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Liban

Gouvernement : non content de bloquer la situation, le Hezbollah appelle... à la prière

crise

Saad Hariri s’entretient avec Samir Geagea et rencontre Gebran Bassil à trois reprises à Paris.

Yara ABI AKL | OLJ
28/01/2019

C’est une semaine particulièrement décisive qui s’annonce au niveau de la formation du gouvernement. Et pour cause: le Premier ministre désigné, Saad Hariri, devrait « trancher » la question ministérielle comme il l’avait promis mercredi dernier à l’issue de son entretien avec le chef du Parti socialiste progressiste, Walid Joumblatt, à Clémenceau. Sauf que, de l’autre côté, le Hezbollah ne cherche toujours pas – ou alors ne parvient pas – à débloquer le processus et se contente d’appeler à… la prière.

C’est ce message que le secrétaire général du parti, Hassan Nasrallah, a transmis samedi soir aussi bien à Saad Hariri qu’au chef du Courant patriotique libre, Gebran Bassil, et tous les protagonistes concernés par les tractations ministérielles. Dans un entretien accordé à la chaîne al-Mayadine, le dignitaire chiite a reconnu que les négociations en cours butent encore sur le fameux obstacle sunnite né de l’insistance des six députés sunnites hostiles à M. Hariri à prendre part au cabinet, et sur la révision du partage des portefeuilles au sein de la future équipe. Le secrétaire général du Hezbollah n’a toutefois pas manqué de se féliciter d’ « efforts sérieux » dans le sens de la mise sur pied du cabinet. « Saad Hariri tente d’arrondir les angles », a-t-il déclaré, tout en appelant à « la prière » pour que ces efforts aboutissent à un dénouement heureux. Insistant sur l’importance de former un gouvernement dans les plus brefs délais, Hassan Nasrallah a assuré qu’ « il n’y a aucune ingérence extérieure dans la mise sur pied du cabinet ». Le numéro un du Hezbollah a, par ailleurs, évoqué ses rapports avec le président de la République, Michel Aoun, et le chef du CPL. « Rien n’a changé en ce qui concerne nos relations, nos contacts, notre entente avec le Courant patriotique libre (CPL, aouniste) », a-t-il affirmé. « Absolument rien ne peut entacher la confiance établie avec le président Michel Aoun », a-t-il ajouté, soulignant que cette relation avait été renforcée par « les prises de position, publiques ou non, du président Aoun lors de la guerre de juillet 2006 ». Il a indiqué avoir une relation « amicale et de confiance » avec le chef du CPL, Gebran Bassil, soulignant toutefois qu’« être alliés ne signifie pas que nous sommes un seul parti. Il est normal qu’il y ait des divergences d’opinion ».

Emboîtant naturellement le pas au secrétaire général du parti, le cheikh Nabil Kaouk, membre du conseil politique du Hezbollah, a confirmé que l’embellie gouvernementale n’est pas pour demain. Lors d’une cérémonie à Houmine el-Faouqa (Nabatiyé), il a déclaré sans détour: « La crise gouvernementale s’amplifie. Et rien ne garantit une proche solution, parce que certains continuent de nier le droit de la Rencontre consultative (regroupant les six députés hostiles au courant du Futur) à être représentée au sein du gouvernement. »

Des propos auxquels il conviendrait d’ajouter une déclaration de Abdel Rahim Mrad, député de la Békaa-Ouest et un des six parlementaires antihaririens. S’exprimant dans le cadre d’une table ronde à Tripoli, M. Mrad est revenu à la charge, insistant sur « le droit » du groupe auquel il appartient de prendre part à l’équipe Hariri. « Notre ministrable devrait représenter la Rencontre consultative exclusivement en Conseil des ministres. Il ne devrait pas exprimer la volonté des autres », a-t-il tonné. Une façon pour le député de faire barrage à toute solution prévoyant l’inclusion du ministre sunnite en question dans le lot du chef de l’État, comme le veut le CPL pour s’emparer du tiers de blocage.


(Lire aussi : Dans la forme et le fond, des messages de Nasrallah dans plusieurs directions, le décryptage de Scarlett Haddad)


À Paris…

Cette nouvelle escalade de la part du Hezbollah et de ses alliés confirme que la mise sur pied du cabinet n’est pas aussi proche que s’efforçaient à le montrer les milieux de MM. Bassil et Hariri au cours de la semaine écoulée. Mais cela ne semble pas réduire la détermination du Premier ministre à accomplir sa mission. Ainsi, une source proche de la Maison du Centre assure à L’Orient-Le Jour que Saad Hariri n’envisage aucunement de jeter l’éponge. Loin de là. Il poursuit ses efforts en quête d’un déblocage. Il n’en reste pas moins qu’il est déterminé à « trancher » la question cette semaine, ajoute-t-on de même source, expliquant que la décision du chef du gouvernement oscille entre la mise sur pied du cabinet (après avoir surmonté tous les obstacles) et la redynamisation du cabinet sortant.

Pour ce qui est des propos de Hassan Nasrallah, les milieux de la Maison du Centre n’y trouvent pas de « données nouvelles ». Selon eux, le secrétaire général du parti chiite a lié la léthargie gouvernementale aux développements régionaux, notamment l’avenir de la présence iranienne dans la région, à l’heure où la République islamique fait face à de dures sanctions américaines. Il cherche donc à maintenir le blocage gouvernemental.


(Lire aussi : Le gouvernement libanais dans la tourmente des enjeux régionaux et internationaux)


Quoi qu’il en soit, Saad Hariri poursuit, depuis Paris, où il se trouve en visite privée depuis jeudi, ses contacts visant à défaire les derniers nœuds qui bloquent les tractations. C’est dans ce cadre qu’il convient de placer ses trois réunions successives avec Gebran Basssil dans la capitale française. Une source proche du leader du CPL souligne à L’OLJ que MM. Hariri et Bassil ont passé en revue les cinq propositions présentées par le ministre des Affaires étrangères afin de pouvoir inclure un représentant des sunnites du 8 Mars au cabinet. Il s’agit, entre autres, d’un éventuel élargissement du cabinet à 32 ou 36 ministres. Sauf que les proches de Gebran Bassil sont catégoriques: pas de nouvelles concessions. D’autant que le tandem Baabda-CPL en a fait beaucoup en acceptant d’accorder un siège du lot présidentiel aux sunnites du 8 Mars. Le président de la République a également accepté de permettre aux députés en question de nommer les personnalités qu’ils souhaitent pour occuper ce poste, ajoute-t-on dans les mêmes milieux, avant de poursuivre sur un ton catégorique: le ministre sunnite devra faire partie du lot du chef de l’État. Une façon pour le tandem Baabda-CPL d’affirmer sa volonté de détenir le tiers de blocage. Même si certains observateurs estiment qu’il s’agirait d’un « tiers de blocage à temps partiel » dans la mesure où le ministre en question serait naturellement proche du Hezbollah.

Saad Hariri a également profité de son déplacement en France pour s’entretenir avec le leader des Forces libanaises, Samir Geagea, en présence du ministre sortant de la Culture, Ghattas Khoury. Contrairement aux récentes spéculations médiatiques selon lesquelles M. Hariri aurait tenté de convaincre M. Geagea de se désister du ministère de la Culture au profit du chef du législatif, Nabih Berry (qui accorderait alors l’Environnement au CPL), des sources proches de Meerab assurent que les FL n’entendent pas faire de nouvelles concessions et sont attachées à leur quote-part de quatre ministres. Une position indiscutable que Saad Hariri connaît et comprend bien, ajoutent les milieux FL.


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TrucMuche

En taule ! Tous.

Eleni Caridopoulou

On doit prier Gibran , il est partout, après on doit prier au saint hassan Nasrallah ensuite aux saints ayatollah de l'Iran et à la fin au saint Bachar el Assad '..''.

Georges MELKI

"tout en appelant à « la prière » pour que ces efforts aboutissent à un dénouement heureux."
Et voilà! Il est d'accord avec le patriarche maronite! Que voulez-vous de plus en guise d'unité nationale?

Wlek Sanferlou

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Sarkis Serge Tateossian

Nous sommes si médiocres....
Si Dieu nous à faits à son image, nous le lui avons bien rendu.... Par nos nullités.

gaby sioufi

RESUMONS LA SITUATION :
TOUS NOS HONORABLES ONT SACRIFIE BCP DU LEURS,
TOUS NOS HONORABLES N'ONT PLUS RIEN A OFFRIR LES UNS AUX AUTRES,
ET DONC NOS HONORABLES ATTENDRAIENT QUOI QUI RESOUDRAIT NOTRE PROBLEME( A L'EVIDENCE PAS LE LEUR DU TOUT ):
LA REPONSE DANS LES DIVERSES ANALYSES TROUVEES DANS NOS MEDIAS, OU EN DECRYPTANT TRES EN PROFONDEUR LES PAROLES SUBLIMES DE HN.

BOSS QUI BOSSE

À Paris par ce froid polaire, il est vrai que nos dirigeants pourront nous servir un gvnmt bien plus que frais, mais glacial.

Allez Saad encore un petit effort et sors nous de là par la porte de la résistance Stp.

Par la grâce de Dieu.

L’azuréen

Contentons nous d’être tout simplement ici-bas de simples pécheurs . Et bien entendu , en toutes humilité et sans fanfaronnades ou pirouettes passer le seconde vitesse pour former ce gouvernement pour que le pays puisse avancer et être enfin crédible . En huit mois nous avons eu largement le temps de faire des prières. Maintenant il faut AGIR .

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

VRAIMENT IL NE RESTE QUE LA PRIERE ET DIEU POUR SAUVER CE PAYS TRAHI PAR TOUS SES ENFANTS ET SURTOUT
PAR LES PRETENDUS DIVINS...

Tina Chamoun

Il n'y a pas si longtemps, le patriarche Rai a lui aussi appelé à la pière, ça n'a fait bondir personne. Le Hezb n'a pas exigé le genre de prière à faire car le gouvernment c'est pour tous les Libanais. Il le sait très bien lui, c'est Dieu himself qui le lui chuchote à l'oreille.

Atalante fugitive

Il a dit « il n’y a aucune ingérence extérieure dans la mise sur pied du cabinet » et nous l'avons cru,,,, car il est le doigt de Dieu sur terre, lol.

Irene Said

"...Le Hezbollah appelle à la prière..."

Nous, on veut bien prier...mais quel DIEU ?

- celui des turbans blancs et noirs ?

- celui des 6 Sunnites pro-Syrie-et-anti-Hariri, ou ceux pro-Hariri ?

- celui des grands responsables maronites ?

- celui des Alaouites ?

ou tous à la fois ?

on veut être certains que nos prières seront efficaces auprès de ces divers "dieux", vu qu'on va y consacrer une grande partie de notre temps !
Irène Saïd

Tina Chamoun

Amen!

BOSS QUI BOSSE

Je dirai quelque chose qui n'a rien à voir avec le reste, trump-pète a bien finit par renoncer au mur pour débloquer un shutdown qui faisait du tort au pays.

Saad, nos prières vous accompagnent.

Il n y a aucun mal à invoquer le ciel , pour qu'il nous vienne en aide, pourquoi avoir bêtement accusé la résistance du hezb LIBANAIS d'en avoir fait mention ?

Je ne COMPRENDS pas moi !!!!!!@

Yves Prevost

"Demander à Dieu quelque chose et ne rien faire pour l'obtenir, je dis,moi, que c'est mal élevé", faisait remarquer Péguy. Le comble est de demander à Dieu un gouvernement, et, dans le même temps, s'acharner à en bloquer la formation!

Gebran Eid

DONC ILS SONT NOMBREUX À PARIS. ILS SE RENCONTRENT DANS LES CAFÉS DE PARIS. C'EST TRÈS IMPORTANT ILS N'ARRIVENT PLUS À DISCUTER ENTRE EUX AU PAYS, FAUTE DE BRUIT ET DE CIRCULATION. MAIS DANS UN DE CES TUNNELS DE H.NASRALLAH, ÇA FAIT PAS LEURS AFFAIRES ? C'EST LE CALME ABSOLU.

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