricole qui déterminera les bénéficiaires de cette caisse ; une banque agricole qui assurera un financement au secteur ; et une chambre d’agriculture pour mieux peser sur les politiques publiques. Le plan prévoit aussi l’adoption d’une stratégie nationale de protection de la production agricole locale. Par ailleurs, l’État aurait dû soutenir davantage les exportations agricoles.

Wadih Kanaan, secrétaire général du syndicat des hôteliers : La levée de l’interdiction de l’arrivée des Saoudiens au Liban, qui ouvrira la porte au retour d’autres nationalités du Golfe. Le freinage que nous avons connu dans le secteur bancaire s’est arrêté avec la question des prêts bonifiés alloués au secteur du tourisme. Restructuration de prêts insolvables auprès de banques avec intérêts bonifiés. Une politique touristique intégrée visant à réaliser des projets durables et un tourisme durable.

Fadi Bizri, partenaire au sein du fonds d’investissement à capital-risque B&Y Venture Partners : Comme tout secteur, l’économie numérique a besoin que le nouveau gouvernement conduise des réformes, assure une stabilité politique, améliore la facilité à faire des affaires (ease of doing business) en modernisant les lois, en continuant à améliorer internet, en renforçant la transition vers l’e-gouvernement, et en développant des zones, comme la zone économique exclusive de Tripoli, qui offrent beaucoup d’avantages pour les start-up. Ce gouvernement semble être conscient de l’importance de l’économie de la connaissance, puisqu’il inclut désormais un ministre d’État pour les Technologies de l’information (Adel Afiouni). J’espère que cela engendrera des réformes plus spécifiques au secteur, comme la création d’un statut juridique spécial pour les fonds d’investissement. Le gouvernement peut aussi réfléchir à accorder des exemptions fiscales aux jeunes start-up pour leur première année d’exercice, en prenant en charge par exemple les cotisations sociales. Nous collaborons régulièrement avec la Banque centrale, notamment pour faire évoluer la circulaire 331. Avec un nouveau ministre pour le secteur, cette coordination ne peut être que renforcée.



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Antoine Sabbagha

Et la nouvelle loi des loyers ? Et la caisse tant attendue ??

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

SE METTRE AU TRAVAIL ET COMMENCER SANS RETARD LES REFORMES SUGGEREES ET PROMISES POUR PROFITER DES AIDES ET DES INVESTISSEMENTS DE LA CEDRE... ET ASSAINIR IMMEDIATEMENT LES RELATIONS AVEC TOUS LES PAYS ARABES ET DU GOLFE EN PRIORITE POUR ROUVRIR LA VOIE DU TOURISME ARABE TOUT EN ASSAINISSANT L,EDL, L,AEROPORT, LES PORTS ET TOUT LE SECTEUR PUBLIC EN GENERAL ! DES TRAVAUX ARDUS MAIS NECESSAIRES POUR LA BONNE MARCHE DU PAYS...
IL RESTE A VOIR SI LES HABITUDES CONDAMNABLES ET NEGATIVES CHANGERONT !

Sarkis Serge Tateossian

Absolument, des mesures urgentes pour soutenir l'économie particulièrement le secteur privé s'impose.
Trop de souffrance dans le pays.

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