Le secrétaire général du Hezbollah, Naïm Kassem, lors d'une allocution prononcée le 14 août 2026. Capture d'écran publiée sur le site d'al-Manar, la chaîne du parti.
Le secrétaire général du Hezbollah, le cheikh Naïm Kassem, a une nouvelle fois critiqué vendredi l'État libanais, qu'il a accusé d'être « contrôlé par les États-Unis », tout en menaçant directement le pouvoir, qui pourrait selon lui faire face à la « colère populaire ».
Dans une allocution prononcée à l'occasion de « l’anniversaire » de la fin de la guerre entre le Hezbollah et Israël, le 14 août 2006, il a demandé à ses partisans de « contenir leur colère » et de se « préparer à l'utiliser au moment opportun pour atteindre leurs objectifs et satisfaire leurs revendications ». Avant d'ajouter : « La colère connaît son heure, et elle peut exploser. Comment explosera-t-elle ? Que ceux qui sont incapables d'agir et qui s'opposent à la « résistance » et à ses membres en assument la responsabilité », a lancé le numéro un du Hezbollah.
Nouvelles critiques des « zones pilotes »
Le dirigeant chiite a appelé l'État à « au moins prendre position » après les récents propos du ministre israélien de la Défense Israel Katz, qui avait affirmé que l’État hébreu ne « se retirera pas » des territoires occupés au Liban-Sud. « N’entendez-vous pas ce que (le ministre) Katz et (le Premier ministre Benjamin) Netanyahu disent chaque jour, à savoir qu’ils ne se retireront pas (du Liban-Sud) ? », a dit Naïm Kassem à l'adresse des autorités libanaises. « Au moins, répondez à Katz et à Netanyahu en prenant position », a-t-il poursuivi. « Nous savons que les Américains vous disent en coulisses qu’ils ne peuvent rien faire face à l’ennemi israélien, parce qu’ils soutiennent ses actions », a-t-il dit. Le président Joseph Aoun s’était entretenu fin juillet avec son homologue américain Donald Trump, pour l’enjoindre à faire pression sur Israël pour qu’il se retire du Liban-Sud. « Tous ceux qui ont observé la scène à Washington ont vu un seul camp : le camp américano-israélien. Quant au camp libanais, il était subordonné et exécutait ce que lui dictaient les États-Unis », a réitéré Naïm Kassem.
Joseph Aoun et le Premier ministre, Nawaf Salam, dénoncent régulièrement les démolitions israéliennes au Liban-Sud, et plus largement l'occupation de près de 700 km2 dans la région. Vendredi, M. Salam a insisté sur ce point devant le lieutenant-général Clearfield, qui dirige le mécanisme de surveillance du cessez-le-feu piloté par les États-Unis.
Naïm Kassem a plus largement dénoncé le fait que « l’État n’a trouvé d’autre cible que les armes du Hezbollah plutôt que de s'en prendre à l'ennemi israélien qui ne respecte pas ses engagements ». « Les autorités libanaises n’ont pas coopéré avec la Résistance, alors que celle-ci a donné, pendant quinze mois (la période du cessez-le-feu entre novembre 2024 et mars 2026, Ndlr), un exemple remarquable de respect de ses engagements et de coopération avec le pouvoir politique », a-t-il poursuivi.
Le chef du Hezbollah s'en est une nouvelle fois pris à l’ « accord-cadre », signé entre Beyrouth et Tel-Aviv le 26 juin, sous médiation américaine. Selon lui, c’est « comme si les autorités libanaises voulaient redorer leur image et honorer les engagements qu’elles avaient pris en arrivant au pouvoir ». Il a en outre réaffirmé que les négociations directes entre le Liban et Israël n’avaient produit « aucun résultat ». « Donnez-nous un seul exemple de résultat obtenu au cours des sept cycles de négociations », a-t-il lancé. Selon lui, les négociations « donnent d’avance à Israël ce qu’il veut », et n’apportent « que honte et déshonneur ». « Les autorités doivent admettre qu’elles ont échoué et utiliser les éléments de puissance dont nous disposons pour faire face à cet ennemi israélien arrogant », a-t-il dit.
Dans ce cadre, le dirigeant chiite a une fois de plus critiqué les « zones pilotes », qui devraient permettre selon l’accord-cadre un retrait progressif de l’armée israélienne en échange d’un désarmement du Hezbollah dans des régions déterminées. « Quelle est donc cette invention que vous avez baptisée « zones pilotes » ? Zaoutar el-Gharbiyé, qui n’était pas occupée, devient une zone pilote dans laquelle Israël devrait vous autoriser à entrer ? », a-t-il ajouté. Et de poursuivre : « Malgré cela, Israël empêche l’armée libanaise de se déployer dans l’ensemble de Zaoutar el-Gharbiyé, interdit aux habitants d’y entrer et impose des restrictions ».
« Nous n’acceptons pas la capitulation » face à Israël
Naïm Kassem a pour l'occasion fustigé l’État, qu’il appelle à « cesser d’accumuler les échecs ». « Cette accumulation détruit le pays et porte atteinte à son avenir », a-t-il estimé. « Nous n’acceptons pas la capitulation et nous resterons debout et fermes. Nous n’accepterons ni que la souveraineté de notre pays soit violée ni que le sang des martyrs ait été versé en vain », a-t-il encore dit, sans plus de précisions, tandis que son mouvement a cessé ses attaques contre l’armée israélienne depuis un cessez-le-feu théorique entré en vigueur mi-juin.
Selon lui, « c’est l’accord d’Islamabad (signé entre l’Iran et les États-Unis mi-juin, et qui prévoit dans son premier article un cessez-le-feu au Liban, Ndlr) qui a permis le retour des habitants, et c’est l’accord d’Islamabad qui a mis fin aux tirs à grande échelle. » « Certains affirment que 300 000 personnes sont rentrées grâce à l’ « accord-cadre ». C’est quelque chose de risible », a-t-il lancé. Il a aussi tenu l’État pour « responsable avant toute autre partie » de la reconstruction du Liban-Sud et de l’aide aux déplacés. « Certes, nous assumons notre rôle en apportant de l’aide, en coopérant et en déployant tous les efforts possibles, mais il appartient avant tout à l’État d’accomplir son devoir, et c’est ce à quoi nous œuvrerons. Il faut assurer l’hébergement et les aides, ainsi que réparer les dégâts », a-t-il dit. Et Naïm Kassem de conclure : « Où sont les solutions que vous aviez promis d’apporter dans la déclaration ministérielle ? Et où sont celles qui figuraient dans le discours d’investiture ? Vous avez échoué face aux défis économiques et sociaux, à assurer l’égalité des chances ainsi que dans les nominations, qui sont effectuées en catimini ».
Le cheikh a tenu ce discours à l'heure où l'armée israélienne semble disposée à lancer une opération militaire, dont la cible principale serait les collines de Ali Taher, qui abrite selon l’État hébreu le commandement militaire du Hezbollah dans le Sud, des hauts gradés des gardiens de la révolution iranienne, des cadres du parti et nombre de combattants d’autres nationalités.



