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Liban

Hussein Salloum sillonne le bitume pour offrir un avenir à ses filles

Face à la précarité

Leur quotidien est un combat, leur avenir et celui de leurs proches un point d’interrogation. Alors que la situation économique du Liban ne cesse de se dégrader, ils sont en première ligne. Eux, ce sont les représentants d’une classe sociale fragile, précaire, qui lutte au quotidien, à Beyrouth et ailleurs au Liban. Nous avons décidé de leur donner la parole pour comprendre leurs difficultés, leurs aspirations, leurs espoirs et leurs sacrifices. Aujourd’hui, rencontre avec Hussein Salloum, 37 ans, livreur.

Nour BRAIDY | OLJ
06/02/2019

Il est 22h. Hussein Salloum vient de terminer sa journée de travail. Une journée de 12 heures. Emmitouflé dans son imperméable noir, ce père de famille de 37 ans confie se sentir « frigorifié ». Alors que la tempête Myriam sévissait, il a passé la journée à livrer les plats d’une chaîne de restauration à travers le Mont-Liban. Le col de son pull est humide, ses chaussettes aussi. « Pourtant, entre deux livraisons, je suis passé chez mon beau-père quelques minutes pour faire sécher mes vêtements sur la “sobia” », confie-t-il. Originaire de Baalbeck, membre d’une fratrie de 12 enfants, « six garçons et six filles », précise-t-il fièrement, Hussein Salloum vit aujourd’hui à Chiyah, dans la banlieue de Beyrouth, avec son épouse, enceinte d’un garçon, et leurs deux filles : Joud, 8 ans, et Reine, 4 ans. « Quand mon épouse a su qu’elle était enceinte, elle s’est mise à pleurer. Elle se demandait comment nous allions pouvoir nous en sortir avec un nouvel enfant », raconte Hussein Salloum, sans se départir de son petit sourire. « Ça va être difficile mais comme on dit : chaque enfant apporte son lot de chance. »


(Dans la même série : Pour Antranik Tateossian, 89 ans, la retraite n’est pas une option)


Le travail dès 6 ans

C’est à six ans que Hussein Salloum a découvert le monde du travail. « Après l’école, à 14h, je me rendais au marché de légumes à Chiyah et je remettais les étals en ordre », raconte-t-il, visiblement gêné de revenir sur cet épisode de sa vie. « J’ai fait cela jusqu’à mes 11 ans parce que la situation financière de ma famille n’était pas très bonne », lâche-t-il encore. À 14 ans, après avoir obtenu son brevet, il abandonne l’école. « J’ai commencé à travailler dans un furn (une boulangerie) de manakich. J’étais payé 600 000 LL par mois et j’aidais mes parents à acheter une maison à Chiyah », indique-t-il.

Alors que le service militaire était toujours obligatoire, il rejoint, pour un an, les rangs de l’armée l’année de ses 19 ans. Puis il décide de devenir propriétaire d’une boulangerie à Chiyah. Nous sommes en 2002. Rapidement, Hussein Salloum a des rentrées d’argent comme il n’en a jamais eu. « Je gagnais 3 000 dollars par mois », assure-t-il en réajustant sa casquette qui fait de l’ombre à ses yeux bleus. « Pour la première fois de ma vie, je ne me souciais plus de l’argent, confie-t-il. J’ai commencé à dépenser beaucoup : je me suis acheté une mobylette, une voiture, une BMW, et un téléphone. »

Mais en 2007, les affaires commencent à péricliter. « Tout a commencé à devenir plus cher, explique Hussein Salloum. Le gaz, la farine, l’huile… Mais je ne pouvais pas augmenter le prix de ma man’ouché : 1 750 LL pour celle au fromage et 750 pour celle au thym. » En 2009, il rencontre Haïfa, venue acheter une man’ouché. Un an plus tard, il l’épouse, il a alors 27 ans et ses revenus ont diminué de moitié par rapport à 2002. En 2012, alors que naît sa première fille, il ne gagne plus que 800 dollars par mois. « J’ai décidé de mettre la clef sous la porte », dit-il en tirant une cigarette de son paquet de Cedars. Pourtant, ma man’ouché était bonne, ma pâte était excellente.


(Dans la même série : Le combat d’« Abou Nabil », garagiste, pour vivre dignement)


« Mes filles ne savent pas »

Depuis 2015, Hussein Salloum est livreur dans une chaîne de restaurants libanaise. « Mes filles ne savent pas ce que je fais, avoue-t-il. Je leur ai dit que j’étais chef cuisinier dans un restaurant, alors je fais toujours attention d’arriver à la maison sans mon sac de livreur. » « Parfois, j’ai honte de mon travail, surtout quand je pense que j’étais propriétaire d’une boulangerie », reconnaît-il, en enchaînant les cigarettes. Surtout, aussi, quand les clients lui renvoient une image difficile à gérer. « Certains clients sont bons, d’autres pas, dit-il. Certains attendent que je sois dans l’ascenseur avant de fermer leur porte, d’autres me la ferment au nez. Souvent, j’ai l’impression d’être totalement transparent. » Sans parler de la pénibilité du travail. « Sur les routes, j’ai froid en hiver et j’étouffe en été. À la fin de la journée, j’ai le visage noir de saleté, ajoute-t-il. Si ce n’était pas pour mes filles, j’aurais quitté ce travail depuis longtemps, assure le jeune homme. Mais je n’ai rien à leur donner en héritage, alors je fais de mon mieux pour leur assurer une éducation qui puisse leur ouvrir des portes. » C’est pour cette raison qu’il a choisi de les inscrire dans une école privée – pour laquelle il débourse 4 000 dollars par an pour chacune de ses deux filles –, plutôt que dans le public, gratuit. « Le niveau est meilleur dans le privé », dit-il. Mais pour cela, il doit faire énormément de sacrifices.


12 heures par jour à 700 dollars

Hussein Salloum travaille 12 heures par jour, six jours par semaine. Il a un salaire fixe de 700 dollars par mois. À ce montant fixe, s’ajoutent les 400 dollars de pourboires qu’il réussit à encaisser, en moyenne, chaque mois. 400 dollars qu’il reverse intégralement à sa tante à qui il loue une maison. « Mais il faut encore ajouter les charges... », précise-t-il. Pour pouvoir boucler les fins de mois, il économise comme il peut et vit au jour le jour. « Chaque jour, je fais le plein de ma mobylette avec 5 000 LL, et chaque soir, j’achète du pain, un jus et une barre de chocolat pour chacune de mes filles pour leurs petit déjeuner et goûter du lendemain. » Son épouse, infirmière, aide à subvenir aux besoins de la famille avec son salaire de 2 000 000 de livres libanaises (1 330 dollars).


(Dans la même série : Pour Chantal Béchara, enseignante contractuelle, l’avenir est en suspens)


La combinaison des deux salaires permet à la famille de se permettre une petite escapade, deux fois par mois. « La semaine dernière, j’ai emmené mes filles jouer dans la neige, à Ouyoun el-Simane », raconte-t-il.

Aujourd’hui, Hussein Salloum a en tête d’acheter une maison, ce qui offrirait une garantie de stabilité à sa famille. Mais il ne peut pas envisager ce projet avant la fin du remboursement de son crédit auto, en 2020. Il aurait aussi voulu que son épouse n’ait pas à travailler « et soit une femme au foyer, heureuse de prendre soin de ses enfants et de sa maison ».

Avec ses frères, il arrive que le sujet de l’émigration soit abordé. L’un de ses frères, notamment, lui vante souvent les mérites de la Suisse, un pays « où l’homme a de la valeur ». Mais pour Hussein Salloum, l’émigration n’est pas une option. « J’aime trop ma famille et le Liban », dit-il.


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Eleni Caridopoulou

Hussein tu es courageux, je te souhaite tout le bien

Amère Ri(s)que

Il n'y a pas de sot métier , seule la volonté de vouloir s'en sortir compte .

Il est de la race des résistants, en effet .

Stes David

Pendant que la manouche est devenue populaire à l'étranger par les émigrants libanais, la 'manouche' perd du terrain au Liban même ...

Irene Said

"...parfois j'ai honte de mon travail..."

non, Hussein, vous ne devez pas avoir honte, vous êtes un vrai héros, que Dieu vous garde vous et votre famille !

Ce sont les Libanais de votre trempe qui sauvent l'honneur de notre pays, en résistant magnifiquement chaque jour contre le sort que nous réservent nos "responsables", tous, absolument tous, sans conscience et corrompus !
Irène Saïd













Marionet

Joli papie, très touchant et chouettes photos.

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