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Le journaliste libanais Hazem el-Amine interpellé manu militari "pour une plainte déjà retirée"

Liban

"Une dizaine de policiers lourdement armés ont débarqué, comme s'ils venaient pour arrêter Carlos", raconte Hazem el-Amine à L'Orient-Le Jour.

11/12/2018

Le journaliste et écrivain libanais Hazem el-Amine, co-fondateur du média en ligne Daraj, a annoncé avoir été interpellé mardi manu militari par une unité des Forces de sécurité intérieure à Beyrouth, après avoir refusé de répondre à une question d'un enquêteur sur l'actionnariat du média en question, sur fond d'une plainte déposée puis retirée contre le site.

"Hier (lundi) vers 14h, un agent du bureau d’enquête de la caserne de Verdun des Forces de sécurité intérieure est venu dans nos locaux situés au sein de l’espace de travail Antwork, à Kantari. Il nous a demandé qui était le propriétaire de Daraj. J’ai refusé de lui répondre, mais je lui ai dit que l’information était disponible au registre du commerce et que je ne répondrai pas en l’absence d’un avocat. Il m’a montré un mémorandum du bureau de lutte contre la cybercriminalité et est ensuite parti", raconte Hazem el-Amine, dans un entretien téléphonique avec L’Orient-Le Jour.

"Une heure plus tard, une dizaine de policiers lourdement armés ont débarqué, comme s’ils venaient pour arrêter Carlos (Ilich Ramirez Sanchez, dit Carlos, le terroriste international). Sept agents des FSI, armés jusqu’aux dents, ont pris des positions de combat au rez-de-chaussée, et trois autres sont montés pour m’interpeller. Ils m’ont sorti de l’immeuble par la force, et m’ont menotté une fois dans leur véhicule", déplore le journaliste.


(Lire aussi : Liban : Entre liberté de la presse et défi des réseaux sociaux)


Plainte retirée

Selon lui, l’histoire semble liée à une plainte déposée par un responsable politique il y a six mois contre Daraj. La police voulait donc se renseigner sur la nature et les propriétaires du média en question. « Mais ce responsable politique a retiré sa plainte contre nous récemment », explique Hazem el-Amine, qui ne souhaite pas livrer davantage de détails sur la nature de la plainte.

Conduit à la caserne des FSI de Verdun, le journaliste y passera « environ une heure et demie ». « Je n’ai même pas été interrogé. L’officier, très courtois, semblait embarrassé, il ne savait pas quoi me dire. En fin de compte, on m’a offert le café sans vraiment me poser de question », raconte Hazem el-Amine. Le journaliste indique, en outre, que le ministre sortant de l’Information, Melhem Riachi, l’a contacté par téléphone à la suite de l’incident. « Mais je réclame de sa part un communiqué officiel afin qu’il exprime sa position de manière publique, dit encore le journaliste. Quant au ministre (sortant) de l’Intérieur, Nouhad Machnouk, il ne m’a pas contacté et ne s’est pas exprimé sur cette question publiquement. »

L’Orient-Le Jour a tenté à plusieurs reprises de joindre les Forces de sécurité intérieure, mais en vain.


(Lire aussi : « Le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord sont les pires dans le monde en matière de droits de l’homme »)


Daraj, site d'information indépendant totalement gratuit, a été fondé il y a un an par Diana Moukalled, Alia Ibrahim et Hazem el-Amine. En août dernier, il revendiquait déjà 190 000 lecteurs par mois, pour environ 300 000 pages consultées, selon Le Commerce du Levant, qui expliquait que "l’équipe, qui s’appuie sur une rédaction composée de onze journalistes salariés au siège du journal à Beyrouth et d’un réseau de 85 pigistes, mise sur une production de contenus de qualité et d’informations indépendantes sur le monde arabe".

En ce qui concerne le financement de Daraj, Le Commerce du Levant expliquait que le média a assuré plus de la moitié des 600 000 dollars nécessaires à son développement grâce à "un modèle de financement hybride qui repose en partie sur des dons et en partie sur la production de vidéos ou de documentaires pour le compte de parties tierces". L’European Endowment for Democracy (EED) et l’International Media Support (IMS) ont quant à eux assuré le reste du montant requis.

Aujourd’hui, Hazem el-Amine s’inquiète de la régression de la liberté de la presse au Liban. "Ce qui s’est passé avec moi n’est qu’un épisode de plus dans les atteintes à la liberté de la presse dans le pays. De nombreuses organisations mettent en garde contre la détérioration de cette liberté chez nous. Cela m’inquiète évidemment. On poursuit des journalistes, alors que le Premier ministre, Saad Hariri, fait l’objet de menaces de mort sans que personne ne soit poursuivi dans ce cas-là."

Le Liban figure à la centième place sur 180 dans le Classement mondial de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières (RSF) et mis en avril, perdant une place par rapport à 2017. En 2016, le Liban occupait la 98e place.


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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

PREMIERE STROPHE DERNIERE LIGNE CONTRE LUI DE SUITE ...

Eleni Caridopoulou

Pauvres journalistes tant qu'il y a la Syrie et l'Iran ne vous attendez pas à améliorer les choses

ACQUIS À QUI

Tout est bien qui finit bien , tant que ce journaliste n'a pas été sciemment scié .

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