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Liban - Éclairage

Gouvernement : ce ne sera pas non plus pour le Nouvel An

C’est désormais une crise de régime et non plus une crise ministérielle, estime-t-on en haut lieu.

Le patriarche recevant le député aouniste Mario Aoun : « Il n’y a plus au Liban qu’un décideur, le Hezbollah. » Photo ANI

Ce ne fut pas pour Noël. Ce ne sera pas davantage pour le Nouvel An. Le processus de formation du nouveau gouvernement est grippé. En attendant l’inévitable relance des efforts qui, tôt ou tard, se produira en 2019, le Premier ministre continue de se murer dans un mutisme déroutant. Pour sa part, le chef de l’État attend que la crise soulevée par l’échec de la dernière tentative de former le gouvernement se tasse pour proposer quelque chose.

La crise est désormais « une crise de régime et non plus une simple crise ministérielle », estime-t-on en haut lieu. Derrière tout ce qui se passe se profile un changement de la règle du jeu constitutionnelle, comme l’a affirmé, mardi, à Bkerké, après la messe de Noël, le chef de l’État lui-même, qui a demandé par la même occasion aux Libanais de prier, en philosophant sur l’impermanence.

Dans le temps mort que traverse le pays, une mise en garde et un projet de rechange ont été avancés, un peu pour l’honneur. La mise en garde est venue de Marwan Hamadé, qui a rappelé qu’un retard supplémentaire dans la formation du gouvernement réveillera la rue ; une rue qui, du reste, est déjà en train de bâiller et de s’étirer.

Le projet de rechange est venu du député aouniste, le général Chamel Roukoz, qui a proposé la formation d’un cabinet de 14 grandes compétences, où l’élément économique et financier dominerait. L’intérêt de la proposition du général Roukoz, qui rejoint en partie l’opinion du patriarche maronite – et de bien des Libanais de bon sens –, c’est qu’elle est assortie d’une proposition d’une nouvelle conférence de dialogue, à Baabda. Car en tout état de cause, qu’un gouvernement restreint soit d’actualité ou non, il semble que la convocation d’une conférence de cette nature soit désormais inévitable, si l’on veut que la crise actuelle soit résolue sur le fond, au sein des institutions, et non pas dans la rue. C’est l’avis du député Chamel Roukoz, tel que recueilli hier soir par L’OLJ, qui affirme que « le pays ne peut plus continuer ainsi, otage des jeux de pouvoir des féodaux, des corrompus, de l’argent, des armes et des milieux religieux », et, citant un rapport économique faisant état de 2 000 PME ayant mis la clé sous la porte en 2017, rappelle l’urgence d’un plan de relance économique. Et l’ancien officier d’affirmer, défendant son projet de cabinet restreint, que « la formation d’un gouvernement de trente désaccordé, hétérogène, ne donnera pas plus de résultats que n’en a donné l’actuelle équipe ».

(Lire aussi : Salah Honein : Nous sommes en présence d’une dictature collégiale)


Le peuple boit la tasse

En attendant que ça se tasse, c’est le peuple qui boit la tasse. « Moteur éteint », le courant du Futur fait le mort. Les six députés à l’origine du blocage, eux, se sont à nouveau réunis hier pour réaffirmer leur volonté de voir le ministre nommé les représenter « exclusivement ». Sur les réseaux sociaux, la guerre CPL-Hezbollah fait rage, mais dans les cercles du Courant patriotique libre, on insiste sur le fait que les attaques dirigées contre Gebran Bassil atteignent en fin de compte Michel Aoun et son mandat.

Est-ce vraiment la cassure ? Dans les milieux informés, on affirmait hier qu’aucune des deux parties n’a intérêt à le dire, même si dans les cercles favorables au président de la République, on affirme que ce dernier s’est senti trahi. Et ces milieux de rappeler que Michel Aoun a été « surpris » quand, sur le point de voir le gouvernement formé, le Hezbollah a exigé un portefeuille ministériel pour les sunnites du 8 Mars et que, plaidant en faveur d’un Premier ministre « fort », il s’est retrouvé devant le diktat du Hezbollah qui, un comble, a justifié sa décision par un impératif « éthique ».

Dans les conversations de Bkerké, on entend dire désormais souvent « qu’il n’y a plus qu’un décideur, le Hezbollah », et que « les deux personnes qui ont le pouvoir constitutionnel sont désormais incapables de gérer la crise ».


(Lire aussi : Gouvernement : derrière le problème de forme, une question de fond)


Rapports politiques modifiés

Estimant que les élections législatives de mai dernier ont modifié le rapport des forces politiques, le Hezbollah, rappelle-t-on, exige que le nouveau gouvernement reflète cette modification à travers un portefeuille ministériel qui irait à un ministre représentant la « Rencontre consultative », un bloc politique de six députés sunnites relevant de trois blocs parlementaires différents, et qui se dit néanmoins indépendant.

Ce faisant, le Hezbollah s’arrange pour obtenir le tiers de blocage de 11 ministres qu’il accuse le chef du Courant patriotique libre de rechercher, de façon détournée, en attribuant le portefeuille ministériel revenant aux sunnites indépendants à Jawad Adra, à charge pour ce dernier d’être intégré au CPL et de lui faire allégeance, plutôt qu’au bloc des sunnites dissidents.

« Deux choses ne se répètent pas, a dit hier dans un tweet laconique M. Adra, le bien que vous faites, et le mal qu’on dit de vous. »

Toujours est-il que le processus de formation du gouvernement est aujourd’hui engagé dans un cercle vicieux qui tient à un ministre de plus ou de moins, une question sur laquelle s’est greffée, en dernière minute, une ruée sur certains portefeuilles ministériels juteux, comme celui de l’Environnement, où des fonds de 1,4 milliard de dollars seront injectés à la faveur de la conférence CEDRE, et un rejet de certains autres, comme celui de l’Information, dont plus personne ne veut.



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Ce ne fut pas pour Noël. Ce ne sera pas davantage pour le Nouvel An. Le processus de formation du nouveau gouvernement est grippé. En attendant l’inévitable relance des efforts qui, tôt ou tard, se produira en 2019, le Premier ministre continue de se murer dans un mutisme déroutant. Pour sa part, le chef de l’État attend que la crise soulevée par l’échec de la dernière tentative de...
commentaires (16)

Mr. Aoun ne peut rien faire sans l'accord du Hezbollah et oui c'est comme ça , pourquoi on ne change pas de premier ministre? Moi j'aime Saad Hariri

Eleni Caridopoulou

19 h 08, le 31 décembre 2018

Tous les commentaires

Commentaires (16)

  • Mr. Aoun ne peut rien faire sans l'accord du Hezbollah et oui c'est comme ça , pourquoi on ne change pas de premier ministre? Moi j'aime Saad Hariri

    Eleni Caridopoulou

    19 h 08, le 31 décembre 2018

  • Le Hezbollah met la main basse sur un état en faillite et le peuple sait qui sont les responsables. Quand le peuple va se réveiller ça va faire très mal ! Et le big boss aura beau dire que ce sont les usurpateurs ou les extra terrestres qui sont les responsables , personne ne l’écoutera car il perdra encore plus de crédibilité....

    L’azuréen

    23 h 18, le 28 décembre 2018

  • Certains leaders du Hezbollah ne se lassent pas de dire "Ce ne sont pas nous qui avons créé le noeud des six députés sunnites pro-syriens élus pas les voix chiites, ce sont les urnes". L'excellent nouveau député chiite de Jbeil, Moustapha el-Housseini, a été élu par la majorité maronite du Kesrouan-Jbeil. Il ne prétend pas avoir le droit de chasser Nabih Berry du "Perchoir" Soyez raisonnables pour une fois.

    Un Libanais

    20 h 17, le 28 décembre 2018

  • The big boss possède 4 zieux , il n'en ferme AUCUN pour permettre aux grandes gueules de PARLER sans les entendre. Lol..

    FRIK-A-FRAK

    14 h 17, le 28 décembre 2018

  • La phot accompagnant cet article parle d'elle bien installés dans leurs fauteuils, parlotte, et ils laissent M.Aoun et le Hezbollah mener le pays à la catastrophe : 2.000 dépôts de bilan en 2017.. honte à ces prétendus responsables .... Ils sont impunis et ça peut continue de cette façon destructrice longuement et même après le gouvernement fantoche

    FAKHOURI

    12 h 58, le 28 décembre 2018

  • Ça sera pour le nouvel an perse.

    FRIK-A-FRAK

    12 h 54, le 28 décembre 2018

  • Au fait...le divin BIG BOSS, champion des discours-fleuve par écran télévision géant interposé, observe-t-il une trève pour Noël et le Nouvel An ? Lui qui nous a toujours assuré qu'il ne fait que ce qu'il y a de mieux pour le Liban...et son peuple ! Irène Saïd

    Irene Said

    12 h 45, le 28 décembre 2018

  • QUELLE HONTE ! QUELLE DECADENCE ! QUELLE ABERRATION ! OU EST L,AUTO PROCLAMÉ FORT ? LE PAYS EST L,OTAGE DE L,IRAN ET DE SES ACCESSOIRES DONT IL FUT LE PARAVENT POUR DEJA 13 ANS !

    LA LIBRE EXPRESSION

    11 h 06, le 28 décembre 2018

  • "...qui a demandé par la même occasion aux Libanais de prier, en philosophant sur l’impermanence." Alors allons-y! Prions tous ensemble: Kyrie eleison, Christe eleison...

    Georges MELKI

    10 h 28, le 28 décembre 2018

  • DU DICTON ARABE : IL ME FRAPPE & C LUI QUI PLEURE, ET IL ME PRECEDE A M'ACCUSER MOI ! DEPUIS DES LUSTRES , NS SOMMES EST DE CES DERIVES A LA CONSTITUTION ET DONT IL EST LUI L'UN DES 1ers INSTIGATEURS.

    Gaby SIOUFI

    09 h 10, le 28 décembre 2018

  • "...2000 PME ayant mis la clé sous la porte en 2017..." MERCI, Messieurs Michel Aoun, Saad Hariri, Nabih Berry, le Hezbollah ainsi que tous vos alliés de tous bords ! Rien à ajouter, sauf que nous vous souhaitons de payer un jour le prix fort pour tout le mal que vous nous faites, à nous le petit peuple sans défense ! Irène Saïd

    Irene Said

    08 h 33, le 28 décembre 2018

  • A Pâques ou à la Trinité...

    Tina Chamoun

    07 h 03, le 28 décembre 2018

  • Elle est ou la responsabilite du CPL dans tout ça? Pas un mea culpa d’un responsable Aouniste Ils ont livré le pays au hezbollah et lui ont assurė une couverture chretienne pour une chimère et l’illusion du pouvoir. C’est nous tous qui en payons le prix.

    ayda ka

    06 h 22, le 28 décembre 2018

  • La proposition de Chamel Roukouz n'est pas surprenante en elle même sauf qu'elle pourrait indiquer que Chamel Roukouz n'est plus en phase avec Gebran Bassil, mais aussi, que le CPL n'est plus en phase avec le Hezbollah. Que ce soit un gouvernement de trente ou une équipe de technocrate de quatorze le fond du problème reste le même: la constitution est bafouée. J'invite Nabih Berri à réunir le parlement et les chefs de partis et leur lire la constitution à voix haute et leur demander de répéter derrière lui chaque mot, chaque phrase, et chaque article. Il faut remettre la constitution en place.

    Zovighian Michel

    06 h 08, le 28 décembre 2018

  • Non mais, de deux choses l’une Messieurs du CPL: soit que vous faites preuve de naïveté et de stupidité extrême ou bien d’un opportunisme cynique... En effet, ça fait des années que des nationalistes bien-pensants vous reprochaient votre alliance contre nature avec le Hezbollah qui avait clairement une mainmise sournoise sur la décision nationale de longue date... Fort bien, d’autant que vous étiez convaincus, qu’une fois que Mr Aoun imposé comme Président, HN lui laissera les coudées franches pour reconstruire l’etat Libanais à sa guise... Eh bien, bon réveil Messieurs: c’est comme si vous découvriez la lune en affirmant qu’au Liban, il n’y a qu’un décideur, le Hezbollah! Et maintenant, c’est quoi votre solution à ce casse-tête catastrophique déjà prévu? C’est maintenant qu’on attend de Mr. Aoun, une position courageuse et patriotique s’il veut racheter ses mauvais calculs du passé!

    Saliba Nouhad

    05 h 20, le 28 décembre 2018

  • Le pays est pris en otage. D'autres explications ne servent à rien. Le chef de l'état soit réagir.

    Sarkis Serge Tateossian

    01 h 40, le 28 décembre 2018

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