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Liban

Le HCR et la communauté internationale à nouveau cibles du pouvoir

Réfugiés syriens

Le questionnaire soumis par l’organisation onusienne est destiné à décourager le retour des déplacés, affirme une conseillère de Gebran Bassil.

11/01/2019

La question des réfugiés syriens est revenue en force mercredi dans le discours traditionnel prononcé par le chef de l’État devant le corps diplomatique à l’occasion du Nouvel An. Cette fois-ci, Michel Aoun est monté au créneau pour dénoncer un plan occulte visant à « forcer les Libanais à quitter le pays de manière à faciliter la mise en œuvre de solutions suspectes ». Il s’agit d’une allusion claire à la communauté internationale dont la position sur l’avenir des réfugiés « n’est pas claire », de l’avis du président.

Relayant la politique agressive adoptée dans ce domaine depuis quelque temps par le ministère des Affaires étrangères qui s’est engagé dans une guerre ouverte contre le Haut-commissariat de l›ONU pour les réfugiés (HCR), accusé de chercher à dissuader les déplacés syriens de retourner chez eux, le président Aoun est revenu à la charge pour critiquer à son tour les tentatives de la communauté internationale de lier le retour de ces derniers à une solution politique, « qui pourrait prendre du temps avant de se concrétiser », a-t-il rappelé.

Cette position avancée du chef de l’État survient quelques jours après les déclarations faites lundi dernier par Ola Boutros, conseillère du ministre sortant des Affaires étrangères, Gebran Bassil, qui a carrément accusé le HCR de recourir à une « procédure d’intimidation » pour dissuader les réfugiés de retourner en Syrie. Mme Boutros reprenait ainsi les positions préalablement exprimées en ce sens au palais Bustros depuis pratiquement le déclenchement du mouvement de « retour volontaire » que coordonne, depuis plusieurs mois, la Sûreté générale. À ce jour, près de 11 000 réfugiés ont pu regagner leurs villes et villages d’origine.


(Lire aussi : Aoun au corps diplomatique : La position internationale est « peu rassurante »)


Le HCR accusé de tous les maux
Mme Boutros fonde ses accusations sur le questionnaire administratif que soumet systématiquement le HCR aux individus ayant exprimé leur souhait de retourner et dont la teneur, dit-elle dans un entretien accordé à la chaîne al-Jadeed, est destinée à « susciter la panique » parmi les réfugiés à travers des questions visant à les dissuader de leur choix. La conseillère argue notamment du fait qu’avant le départ escompté des réfugiés, les employés du HCR tentent de prévenir les hommes du « danger d’être enrôlés pour le service militaire » et du fait qu’ils n’ont pas de logement pour les abriter à leur retour.

Ce n’est pas la première fois que le questionnaire du HCR est mis en cause. Il y a quelques mois, un autre responsable du ministère des Affaires étrangères avait également dénoncé la méthode pratiquée par l’organisation onusienne et ses velléités présumées de contrer le retour des réfugiés. L’Orient-Le Jour a pu obtenir une copie de ce questionnaire pour constater que les questions qui y figurent – complètement neutres dans leur formulation – n’évoquent ni de près ni de loin le sujet du service militaire. Une grande partie du formulaire est destinée à recueillir des informations pratiques sur les personnes concernées, notamment des renseignements personnels sur leur statut, leur famille et leur lieu de destination finale en Syrie, dans l’objectif de pouvoir assurer un suivi une fois rentrés chez eux. À travers d’autres questions, le HCR cherche en outre à s’assurer que les réfugiés sont en possession de leurs documents d’identité. Un facteur incontournable pour garantir leur liberté de circulation et leur éviter d’être arrêtés aux barrages militaires, comme cela a été rapporté dans plusieurs cas. Le questionnaire débute par une note du HCR qui affirme « respecter le souhait » exprimé par le réfugié de retourner chez lui et rappelle que la responsabilité de l’organisation est de s’assurer que la personne concernée possède « les informations et documents dont elle a besoin ». Le HCR laisse également le choix au déplacé de répondre ou non aux questions ou de réagir à une partie d’entre elles seulement.


Une méthode contre-productive
Diabolisé par le ministre sortant des Affaires étrangères depuis que les combats en Syrie ont cessé sur la majorité des fronts, le HCR, dont la mission est prioritairement humanitaire, s’est trouvé depuis acculé à la défensive, multipliant les déclarations susceptibles de le dédouaner des accusations – le plus souvent infondées – qui lui sont imputées. Dans les milieux de l’organisation, on rappelle à qui veut l’entendre que le HCR n’a jamais objecté ni freiné le retour de ceux qui le souhaitent, tout comme il n’encourage pas non plus le rapatriement, se disant engagé à respecter le choix volontaire des réfugiés.

Selon un diplomate qui suit de près ce dossier, le fait de marteler que le HCR, ou la communauté internationale, « complote pour dissuader les déplacés de rentrer chez eux finira par devenir contre-productif et découragera, à court et moyen terme, tous ceux qui souhaitent réellement rentrer ». « Cela n’est aucunement dans l’intérêt du Liban », souligne le diplomate.

Si le retour massif est encore considéré au sein de la communauté internationale dans son ensemble comme prématuré – les conditions politiques, sécuritaires et logistiques n’étant pas encore assurées –, il n’en reste pas moins que les craintes d’une implantation de plus d’un million de réfugiés sont non seulement injustifiées, mais aussi dénuées de tout fondement, assure-t-on encore de même source diplomatique.

« Seul le Liban peut décider, par une décision souveraine, s’il veut entériner une telle implantation ou pas. Ce n’est pas la communauté internationale qui l’imposera », précise cette source qui insiste sur la nécessité d’éliminer toute confusion autour de cette inquiétude que répercutent régulièrement les médias.

La crainte de voir le séjour des réfugiés se prolonger a été alimentée ces derniers temps par des déclarations laissant entendre que leur retour n’est pas imminent. C’est notamment l’avis qu’avait répercuté, en novembre dernier, le chef de la diplomatie du Vatican, le cardinal Paul Richard Gallagher, devant une délégation libanaise en soulignant que le président syrien Bachar el-Assad ne veut pas du retour des réfugiés dans son pays, invitant les autorités libanaises à mieux gérer ce dossier sans prévoir le retour des déplacés dans un proche avenir.


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C,EST QUE MALHEUREUSEMENT LA GUERRE DE SYRIE N,EST PAS FINIE. LE SECOND ROUND DU MATCH SYRIEN EST EN VUE SURTOUT APRES LE CONTROLE TOTAL DE LA PROVINCE D,EDLEB PAR LES EXTREMISTES !
YARET BI FELLOU LYOM ABEL BEKRA...

NAUFAL SORAYA

Le jour où la communauté internationale aura fini de se moquer de nous sera un grand jour...

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