Liban

Gouvernement : derrière le problème de forme, une question de fond

Décryptage
27/12/2018

Comment en quelques heures, la situation gouvernementale a-t-elle pu basculer de cette façon de l’optimisme béat au blocage le plus total? Jusqu’à présent, les détails des développements qui se sont produits entre vendredi soir et samedi et qui ont fait passer le climat général d’une extrême à l’autre n’ont pas encore été divulgués. Mais selon ceux qui ont suivi le dossier de la formation du gouvernement, il y aurait eu comme un élément secret qui a brusquement balayé les données positives et qui a poussé le chef de l’État à déclarer à partir de Bkerké, le regard triste et la voix rauque, que « certains veulent visiblement instaurer de nouvelles règles dans la formation du gouvernement ». Le chef de l’État n’a pas prononcé un mot de plus, mais cette phrase qui a fait immédiatement l’objet de multiples interprétations en dit long sur sa déception alors qu’il espérait que le nouveau gouvernement serait le cadeau de Noël des Libanais.

Le gouvernement ne sera donc ni un cadeau de Noël ni un présent de fin d’année, les parties politiques ayant pris une pause pour digérer ce qui s’est passé et essayer de prendre du recul avant de lancer de nouvelles initiatives.

Mais pour aller de l’avant, il faut d’abord comprendre ce qui s’est passé. En fait, tout repose sur une phrase suffisamment floue pour provoquer des malentendus ou des quiproquos. Il s’agit de l’un des points de ce qu’on a appelé l’initiative présidentielle qui a été remise au directeur de la Sûreté générale pour l’appliquer et qui avait prévu une solution au « nœud sunnite », en ces termes : « Le ministre sera une personnalité proche des six députés de la “Rencontre consultative” et il sera son représentant au gouvernement, tout en figurant dans la quote-part du président. »


(Lire aussi : Salah Honein : Nous sommes en présence d’une dictature collégiale)


Plusieurs sources concordantes précisent à ce sujet que le nom de Jawad Adra est apparu lors de la rencontre entre le Premier ministre Saad Hariri et le ministre des Affaires étrangères Gebran Bassil, qui s’était tenue à Londres en marge du Forum économique libano-britannique. Le général Ibrahim a été aussitôt chargé de le faire accepter par les six députés de la « Rencontre consultative ». Au départ, ceux-ci n’ont pas protesté, mais le scénario qui a été adopté dans la communication du nom et dans l’annonce qu’il fera partie de la part présidentielle et donc du bloc du Liban fort a été jugé insultant pour eux. C’est d’ailleurs là que réside le point caché qui a mis en échec le plan si soigneusement établi pour régler la question de la représentation de ce groupe au sein du gouvernement.

Officiellement c’est le député Kassem Hachem (membre du groupe parlementaire du président de la Chambre Nabih Berry) qui a communiqué le nom à ses compagnons de la « Rencontre consultative » en ouvrant une enveloppe soigneusement fermée. Déjà, ce détail est en lui-même désobligeant pour les six députés puisqu’il montre que le nom a été parachuté et qu’il ne fait pas partie de leur choix initial. Comme ce détail a été divulgué par les médias, les six députés se sont sentis humiliés et ils ont alors décidé de riposter en convoquant Jawad Adra à une réunion dans laquelle ils comptaient lui demander d’être exclusivement leur représentant au sein du gouvernement et, par conséquent, de ne pas rallier le bloc du Liban fort. Cette démarche visait à redonner du poids à la « Rencontre consultative », qui a été contrainte d’accepter un représentant qu’elle n’avait pas choisi. Et à partir de là, les choses ont dérapé : Jawad Adra a refusé de rejoindre la « Rencontre consultative » et Gebran Bassil a refusé qu’il ne soit pas dans son bloc. L’initiative présidentielle pour régler « le nœud sunnite » a été sabotée et, par ricochet, la médiation du général Ibrahim s’est arrêtée. Certains membres de la « Rencontre consultative » ont fait assumer à Gebran Bassil la responsabilité de l’échec en exigeant que Jawad Adra fasse partie de son groupe, pour obtenir le fameux tiers de blocage auquel il tient. D’ailleurs, le ministre sortant des AE a écrit un tweet dans les termes suivants : « Ils veulent que nous mentions mais nous n’avons pas l’habitude de le faire », dans une allusion à la possibilité pour Jawad Adra de dire qu’il représente les six, tout en étant dans un autre bloc. D’autres personnalités ont estimé que c’est au contraire le scénario exécuté par Kassem Hachem qui a saboté l’initiative en mettant les députés de la « Rencontre consultative » au pied du mur et en ne leur laissant d’autre possibilité pour sauver la face que d’exiger une rencontre avec Jawad Adra, alors qu’ils savaient que ce dernier ferait partie de la quote-part du président au sein du gouvernement.


(Lire aussi : Une querelle Hezbollah-CPL à l’origine du dernier blocage)


D’autres vont encore plus loin et estiment qu’au-delà de Kassem Hachem, il faut voir les manœuvres de Nabih Berry (qui n’a pas participé au choix de Jawad Adra, se contentant de transmettre les instructions à Kassem Hachem), voire celles du Hezbollah, qui aurait eu le sentiment d’avoir été plus ou moins dupé par Saad Hariri et Gebran Bassil à travers le choix de Jawad Adra.

Quelle que soit l’explication adoptée, ce qui est sûr c’est que « le nœud sunnite » est revenu au point de départ. Les députés de la « Rencontre consultative » ont retiré le nom de Jawad Adra en tant que leur représentant au sein du gouvernement et ils ont demandé au chef de l’État de choisir un autre nom parmi ceux qui lui ont été proposés. Mais au-delà du nom de ce représentant, c’est la formation du gouvernement dans son ensemble qui est remise en question.

Car si le déroulement des faits montre un problème de forme, en réalité c’est d’un problème de fond qu’il s’agit et qui porte sur les rapports de force au sein du cabinet. Saad Hariri veut qu’il soit une copie plus ou moins fidèle de l’actuel gouvernement, le Hezbollah veut qu’il soit le reflet des élections législatives et Gebran Bassil veut y avoir un poids qui lui permettrait d’influer sur les décisions... Le chef de l’État, lui, a choisi de laisser les choses se tasser, en attendant de reprendre l’initiative au début de l’année.


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Wlek Sanferlou

Les Marques sont importantes. Tout produits de Chine laisse à désirer dit-on. Produits allemand est super produit japonais est très bon. Alors nos politiciens, chefs de partis, parlementaires,chefs de tribus et de mafias locales... Tous ce monde est Made in Hell et devraient être renvoyés au fabricant illico presto. Raison? Trop parfaits même pour les normes de la géhène.

ON DIT QUOI ?

Le pire dans tout ça c'est qu'on arrivera à une solution bien de chez nous.

Les libanais sont les champions dans l'art de couper les cheveux en 4 .

LA VERITE

pourquoi ne pas dire plus simplement
M Bassil a trouve un moyen ingenieux de satisfaire les 6 et en meme temps de garder son 11em ministre mais le pot au feu a ete decouvert car " il ne ment jamais " surtout quand le pot au feu a ete decouvert tres vite?

pourquoi ne pas dire franchement que HB bloque la situation en creant un probleme de representativite pour les 6 elus separement sur des listes qui ont deja des deputes qui donc les representent?

pourquoi alors ne pas dire que nos 19 deputes chretiens independants ne peuvent pas demander des postes de ministres comme les 6 sunnites?

pourquoi ne pas dire que ce pays est dirige par des gens qui ne pensent pas au Liban mais a leurs poches?

pourquoi ne pas dire que nos dirigeants sont a la solde de pays etrangers qui n'ont rien a faire d'un Liban prospere ?

pourquoi ne pas dire que le President et le Premier ministre ne font pas leur travail en essayant de trouver des solutions qui laissent le pays sans gouvernement depuis 9 mois et devraient IMPOSER un gouvernement et demander a la chambre la confiance

pouquoi ne pas dire enfin que tous ces politiciens devraient aller a la maison et laisser une nouvelle generation gouverner ce pays

DEMISSION EN MASSE SVP

Remy Martin

Une seule et unique solution : Que le PM et le PR tappent une fois pour toutes le poing sur la table et IMPOSENT un gouvernement d'une dizaine de technocrates. Et que ceux qui ne sont pas d'accord s'ecrasent et aillent se faire voir ailleurs.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

ARTICLE DE LA TRES CHERE MADAME SCARLETT HADDAD QUI DIT LES CHOSES TELLES QU,ELLES LE SONT. OBJECTIF !
MAIS OU VA LE PAYS ? ON LE POUSSE DU GOUFFRE A L,ABYSSE ET TOUS CES ABRUTIS S,EN FOUTENT CONCERNES UNIQUEMENT PAR LEURS INTERETS PERSONNELS...

Irene Said

De grâce, cessez de chercher midi à quatorze heures !
Nous, le petit peuple, sommes victimes d'une bande d'incapables prétentieux, tous vendus au plus offrant pour satisfaire leurs intérêts personnels.

Quant à nos "responsables politiques Nos 1,2,3," ils sont tous de la même fabrication nocive pour notre pays !
Irène Saïd


Georges MELKI

« Le ministre sera une personnalité proche des six députés de la “Rencontre consultative” et il sera son représentant au gouvernement, tout en figurant dans la quote-part du président. »
Peut-on inventer quelque chose d'aussi ubuesque que cette formule? Soit Adra représente le "groupe des six"(quelle malencontreuse coïncidence! Les six compositeurs français qui formaient ce groupe doivent se retourner dans leurs tombes!), soit il représente le président de la République! Mais les deux à la fois? C'est vraiment la quadrature du cercle!

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