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Journée mondiale de lutte contre le sida

Connaître son statut sérologique pour se traiter et protéger son partenaire

Un traitement précoce de la séropositivité permet une meilleure réponse aux médicaments, une meilleure qualité de vie et une espérance de vie quasi normale.

À l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre le sida, un appel est lancé à l’échelle mondiale pour connaître son état sérologique vis-à-vis du VIH. Photo Bigstock

La lutte contre le sida a connu de nombreuses avancées, principalement sur le plan thérapeutique. Toutefois, l’objectif 90-90-90 (90 % des personnes vivant avec le VIH connaissent leur statut sérologique ; 90 % de toutes les personnes infectées par le VIH dépistées reçoivent un traitement antirétroviral durable; 90 % des personnes recevant un traitement antirétroviral ont une charge virale durablement supprimée, NDLR) que s’est fixé le Programme commun des Nations unies sur le VIH/sida (Onusida) pour contrôler la progression de l’épidémie du sida d’ici à 2020 ne peut être atteint si le dépistage de la séropositivité et, par conséquent, l’accès au traitement continuent d’être insuffisants. Aussi, cette année, la Journée mondiale de lutte contre le sida, fixée au 1er décembre, est-elle placée sous le thème de « Connais ton statut » sérologique vis-à-vis du VIH. Cela est d’autant plus important que toute personne « qui se trouve séropositive a la responsabilité d’entamer un traitement le plus tôt possible puisque cela permet une meilleure réponse aux médicaments, une meilleure qualité de vie et une espérance de vie quasi normale », insiste le Dr Jacques Mokhbat, spécialiste en maladies infectieuses et président de la Société libanaise de sida. Soulignant que le ministère de la Santé assure les traitements antirétroviraux gratuitement, il note que « les nouvelles classes de médicaments sont moins toxiques et ont une meilleure efficacité qui permet d’assurer une espérance de vie similaire à tout autre individu en état de santé normale, à condition que la personne porteuse du virus de l’immunodéficience humaine (VIH) adhère complètement au traitement ». « La personne séropositive bien traitée et chez qui le virus n’est plus détectable dans le sang ne transmettra plus le virus à son (ses) partenaire(s) et, dans le cas d’une femme enceinte, à son enfant, insiste le Dr Mokhbat. Le fait de connaître son état sérologique vis-à-vis du VIH constitue en outre une porte d’entrée au diagnostic d’autres infections sexuellement transmissibles (IST), notamment l’hépatite B qui est plus fréquente que le VIH et la syphilis. »

Or le dépistage est de plus en plus facile, d’autant que « la nouvelle génération des tests permet de détecter le VIH dans les trois semaines qui suivent l’infection », précise le Dr Mokhbat. Le test est effectué de manière anonyme dans les centres relevant du ministère de la Santé ou auprès des ONG qui œuvrent pour la lutte contre le sida et d’autres IST.


(Lire aussi : La Journée mondiale de lutte contre le sida, trente ans plus tard)


Protégé « momentanément »

Si le dépistage est négatif, cela ne doit pas pour autant tranquilliser. « Cela ne veut pas dire qu’on est immunisé contre le VIH, affirme le Dr Mokhbat. Cela signifie tout simplement que cette fois-ci, on ne l’a pas attrapé. » D’où la nécessité d’être tout le temps vigilant ! Le spécialiste rappelle dans ce cadre qu’une personne séronégative doit agir pour le rester. Pour ce faire, les mesures de prévention doivent être adoptées. Celles-ci reposent sur deux piliers essentiels, à savoir l’utilisation du préservatif et la prophylaxie préexposition, ou PreP, auxquelles vient s’ajouter le choix du partenaire, dans le sens où il faut éviter les relations passagères non protégées. Autorisée en juillet 2012 par l’Agence américaine des médicaments (Food and Drug Administration), la PreP consiste à recourir à un traitement antirétroviral pour se protéger du VIH dans une relation potentiellement à risque. « Ce traitement est entamé chez les femmes trois semaines avant la relation, et chez l’homme une semaine à l’avance, explique le Dr Mokhbat. Il est pris à vie tant qu’on a des relations risquées, c’est-à-dire non protégées et avec de nombreux partenaires. Il n’en reste pas moins que la PreP ne diminue le risque de transmission du virus que de 86 %. En effet, toute méthode de prévention ne peut être efficace qu’en association avec une autre, sachant que la meilleure prévention possible reste l’association du préservatif à la PreP. L’usage du préservatif est d’autant plus important qu’il prévient la transmission d’autres IST. » Et le spécialiste d’insister: « La Prep ne doit être prise que sur avis médical et à la suite d’un bilan VIH, puisque ce traitement échoue et entraîne des virus résistants lorsqu’il est administré à des individus porteurs du VIH, mais qui ignorent leur état sérologique. »

Mis à part l’abstinence et le préservatif, le Dr Mokhbat note en outre que « le seul moyen d’éviter la contraction du VIH, c’est d’avoir un partenaire qui n’a pas le virus, c’est-à-dire soit il est séronégatif, soit il est séropositif, mais avec un virus indétectable dans le sang après traitement pour une période supérieure à six mois ». « Cet état ne peut être atteint que si on se fait traiter et qu’on adhère sérieusement au traitement », affirme-t-il.

La PreP n’est pas encore assurée par le ministère de la Santé. Il y a une semaine, à l’invitation de la Société libanaise du sida, une table ronde a été organisée pour discuter de cette stratégie de prévention avec les différents acteurs (médecins, société civile, gouvernement…), avec pour objectif de proposer au ministère de la Santé des recommandations dans ce cadre.

Amélioration au niveau scientifique

Au Liban, la lutte contre le sida a connu une nette amélioration « aux niveaux scientifique et médical, comme au niveau de la société civile et de certaines entreprises qui acceptent désormais d’embaucher des personnes vivant avec le VIH », constate le Dr Mokhbat. « Toutefois, le problème reste entier au niveau des services de l’ordre et du gouvernement où la position vis-à-vis de la séropositivité est digne des périodes archaïques, observe-t-il. Il n’est pas acceptable d’arrêter des gens, de les virer de leur emploi ou de les déporter parce qu’ils sont séropositifs. De même, il est inacceptable d’interdire les campagnes de sensibilisation au sida dans un pays où la communauté gay reste la plus touchée par l’épidémie. Malheureusement, nous avons de plus en plus de difficultés à discuter des droits de l’homme au Liban, même au sein d’institutions qui se veulent de haut niveau académique ou scientifique. Ce qui est grave. Un grand travail doit encore être mené pour faire accepter, même au sein de la communauté médicale, les droits des personnes vivant avec le VIH. »



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